Alerte rouge
“Ne tiens pas compte de l’oeil aveugle, de l’oreille incrédule, ni même de la langue, mais soumet ce grand débat à l’épreuve de la raison” Parménide
Les camps palestiniens sont décidément le casse-tête du Liban.
On se souvient, il y a environ un an, de l’implosion du camp de Nahr el-Bared, où la présence de l’organisation sunnite Fatah al-Islam posait un véritable problème à l’armée libanaise. Malgré tout, ces combats ont été profitables pour l’organisation liée à al-Qaeda, avant que l’armée ne reprenne le contrôle de la zone alors littéralement dévastée par les affrontements, entre cette dernière et l’armée libanaise, un braquage de banque par des membres du Fatah al-Islam ayant mal tourné (un militaire libanais ayant été tué alors qu’il ne portait pas d’arme sur lui).
Au Liban, les camps palestiniens représentent, pour les autorités, des zones d’infiltration que des organisations sunnites, telles qu’al-Qaeda, pourrait potentiellement exploiter afin de grandir ses rangs, voire carrément d’en faire des microcellules de la Nébuleuse.
Il est bon de ne pas perdre de vue que la petite superficie du Liban représente un terrain d’opérations facilement manipulable pour les chefs d’organisations se trouvant déjà sur le terrain.
Or si l’on part du principe qu’al-Qaeda est liée à certains palestiniens vivants dans des camps tels que ceux de Nahr el-Bared ou Ein Helwé, alors l’organisation de Ben Laden aurait une connaissance quasi-parfaite des lieux.
Malheureusement, il est à craindre que le spectre du camp palestinien de Nahr el-Bared, terrain d’affrontements entre le Fatah al-Islam et l’armée libanaise, il y a un an, ne laisse place à d’autres organisations de la région, que sont le Hezbollah et al-Qaeda*. Cette fois-ci sur une autre zone : Ein Helwé, au Sud-Liban.
D’après le quotidien Al Hayat (référant à des sources officielles de Jordanie), l’organisation terroriste al-Qaeda serait parvenue à infiltrer le camp palestinien d’Ein Helwé, via le Ansar al-Islam et le Jund el-Chalm déjà sur place à Saida, se trouvant aussi dans la région du Sud-Liban.
Il semble donc que les liens entre les groupes sunnites autres que le Fatah al-Islam et al-Qaeda demeurent forts. Et l’organisation d’Oussama Ben Laden de se cacher dans la forêt de cèdres.
Outre le fait qu’al-Qaeda recrute ses terroristes dans quelques prisons françaises (pourquoi pas non plus tracer son chemin de l’École militaire jusqu’aux Invalides, en criant haut et fort que les gens d’Alliance B sont des demeurés …), le Liban représente le terrain idéal pour le recrutement. Et l’entraînement.
Premièrement, le recrutement.
Les affrontements de Nahr el-Bared ont clairement montrés les “limites” (fort heureusement) du Fatah al-Islam, ravivant d’un coup l’étincelle du camp avant que l’armée libanaise ne vienne éteindre ce feu de paille.
L’organisation est largement apte à lutter face un adversaire tel que le Hamas (je parle là dans un autre lieu de la régin, pas seulement du Liban), mais ne peut espérer grand chose contre, par exemple, des miliciens du Hezbollah.
La recrue de jeunes palestiniens sunnites appartenant à divers groupuscules de ces camps (dont il est le cas, ici, d’Ein Helwé) est plus facile quand l’embaucheur se présente comme celui qui a à jamais violer les règles de la guerre conventionnelle, sept ans et un jour après l’apocalypse de Manhattan. Bien entendu, ces infiltrations ne sont possibles grâce qu’à certains “terroristes dormeurs”, répondant alors au terme d’agent dormeur, lesquels ne sont activés que lorsque leur service leur confie un “Job”. Ici, l’agent est le terroriste et le service son organisation sous-traitante. Al-Qaeda a donc manifestement gardé un réseau béton au Liban, malgré le paysage multicolore du pays et les organisations qui veillent sur chacune d’elle, et malgré sa présence forte dans les pays comme l’Afghanistan ou le Pakistan.
Secondement, l’entraînement.
La superficie est petite, et la Bekaa n’est pas très loin d’Ein Helwé. D’ailleurs, la vallée est assez proche de tout, dans une région où laisser un problème en suspend ne fait qu’aggraver la situation.
La Bekaa est devenue, depuis quelques années maintenant, le terrain d’entraînement de toutes sortes d’organisations, à toutes sortes de buts : certains services actions l’utilisent pour y entraîner des gens, à la base respectables, à l’action paramilitaire; d’autres groupuscules pour la formation de leur jeunes recrues, et bien sûr, le Hezbollah l’utilise comme parcours de santé afin que ses combattants ne rouillent pas trop en attendant qu’Israël viole à nouveau l’espace aérien au Sud (bon d’accord, c’est un peu gros …).
Quelle aubaine que représente ce Liban-là pour al-Qaeda : non seulement ils ont leurs entrées dans les camps, non seulement ils se préparent à y recruter du sang neuf, mais en plus, ils voient en la Bekaa un terrain d’entraînement potentiel (la Bekaa est à très grande majorité chiite) pour leur moudjahidins.
Mais le Hezbollah est déjà le maître des lieux, et aucune partie quelconque au Liban n’aimerait voir se déployer les tentacules de la Nébuleuse dans la région de Baalbek, en grande partie chiite, pourtant l’une des plus belle du Liban.
Par ailleurs, le quotidien Al Hayat, apparemment largement influencé par d’officiels jordaniens (merci à Habeeb pour les détails que je ne livre pas ici), indique qu’al-Qaeda serait prête à lancer une offensive contre le parti de Dieu. Pour ma part, j’imagine une série d’attentats auxquels répondrait une milice du Hezbollah, laquelle nous paraîtrait alors agissant comme une armée conventionnelle : un beau paradoxe que manqueraient peut-être de relever certains services occidentaux alors préoccupés par une politique interne qu’ils jugeraient plus importante. Mais je préfère écrire tout cela au conditionnel.
Mais revenons à cette offensive d’al-Qaeda contre le Hezbollah qui n’aura probablement jamais lieu. Ce que j’espère sincèrement. De toutes façons ça ne serait pas la chose la plus étrange que nous aurions vu.
Il me paraît improbable qu’al-Qaeda critique la politique d’Hassan Nasrallah au Sud en ce qui concerne Israël, car sunnite ou chiite, Oussama Ben Laden reste quelqu’un d’intelligent (dans le sens littéral du terme, avec toute la haine que j’ai à l’égard de ce personnage fanatique, et pour lequel je n’éprouve profondément aucun respect), et sait que nul ne peut gérer la politique israëlo-arabe en matière de résistance comme le fait le Hezbollah.
Ce serait donc un hasard que le Hezbollah soit attaqué par al-Qaeda au Sud, ou alors sur une indication a l’arrache d’un personnage bien placé au sein d’Ein Helwé et connaissant bien les positions des chiites au Sud.
Par contre, al-Qaeda aurait plus d’intérêts d’attaquer les bases du Hezbollah dans son troisième QG qu’incarne la Bekaa, laquelle constitue un terrain de simulations complet.
Cependant, quelle serait la réaction du Hezbollah si al-Qaeda venait à s’en prendre à ses intérêts ?
Après tout, le Hezbollah a pour but la résistance à Israël, et non la guerre entre groupes terroristes.
D’une part parce que les combattants ne sont plus de seuls chiites dévoués à l’ancienne cause du Djihad islamique, mais des “soldats” que l’on pourrait presque intégrer à une armée (leur formation n’est pas basée sur celle de groupes terroristes), et d’autre part, car, tout simplement, le groupe se définit lui-même comme non-terroriste.
Même si j’ai l’intime conviction que le Hezbollah ne se résoudrait pas à laisser le Liban tomber entre les mains de terroristes, qui eux par contre, n’ont jamais revendiqué être un parti politique, mais bien une organisation fanatique.
Et puis, quel avantage aurait al-Qaeda à ce que le Hezbollah, luttant contre elle, prouve à ses derniers détracteurs qu’il n’est pas terroriste ?
Le Liban aura connu l’invasion d’Israël, et à maintes reprises l’explosion au sein même de ses propres frontières, accusant parfois sa multiconfessionnalité, souvent à tort. Espérons qu’il n’ait jamais à connaître l’honneur d’être inscrit sur la liste des Etats terroristes, ou du moins complice de terrorisme; tout cela à ses dépends.
Ce qui compromettrait alors la stabilité du pays pour un bon bout de temps, et donc par stricte équivalence, correspondrait à un nouveau bouleversement au Moyen-Orient.
*Il me semble bon de préciser, que, personnellement, je ne considère pas le Hezbollah comme une organisation terroriste : ce sont bien les époques que je compare, et non les organisations
