La saison des épousailles est lancée depuis plus d’un mois au Liban. Chaque année la même rengaine, le festival du ridicule se déclenche. Les futurs mariés préparent un mariage faramineux à crédits, et espèrent que les invités – qui ont reçu avec la carte d’invitation le numéro d’un compte en banque en guise de « liste de cadeaux de mariage » – comblent avec leur cotisation une partie importante des frais du conjungo. Bref, dans ce billet, ce ne sont pas les différentes parties du carnaval que je vais commenter, je n’en finirai point. Ça fera peut-être le sujet d’autres articles grognon.
Mais il y a un phénomène baignant dans le ridicule, qui est d’une inutilité flagrante et d’une absurdité grotesque faisant partie des dix commandements du mariage heureux au pays des cèdres et dont j’aimerai en parler aujourd’hui : LES FEUX D’ARTIFICE.
Explosion de bonheur ou détonement du burlesque, je ne saurais comment définir cela. Mais, lorsqu’après une journée fatigante je décide de me coucher un peu avant minuit, et me réveille en sursaut à cause de la bêtise humaine couramment perpétrée, j’ai décidé ouvertement de formuler sans censure mes vœux à ces accouples :
Que votre mariage ressemble à ces feux d’artifices avec lesquels vous nous cassez la tête :
- Que votre union soit aussi éphémère que ces objets explosifs succincts qui ne servent à rien.
- Que votre célébration soit aussi polluante que ces pétards, qu’elle la couvre d’un nuage de poussière chimique. Aucune conscience écologique n’anime votre être, vous fondez un foyer sur des bases insalubres, faisant fi de votre environnement, pour frimer cocassement devant vos convives. Sans oublier que ce genre de manifestations, non seulement peut être nuisible à la santé, mais peuvent même faire des blessés dans un cas de mauvaise manipulation.
- Que votre ménage soit aussi bruyant et détonnant que ces bombes colorées qui assourdissent les gens et empoisonnent l’existence de toute une population : en nuisant aux cardiaques parce que durant une nuit soi-disant calme des pétards géants viennent troubler le silence, en effrayant les petits enfants qui piquent des crises de pleurs durant la nuit, en réveillant de mauvais souvenirs de guerre retentissants, en faisant aboyer tous les chiens du quartier parce que ces bruits les épouvantent, en terrorisant toute la faune, et j’en passe.
- Que votre hymen avec ses airs festifs pompeux soit aussi superficiel que votre vision des choses qui vous dicte de transformer une alliance commune, en une cérémonie royale, alors aucun atome de noblesse ne transparait à travers ses manèges burlesquement précieux.
- Que votre entreprise fraichement fondée soit comme un tonneau troué, que vous n’ayez ni fortune ni trésor, parce qu’avec les quelques milliers de dollars si stupidement dilapidés, ces frais vainement claqués pour allumer inutilement le ciel et l’empester avec la fumée toxique des pyrotechnies, vous auriez pu faire la joie de personnes dans le besoin, ou servi à être mis de côtés au cas où les mariés ne sont pas des cousins à Onassis.
Si je m’exprime de la sorte, c’est parce qu’on en a vraiment marre de ce phénomène ! Personne n’est obligé de supporter ce tapage nocturne quasi quotidien. Les Libanais oublient la loi universelle : la liberté s’arrête lorsqu’on touche à celle des autres. Maintenant, le voyou du coin quand il convole en juste noces, il empeste la planète entière avec ses feux d’artifices, et aucune autorité pour mettre un terme à ces excès néfastes sur tous les plans : écologique, moral, social, économique, sanitaire, et civique.
Les feux d’artifices, c’est une belle chose à voir, pour le nouvel an, pour un évènement national, mais pas plus que ça. Au Liban, c’est une affaire quotidienne. Cela commence à partir de 20h, et peuvent aller jusqu’à 1h du matin. Le weekend dernier, à 2h30 du mat, je me réveille en pleine nuit, à cause de gros pétards par d’incorrigibles fêtards qui célèbrent un engagement quelconque. Et j’ai pris une photo pour montrer les reliques de ces explosions. Sans commentaires, la photo est bien éloquente.
D »ailleurs, rien ne vaut le 15 aout 2006, le lendemain de l’épouvantable guerre de 2006, nous avions cru que la guerre a repris, parce que des cons avaient lancé des feux d’artifice pour l’Assomption – on dirait que le Libanais est habitué au bruit des explosions, ca le rassure ! Je finis par espérer qu’il y ait une loi qui arrête cela, même si je pense qu’elle doit exister et qu’elle passe sous silence comme la plupart des lois au Liban.
©Marie-Josée Rizkallah, 2010 – Tous droits réservés