
Devant une assiette de salade mexicaine aussi appétissante que diététique, au son de mélodies latines avec la voix grave de Compay Segundo rappelant qu’en faisant la fête, les quatre cent coups et en fumant des cigares cubains épicées ou chocolatées – au goût de mon Frenchy – le sort a voulu qu’hier je me trouve en face de quelqu’un à qui je faisais part de mon amour pour le Liban confronté à l’incapacité de manifester mon attachement à ce dernier, et même à l’impossibilité d’appliquer pleinement mes devoirs moraux en tant que citoyenne.
Amour pour le Liban ? Mais quel Liban en fin de compte ? Y-a-t-il un Liban ou des Liban ? Existe-t-il toujours des personnes qui aiment ce pays et qui font quelque chose bénévolement rien que par amour pour la patrie ? Attachement à quoi ? A quelle terre, à quelle histoire, à quelle identité, à quel patrimoine ? Ils sont tellement nombreux que je me demande si ce pays vaut-il vraiment d’en être un, au lieu que d’être un espace internationale où se rencontre une vingtaine de tribus.
Amour, attachement, nationalisme, patriotisme, révolte … que de termes qui donnent la rage au ventre. Mon amour pour le Liban ? Une phrase affublée d’une touche poétique et vide de sens, de symbole, d’action.
La notion du Liban pour la plupart, c’est-à-dire le commun des mortels, est actuellement identique de la notion de Dieu. Ils admettent que tous les deux existent, ils les chantent et les louent lors de cérémonies officielles ou commémorations particulières, ils les maudissent lorsqu’ils ont des problèmes financiers ou relationnels et prennent des résolutions de s’en séparer pour de bon disant qu’ils n’en ont plus rien à foutre, ils les voient chacun d’une façon et fondent partis, courants, religions, sectes et coteries à la noix de cocos dont le seul but est l’établissement d’une république bananière dotée d’un appareil étatique corrompu à tous les échelons, foulant au pied et Dieu et le Liban.
Et ces soit disant Libanais, qui, dans un pays au bord de la dérive pour ne pas dire qu’il n’est pas encore chu, font fi de tout les dangers, vont se sustenter et se désaltérer dans les pubs, les restos et les boîtes de nuits, et faire la fête. Je ne critique pas, j’en fais partie, et ces pensées ont trotté dans mes esprits entre une tortilla et une gorgée de Pineaple Daiquiry. Santé, cheers, chin-chin, salud, salute, saude, ou keskoune !