Archive for octobre, 2006

« Ce qui nous sépare, ce qui nous unit » article paru dans l’Orient Le Jour du 3 octobre / « Lettre ouverte aux vrais Libanais en voie de disparition » sur www.libnanews.com le 28 septembre.


2006
10.03

Ces temps-ci, un air de Ziad Rahbany revient à ma mémoire : « L’un prie le dimanche, l’autre le vendredi … ». L’un préside son assemblée d’adhérents le dimanche, l’autre le vendredi. L’un commémore ses martyrs de guerre le dimanche, l’autre le vendredi.

Chacun son jour, chacun son public, chacun son histoire, chacun son parti.

Tout les sépare. Cependant, ils ont pas mal d’analogies. Le point sur lequel ils sont tous d’accord, je vous en prie, c’est que durant toute la semaine, voire toute l’année, même toute une vie, ils hypnotisent leurs moutons de Panurge et leur font avaler leurs opinions.

Encore un point commun, ils possèdent argent et pouvoir, un garde-fou de gardes du corps, et entendent à longueur de journée un chapelet d’amen égrené par la petite constellation censée former leur cour.

Sans oublier quand même un point de convergence majeur : ils sont Libanais.

Je me demande quand est-ce que le peuple libanais compterait ouvrir les yeux, quand est-ce qu’il cesserait à suivre ces chefs de pelotons qui se prennent pour des dieux sur terre ?

Qu’ont-ils tous fait d’extraordinaire ? Défendre leur pays ? Tout vrai libanais est censé le faire, sans pour autant passer sa vie à le rappeler. Le fils d’une terre défend sa terre sans le crier sur tous les toits.

Un vrai fils d’une terre, défendrait sa terre sans accepter l’ombre d’une main étrangère penser labourer son sol avec lui.

Un vrai fils d’une terre n’accepterait pas de remplir son escarcelle par un argent étranger, de batailler sur son terrain pour défendre un autre rivage, de brandir n’importe quelle banderole au lieu du drapeau de son pays, de faire une guerre civile et de tuer ses frères, les fils de sa terre, et par dessus tout, prôner chasteté alors qu’à cause de lui, l’honneur de sa terre a été souillée.

J’imagine que tout bon partisan à je ne sais quel groupuscule se mettrait à l’écart et penserait que ce que je dis est valable au camp adversaire. Parce que l’autre, différent par son rite et ses croyances, a toujours tort.

Cher lecteur et compatriote, détrompe-toi. Je m’adresse à chaque personne qui plaide pour je ne sais quel mortel plaidant lui-même pour je ne sais quel pays et surtout pour ses comptes dans les banques suisses ou américaines, et se cachant derrière son amour du pays et de son peuple qu’il met en vitrine, et qui en agissant de la sorte, plante une dague dans le cœur de ce pauvre Liban. Jean Giraudoux disait : « Les pays sont comme les fruits, les vers sont toujours à l’intérieur ». Tels sont tous ces soi-disant détenteurs de la nationalité libanaise et célébrant leur vertu et leur abnégation trompeuse pour une patrie qu’ils foulent aux pieds.

Je ne veux accuser ni la Syrie, ni l’Iran, ni Israël, ni les Etats-Unis, ni l’Europe, ni les pays arabes. Ils ne sont pas blâmables, eux. Lorsqu’on vient présenter un gâteau à quelqu’un, il ne va pas le refuser.

Ceux qui sont damnables, ce sont les fameux Libanais détenteurs de pouvoir politique qui ont vendu leur contrée. Si c’est l’intérêt du pays qui leur importait, ils se seraient consacrés avec moins de zèle à leur enrichissement et à leur quête personnelle du pouvoir, et auraient œuvrer à l’amélioration des conditions de vie du Libanais dont l’éducation, l’hospitalisation et la retraite sont à ses propres frais parce qu’elles ne sont pas prises en charge comme il le faut par l’état – parce que l’argent débouche dans les poches de ces fameux chefs de file déifié au lieu de tomber dans l’intérêt commun.

Après tout, cher lecteur, si je m’attarde à citer les mémorables exploits des porte-drapeaux libanais, je vous lasserai en matière de corruption et de magouilles.

Je préfère clore avec cet appel qui vient du cœur à tout vrai Libanais, s’il existe encore.

Je t’appelle, cher frère, cher sœur, fils et fille de ma terre, à aimer avant tout ton pays, à rejeter toute cette bande de manipulateurs, et à penser, tous ensemble, à dépasser cette période de dégradation pour renaître de nos cendres, au lieu de passer sa vie à se consumer sur les braises de 1975 qu’on n’arrête pas d’attiser. Défions tous ces pyromanes qui s’amusent à voir notre pays se dévorer par les flammes, étouffons ces incendies suscités pour éteindre la gloire de notre pays souverain empreint de lauriers et de splendeurs. Bafouons tout individu prétendant faire du pays une toile monochrome, et levons très haut l’étendard d’un pays aux mille couleurs se réunissant pour former la plus belle des toiles de par ses nuances diverses qui se côtoient et ne réclament point d’effacer les autres couleurs. POUR QUE LE LIBAN VIVE EN DEPIT DE TOUT !


Marie-Josée E. Rizkallah | Créez votre badge