2ème mort d'Odette, ou le triste sort d'une mère de Libanais portés disparus

odette

Beyrouth, le 19 mai – Elle a porté sa croix pendant vingt-quatre ans, depuis cet odieux jours où elle n’a plus revu ses deux enfants. Elle a traîné cette croix, elle l’a arrosé de ces pleurs, elle l’a entouré par un chagrin immense. Vingt-quatre ans après, elle a fini par s’habituer à ce lourd fardeau qu’elle coltinait, tellement qu’elle ne demandait qu’à faire le deuil de ses enfants. Ses enfants portés disparus en 1985, elle ne savait plus ce qu’ils étaient devenus. Elle savait qu’ils étaient dans une prison syrienne, qu’ils y vivaient ou qu’ils y ont vécu un enfer sur terre. Enfer qu’elle partageait avec eux, sans pour autant être physiquement près d’eux. Elle clamait haut et fort son droit de savoir si Christine et Richard sont toujours de ce monde. De l’espoir, elle n’en avait pratiquement plus, après toutes ces années, mais refusait de ne pas y croire. Une mère ne peut pas se faire à l’idée que les fruits de ses entrailles ont été pris par la camarde, à moins qu’elle puisse percevoir ceci. La vie de Christine et de Richard, tout comme leur mort, étaient abstraites, virtuelles, pour elle et pour les autres. Depuis la disparition de ces êtres chers, Odette a vécu sa vie dans une ambiance de deuil, sans pour autant le faire, ce deuil.

enfants d'odette

Cependant, elle n’était pas seule. Elle partageait sa croix avec les mères qui, comme elles, ont perdu au moins un enfant, dans une modeste tente dressée devant le somptueux siège de l’Escwa. Militante, courageuse, tendre, affectueuse, infatigable, aimable, c’est ainsi qu’on pouvait la décrire. « Nous restons ici, nous n’allons pas bouger d’un pouce tant que nous n’avons pas connu le sort de nos enfants » disait-elle. Elle ne le disait pas, elle l’appliquait. De jour comme de nuit, elle demeurait dans cette tante avec les mères, à jouer aux cartes, à faire du tricot ou du crochet, à boire leur café chaleureusement préparé, à répondre aux questions des journalistes, à raconter son histoire aux personnes qui venaient chez elle. Et en dépit de l’incommensurable douleur, Odette gardait un sourire qui illuminait son visage sillonné par des rides qui racontaient son affliction et ses larmes.

Du peu que je l’ai connu, son image et son histoire sont restées dans ma tête et dans les tréfonds de mon cœur. Je l’ai connue grâce à Nayla, un jour d’octobre. Avant d’arriver chez Odette, Nayla m’avait fait l’honneur d’écouter sa version de « Mourir d’aimer », avec sa douce voix émouvante qui caresse les sens et le cœur de celui qui l’entend. Je l’ai revu une deuxième fois, Odette, mais c’était la dernière fois…malheureusement. Le destin a voulu qu’elle finisse par mourir…d’avoir tant aimé, d’avoir tant pleuré. Mais sa triste destinée, ce n’est pas lentement qu’elle a glissé vers elle, mais par un accident de voiture, imprévu, fatal. Elle a laissé le monde et ses problèmes, après s’être enfoncée à cause des gens haineux dans une nuit qui a duré 24 ans. Elle a mené son combat en redressant la tête, en dépit de toutes les issues qui lui étaient condamnées. Ses enfants ont disparu, mais elle n’a pas voulu fermer le livre, elle a tout fait pour qu’elle les retrouve pour revivre, elle a tenté de renverser toutes les données, mais, elle a fini par mourir brusquement. Et de notre côté, nous n’avons pu que l’aimer.

Odette, Paix à ton âme.

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1 commentaire

  1. frenchy dit :

    Odette était une grande…
    Une mère comme toutes les mères devraient être, aimante, jusqu’à la folie ses enfants, triste … dans leur disparition.
    mais gardant l’espoir de retrouvailles prochaines…

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