
Vue de la mer depuis le palais Debbas – Saida. © Marie-Josée Rizkallah
J’ai écris cette lettre le 8 mars, pour inciter l’opinion publique à la sauvegarde du patrimoine libanais menacée plus que jamais par le développement immobilier. Je l’ai mise également entre les mains de la LCCPP (Ligue des Cités Cananéennes, Phéniciennes et Puniques) présidée par Mme Maha Chalabi, qui y rajoutera un compte-rendu de leur dernière rencontre.
« A tous les Libanaises et Libanais,
A tous les amoureuses et amoureux du Liban
Face à l’échec des efforts de protection et de conservation du patrimoine historique et culturel au Liban, et devant les menaces de destruction et de détérioration qui continuent à peser sur ces richesses nationales, nous lançons un cri à tous les Libanais afin de les exhorter à une prise de conscience pour la sauvegarde du patrimoine libanais.
Actuellement, les espaces maritimes antiques tout le long de la côte libanaise sont en proie à un danger de défiguration et de démolition, notamment l’installation portuaire phénicienne de Minet el-Hosn à Beyrouth, le port phénicien de Tyr, le vieux port de Byblos et le port de Tripoli.
Par ailleurs, le développement immobilier à Beyrouth continue d’engendrer des conséquences néfastes sur les sites archéologiques antiques de la capitale dont plus de 90% n’existent malheureusement plus. Par surcroît, la menace du tracé de l’autoroute du sud passant par 26 sites archéologiques guignant la cité portuaire de Tyr, entraînerait le déclassement de la ville de la liste du patrimoine mondial. Le tout couronné par un détachement flagrant de l’opinion publique ployant sous le poids de souci existentiels et rongée par un défaitisme insensé.
Le joug de la reconstruction et de la fièvre immobilière, accompagnées par un manque d’urbanisme et de planification des lieux, ont abouti à une situation chaotique alarmante, provoquant la disparition progressive des sites archéologiques au profit de l’architecture moderne dédaignant le concept d’intégration de ces sites aux projets immobiliers qui ajouterait une plus-value à ce dernier.
Ces dangers effarants sont une preuve évidente de l’incompatibilité du développement avec la notion de conservation du patrimoine, ainsi que de l’impuissance de l’État face à la disparition graduelle des marqueurs historiques du pays.
C’est pourquoi nous nous adressons à chaque citoyen libanais, aux étudiants, aux intellectuels, aux ouvriers, aux fonctionnaires, aux archéologues, aux artistes, aux familles, aux élus locaux et nationaux, et notamment aux médias, dont l’influence est conséquente sur l’opinion publique, à assumer leurs responsabilité et à jouer un rôle clé pour la préservation de leurs trésors historiques et culturels. Il y va du devoir de chacun, selon ses capacités, d’informer et de sensibiliser la société civile libanaise dans toutes ses composantes, pour la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine.
Nous faisons également appel aux autorités libanaises, à leur tête le Président de la République, le Premier Ministre, le Gouvernement libanais, spécialement le Ministère de la Culture, le Ministère des Travaux publics, et le Ministère du Tourisme, ainsi que le Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR) à effectuer les démarches nécessaires pour assurer la protection des sites archéologiques.
Il est utile de prendre en considération que le fait de défendre farouchement son patrimoine ne diverge absolument pas avec la notion de développement. La Culture, dont le patrimoine fait partie, est une ressource notable du développement durable sur le plan économique, social et environnemental, et constitue une composante de l’essor humain, permettant d’assurer la croissance économique au Liban. »
Marie-Josée Rizkallah © 2012