Archive for the 'Critique / Analyse' Category

 

1+1=3

juil 10, 2008 in Coup de cœur, Coup de tête, Critique / Analyse, Evènements, Figures Notoires, News and politics, Religion


Les chiffres envahissent nos vies, brouillent nos équations quotidiennes et ne font que se multiplier de jour en jour. Je n’ai jamais aimé les chiffres, à part le 1, le 3, et le 9(qui est 3×3). J’ai envie de parler aujourd’hui pourquoi j’aime bien ces chiffres, et que je n’aime pas le chiffre 2. Mais le texte va certainement paraître complexe, à cause de mon humeur et de mon esprit qui le sont actuellement, et ne va pas avoir la clarté d’une équation mathématique. Mais bon.

La vie c’est toujours deux en quête d’un trois ; pour qu’elle devienne en fin de compte un, ce qui la rend à son état normal et originel, la vie. L’homme a la vie en lui, il est également un deux. Or un homme c’est un seul homme, une entité. Mais il n’est un qu’apparemment, car réellement il est deux. Il est en même temps matière et non matière, corps et esprit, esprit et âme, féminin et masculin, bien et mal, yin et yang, noir et blanc… il a toujours deux extrêmes, deux genres, jamais un. Rien n’est réellement un sur terre. Parce que ce qui est un, c’est la perfection, c’est l’Un, un concept – pour ne pas dire quelqu’un ou quelque chose – ou plutôt une vérité, à laquelle on tend, on aspire, mais qu’on ne peut jamais atteindre, parce que rien n’est parfait ici-bas, car tout a l’apparence d’être un seul un, une entité, or jamais entière. L’Un est entier, donc parfait. Cependant nous ne sommes que des deux, qui une fois associés à un troisième, chose ou personne, se retrouvent et se complètent pour donner en fin de compte trois pour devenir un, pour essayer de suivre la voie de l’Un, ou devenir à l’image de l’un.

Apparemment et logiquement, 1+1=2. Mais c’est le pire des mensonges et des scandales de la logique. Car le premier élément de l’addition est à lui seule égal à deux, mais est apparemment un. Le second, la même explication. Mais le premier voit le second en tant qu’un, et vice versa, donc avec lui, il est trois pour devenir un. Et quand le premier élément n’a pas été placé avec le second élément convenable – car l’erreur est humaine – ça devient une catastrophe. Apparemment ça reste toujours 1+1=2, sous entendu que ça doit donner 1 comme résultat, mais on se trouve face à une catastrophe universelle. Le premier élément reste un deux, et le second élément pareil, et chacun est perçu par l’autre en tant que deux, jamais un, donc jamais parfait, cette équation serait de la sorte : 2+2=4, ou plus logiquement, 2+2=2. Donc rien n’a changé, ni pour l’un, ni pour l’autre. Ce qui équivaut à dire que 1+1 peut avoir deux résultats possibles et équivalents : un ou trois, parce que 1=3, mais jamais égale à deux, parce que deux est le fruit de l’équation 2+2.

Enfin, pour illustrer cette pensée, je vous laisse avec un extrait de la revue El Morchid N°31/23 Novembre 1949, écrit par l’illustre figure soufie, Cheikh Adda Bentounes, qui fait partie de la famille de mon ami et maître spirituel, Karim Bentounes :

« Un jour le Cheïkh Al Alawi fut interrompu dans sa Modhakara par le bruit insolite que faisait un fakir (disciple) en comptant les verres à thé:

- Tais-toi! pourquoi ce bruit? demande le Cheïkh.

- Sidi, je compte les verres et ils ne veulent pas se laisser compter.

- Comment ils ne veulent pas se laisser compter?

- Non, Cheïkh, voila je commence et je dis: un, donc ça va, ensuite, je dis: deux, c’est là que le bruit commence, car le verre me dit: je ne suis pas deux, je suis UN…Je ne m’arrête pas à lui, et je dis à un autre: trois, ah non, s’exclame le troisième: je ne suis pas trois, je suis UN…Je le saute encore, et je passe au quatrième qui me fait la même réflexion…Eh Cheïkh! je ne peux pas compter, ils hurlent tous: je suis UN. Voilà pourquoi tout ce bruit et je ne sais pas combien il y a de verres.

- Mon frère, dit le Cheïkh, si tu me l’avais dit, je serais venu écouter ta Modhakara, elle est plus profonde que la mienne.

Cheïkh Adda BENTOUNES -heures de méditation-

in El Morchid N°31/23 Novembre 1949.

Par Marie-Josée Rizkallah
(également sur Photo-Sniper :) )

P.S. La photo représente un des bouquets que mon amour m’offre très souvent ;)

De la Fidélité

juil 07, 2007 in Actualité, Coup de gueule, Coup de tête, Critique / Analyse, News and politics

En guise de post inaugurant mon déménagement à cette nouvelle adresse, ma plume m’a communiqué son manque d’envie d’écrire en cette chaleur qui inflige un sentiment de paresse au cœur et à l’âme.

En parlant météo, il est vrai que la chaleur prévaut, saison et tensions politiques obligent. Paradoxalement, un courant de guerre froide plane sur le pays, avec les hostilités de Nahr el-Bared (ou le Fleuve Froid), un temps à ne pas mettre un chien dehors.

Alors au lieu de fourrer le chien à parler politique, dans un pays où les chefs des meutes se regardent en chien de faïence, guettant le moment où l’un d’entre eux soit comme un chien dans l’eau bénite, je vais parler d’un sujet qui me tienne à cœur.

Faire partie de ce pays, c’est se sentir comme un chien dans un jeu de quilles qui jappe après la lune…

C’est vivre dans une société où les individus sont comme chiens et loups qui tirent leurs chiens par la queue. Je conclue en notant qu’il est grand temps que ces gens-là sachent devenir des chiens de Jean Nivelle, plutôt que de faire les chiens forts à la porte de leurs maîtres - à savoir les chefs des meutes.

Dans tous les cas, il ne faut jamais oublier que quand on couche avec les chiens, on se lève avec les puces…

En espérant, chers compatriotes, que ceci vous mette la puce à l’oreille, pour éviter qu’une crise ou un conflit n’arrive en bouledogue …

Je ne noie pas mon chien en disant qu’il a la rage, je suis tout simplement réaliste, et j’en déduis la chose suivante :

Plus je découvre la réalité de mon pays et la vision politique des gens de céans, plus je m’attache à …

Cali et Chloé !

Expertes en fidélité et bon sens, ce qui ne me permet pas d’attribuer à ces nullités de politichiens la qualité de Chiens,

 

Parce qu’ils peuvent tout avoir du chien sauf sa qualité essentielle :

La Loyauté

Je reprends ma plume … l’espace d’un saut d’humeur

mai 24, 2007 in Actualité, Coup de cœur, Coup de gueule, Coup de tête, Critique / Analyse, Evènements

Soldat_martyr_3Je m’étais résolue dernièrement à me placer dans le rang de spectateur, d’observer le silence allant même jusqu’à l’étouffement des cris des mots stridents et des paroles perçantes. Une sorte d’exercice de « terrorisme » envers ma plume, puisque ce terme est à l’ordre du jour ces temps-ci.

Les mots cognaient en moi, s’agitaient, bouillonnaient … Des mots d’amour, de plaisir, de désir, de paix, de tendresse, à l’égard de celui que je garde précieusement dans mon palpitant, côtoyant des mots de haine, de dégoût, de répulsion, d’hostilités, de révoltes vis-à-vis du peuple avec qui je n’ai pas choisi de vivre et de porter la même nationalité.

J’avais tout simplement opté pour une sorte de retenue à l’expression de ce qui remue en moi par le biais de ma plume, préférant de vivre pleinement mon beau roman, ma belle histoire, comme le disait la chanson, et adoptant une attitude de désinvolture envers mes concitoyens tribaux, chacun sa route, chacun son chemin, en dépit du fait que nos chemins se croisent sur le terrain du même pays.

Cependant, dans le capharnaüm fondamentaliste que tente je ne sais quel diable d’imposer sur le pays des cèdres, il y eut un fait qui m’a mis hors de moi, et que j’aimerai partager avec le plus grand nombre possible de personnes, rien que pour braquer les projecteurs sur notre point de faiblesse majeur : l’absence d’un patriotisme essentiel envers le Liban.

Le seul épisode qui a soulevé mon être tout entier, c’est la quasi banalisation du martyr des braves soldats de la grande muette libanaise, de la part des autorités, comme de la part de la multitude. Tout ce que notre état a trouvé comme témoignage ou hommage, c’est l’observation de dix minutes de suspension des travaux en signe de respect et de reconnaissance à 31 preux militaires assommés par des plèbes ennemis de l’humanité, alors qu’une journée de deuil national aurait du être imposée. Quant à la population libanaise, au lieu de s’unir face à ce drame, les rengaines louant leurs chefs de files rituels ont fusé de partout, montrant du doigt l’enfer qu’est l’autre, omettant certainement de se regarder afin de découvrir la géhenne ténébreuse que représentent leur ignorance et leur égocentrisme.

L’histoire se répète, les réactions maladroites se réitèrent, les drames sanglants se reproduisent, les ténors politiques reviennent, et les prises de positions erronées se renouvellent. J’attends la fin de ce cauchemar, pour émettre un jugement catégorique sur l’attitude des fils de ma terre.

En fin de compte, si l’âme de ces valeureux martyrs de l’armée libanaise tombés sur le champs d’honneur ne va pas nous unir et ne va pas susciter en nous un amour du pays capable de soulever des mers d’occupations et des océans de tutelle étrangère à toutes les sauces, en vertu d’un avenir meilleur dans notre contrée, plus rien ne pourra justifier l’existence de notre patrie. A bon entendeur …

“Message de vie”

fév 14, 2007 in Actualité, Coup de gueule, Coup de tête, Critique / Analyse, Evènements

Jai_honte_1Me voici devant une des patries les plus sûres, les plus correctes, sur laquelle les écrits en noir ressortent parce que leur toile de fond est d’un blanc immaculé, où aucune tâche obscure ne vienne estomper les mots droits et clairs, à moins que je ne me résous à le faire.

Devant cette patrie de 21 cm par 28 cm – même si ces dimensions sont virtuelles, parce que les normes du XXIème exigent qu’on n’utilise plus le support classique qu’est une feuille de papier – je m’apprêtais à réunir des vocables afin de produire un article pour répondre à l’appel du concours lancé par un quotidien dont le thème est le suivant : Message de vie pour le Liban.

Nous sommes le 13 février, et Dieu seul sait ce qui pourrait se passer d’ici demain où les Libanais comptent se rassembler pour commémorer l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri – Paix à son âme – mais s’il vous plaît sans citer Bassel Fleyhane qui a vécu l’enfer sur terre pendant plus d’un mois souffrant de brûlures atroces, ni les autres personnes décédées le jour même parce qu’à ce qu’il parait, pour les Libanais superficiels, ils ne comptent pas.

Et je pense au titre : Message de vie. Au premier abord, j’ai envie d’éclater de rire. Message de vie ? Quel message ? Et puis quelle vie ? Dans un pays où aucun message n’est compris à cause des esprits fermés, et où on a décidé de faire migrer la Vie depuis plusieurs siècles dans les pirogues phéniciennes et la vendre avec le pourpre et le verre.

Message de vie à qui ? A des avortons de citoyens ? Sont-ils cultivés déjà pour savoir capter un message ? Ont-ils dans leurs villes des théâtres culturels ou des bibliothèques publiques pour grandir avec une certaine culture ? Alors qui va comprendre un message de vie ? Les jeunes adolescents qui fument du shit et qui se baladaient en trimballant des fusils dans les ruelles dévastées de Beyrouth, et qui sont aujourd’hui géniteurs de la nouvelle génération encore plus inculte que ses procréateurs ? Ou bien le sexagénaire qui a perdu l’espoir parce qu’il a vécu toute sa vie sous une tutelle quelconque et qui ne sait pas dans quel état il va passer le cap de ses 70 ans, abandonné sur un trottoir ou parmi les murs suintant de froideur et de torpeur d’un hospice des vieillards où la flamme de sa bougie s’assoupira graduellement ? Ou bien le jeune étudiant ignare sur lequel on ose toujours compter parce que le peu d’années inscrites à son compteur lui donne le droit d’être « l’avenir du pays », et qui s’émoustille comme un illettré fébrile en brandissant la photo de son chef de tribu, comme une annonce prémonitoire au commanditaire qui lui creusera sous peu sa tombe ? Aux chefs de files qui ne connaissent que chacun sa propre mélodie et ne savent que rabâcher leurs vérités relativement mensongères, selon les puissances auxquelles ils ont opté de devenir des vassaux ? Ceci serait une pure démence.

Tout compte fait, il n’y a personne à qui adresser un message. Quant aux membres de la communauté internationale qui ont toujours fait preuve de poésie et d’actions grandiloquentes à chaque fois qu’un acte terroriste ou qu’un crime fratricide a eu lieu dans ce petit pays, en exerçant la liberté qui leur est offerte dans leur contrée à travers des sit-in ou des manifestations pour la paix dans notre pays, dernièrement, à force de les lasser par nos petits ennuis qui s’emmêlent de jour en jour, ces citoyens du monde n’ont pas besoin de message de paix ou de vie, mais ont plutôt besoin qu’on leur foute la paix avec notre terrorisme inversement proportionnel à notre importance.

Il me vient à l’idée tout d’un coup les Libanais expatriés. Leur adresser un message de vie ? Ils ont fait leur vie ailleurs, et y ont trouvé leur paix, en quittant leur bac à cèdre et en plantant leurs racines dans une nouvelle forêt où tout genre de pousses cohabitent et laissent les autres en paix. Et comme les Libanais ont une identité tellement précise et à laquelle ils restent énergiquement attachés, je ne saurais les reconnaître afin de leur transmettre ce message tellement ils savent se fondre dans la foule. Donc je les considère inexistants, parce qu’ils ne se rappellent de leur appartenance au Liban qu’une fois en vacances au pays chez les fragments familiaux qui leur restent ici. Donc j’aurai dû ne pas citer cette tranche d’ex-citoyens.

Que me reste-t-il ? Personne. Rien. Le néant béant. Message de vie. Message de paix. Message de vie-de sans doute, message de paix-ssimisme peut-être. Mais tableau réaliste certainement. Plutôt que de m’abîmer dans les clichés du genre nous sommes un peuple semblable au phoenix qui renaît de ses cendres et autres bagatelles de ce genre, je dirais plutôt qu’il faut que la cendre ensevelisse ce freluquet de peuple qui se clame tour à tour phénicien et arabe et européen et perse, et il me serait mille fois plus salutaire de ne pas perdre mon temps à lui adresser des mots qu’il lui est impossible de comprendre. Et pour terminer ces passages sur une note allègre, je remarque que mon rire déclenché par le thème général du concours persiste, et me donne une idée d’écrire une pièce de théâtre comique, message d’humour relatant l’épopée d’un peuple amnésique, schizophrène et sourd.

(Affiche faite en 2004, mixed media sur carton entoilé, 80×50cm, )

“La vie a-t-elle un sens dans un pays … qui n’existe pas ?”

jan 28, 2007 in Actualité, Coup de gueule, Coup de tête, Critique / Analyse, Evènements

Plus_jamais_banner Le soleil s’est couché sur un Liban, et deux nouvelles promesses ont vu le jour, émergeant chacune des deux clans qui ont peint la journée du mardi 23 janvier avec le noir des rixes violentes.

Tard dans la soirée, l’opposition a suspendu la grève générale qu’elle avait mise en branle dès les premières heures de mardi, augurant « de prochaines démonstrations de forces nettement plus impressionnantes » contre l’obstination manifeste du « gouvernement illégitime soutenu par les Etats-Unis », selon un communiqué publié au terme d’une réunion de son comité de suivi. L’opposition n’a pas omis de préciser dans sa déclaration que sa démarche s’est conclue avec un « grand  succès ».

Toujours durant la soirée, la majorité, formée principalement de la coalition du 14 mars, a annoncé « sa détermination à défendre la capitale » appelant les Libanais à demeurer « mobilisés pour faire face aux mouvements de l’opposition soutenue par la Syrie et l’Iran », à travers un communiqué publié à l’issue d’une réunion de son comité de suivi.

Un soleil plus factuel se lève encore une fois sur un pays meurtri par des émeutes ignominieuses. En voiture vers mon bureau, sur l’axe routier principal sur la grève libanaise méditerranéenne, les séquences des accrochages de la grève de ce mardi noir me sont revenues à l’esprit, et l’espace d’un moment, j’ai pressenti que les voitures étaient sur le point de s’arrêter au beau milieu de la rue, les automobilistes sortir de leurs cylindrées et s’engager dans une échauffourée analogue à celle de ce fameux mardi. 

Comment avoir confiance en ses politiciens et en ses concitoyens ? Les premiers nous repaissent de promesses avec une conscience assez lâche, dans le cadre de leurs luttes d’intérêts travesties en débat de grands principes, essayant de convaincre leurs cheptels de fidèles dévots par la parole que « la couleur du cheval blanc d’Henri IV est brune ». Les seconds balancent entre un état de « chers concitoyens » durant la période qui s’étale entre deux élections, en prenant la ferme résolution de ne plus croire aux mensonges des premiers, et entre une condition de « citoyen chers et cons » au moment des campagnes électorales. Ce sont ces personnes mêmes qui font la pluie et le beau temps, qui obtempèrent incontinent aux caprices de leurs seigneurs qui les ont dignement adoubés et pour lesquels ils iraient verser le sang des troupes ennemies.

Dans cette contrée, on ne peut plus avoir confiance en personne. Les politiciens menés par le bout du nez chacun par une puissance régionale ou internationale, formant deux clans bien distincts, les mains profondément enfoncés dans les poches des citoyens qu’il leur serait extrêmement difficile de les sortir afin de serrer la main à leurs adversaires nationaux en politique, se défoulent sur leurs adeptes nationaux. Ces derniers, charmés par leurs fakirs, se trouvent jetés dans l’arène du Colysée de 10452 km2 et offrent, en vaillants gladiateurs   hypnotisés, un cirque sanguinolent aux yeux des césars du Nouveau Monde, de l’Ancien Monde et de la Perse.

Ainsi, me rendant à mon travail, toutes ces images se sont bousculées dans ma tête, tous ces mensonges, toutes ces inconstances, toutes ces frénésies … Je revois ces partisans de tels ou tels caïds s’affronter, s’invectiver, se lapider, et fouler au pied toute une nation qui tente à chaque fois, tant bien que mal, d’émerger des cendres d’une guerre infligée par des tiers. Je revois ces scénarios qui retracent les péripéties déshonorantes qui ont scandé l’histoire ignominieuse des trente années de conflits utérins.

La première chose qui me vienne alors à l’esprit, en commémorant les deux cent mille défunts de la guerre civile : être martyr au Liban, c’est tomber pour une cause qui n’en est pas une, mourir pour un mirage, mourir tout simplement par un acte terroriste commis par des vassaux incultes. Ceci amène enfin l’interrogation suivante : si la mort n’a aucune valeur, la vie a-t-elle un sens dans un pays qui … n’existe pas ?

Article publié dans l’Orient le Jour, le 26-01-2007,
suivi de l’article " A l’exemple du roseau"

I « was » dreaming of a white Christmas

déc 30, 2006 in Actualité, Coup de gueule, Coup de tête, Critique / Analyse, Publications

174383whitechristmas0_1Ce Noël, je l’espérais blanc, comme le décrit ce fameux refrain. Un Noël qui a la couleur de la conscience pure et imperturbable et des intentions intègres et entachées. Le banc de la neige couvrant les hautes cimes du Mont-Liban, agrémentant ses cèdres éternels de guirlandes lactescentes. Un blanc couleur de la lumière dans son rayonnement le plus intense. Le blanc des langes du nouveau-né de Bethléem, des tuniques des rois mages venus se prosterner devant ce nourrisson sauveur de l’humanité, des drapés opalescents des pèlerins de la Mecque. J’ai rêvé de blancheur à l’occasion de cette Nativité, et j’ai ouvert les yeux, et j’ai vu en réalité un pays qui saigne à blanc.

Les rejetons de Daoud el Corm, de Saliba Doueihy, et de Mustafa Farroukh font un très mauvais usage de la palette des nuances. Au lieu de s’engager à refaire du Liban une toile rehaussée de splendides teintes emblèmes des vertus magnifiées par les pinceaux des artistes, ils nous en font voir de toutes les couleurs. Ils vulgarisent les couleurs, les avilissent, les démythifient, et forcent toute une population à se peindre un avenir sous de tristes couleurs.

Un peloton de blancs-becs aux nombrils verts qui font tout sauf faire travailler leur matière grise, s’évertuent à brosser un portrait caricatural au pays dont l’éponyme est la couleur blanche en araméen. Des oranges, des verts et des jaunes qui se trouvent sur la liste noire des rouges et des bleus, et vice-versa. Entre des mafias qui mangent du pain rouge, des politiciens dont le passé est lourds d’éléphants blancs, de vertes et de pas mûres pour l’acquisition de billets verts, des puissances régionales qui passent du blanc au noir, et des puissances internationales qui emploient le vert et le sec pour parvenir à leurs fins, les séries noires se poursuivent dans le pays de l’or bleu.

Bleu, rouge, jaune, orange, vert. Trois couleurs primaires, et deux intermédiaires – le violet faisant défaut – dominent dans la galerie de toiles monochromes qu’est devenu le pays des cèdres. En espérant l’apparition du violet au sein de ce barbouillage ; le violet symbole de l’amour de la vérité et de la vérité de l’amour, vertus passées sous silence ces jours-ci, mais tellement vitales pour cette contrée qu’on aveugle à force de couches picturales obscures.

De la sorte, l’émergence de ce violet parmi le jaune, le rouge, l’orange, le bleu et le vert, surviendrait pour parfaire le cercle chromatique constitué de ces six couleurs. Ces coloris finiraient par fusionner pour produire une teinte qui est l a somme de toutes ces couleurs : la lumière blanche. Ainsi, le blanc tant désiré surgira parmi cette gamme, et son avènement ébauchera une nouvelle année toute en couleurs. Et l’on pourrait enfin rêver et espérer l’avènement d’un Noël blanc.

                    Heureuse Année 2007

(Photo prise de : http://www.travelblog.org/ )

(Article paru dans l’Orient le jour le 3/1/2007)