En marée haute … Pensées à ceux qui ne sont plus là

Le moine devant la mer
Une marée haute. L’eau de la mer me monte jusqu’à la bouche. Ou plutôt jusqu’aux yeux. Cette eau monte pour redescendre jusqu’aux joues, jusqu’au cou, jusqu’aux genoux. Jusqu’au sol, jusqu’au bout. Se mêler avec la terre, pour donner de la boue. Non, de la vase.
Un temps sordide. Une période morbide. Aujourd’hui, la mer qui a longtemps fait couler beaucoup d’encre romantique, sensuel, magique, légendaires, énigmatique, fait verser beaucoup de larmes, parce qu’elle a ôté sans merci des êtres chers à leurs siens. Voilà pourquoi, dans la vase glaireuse de ma tristesse, entrainée par les vagues de mes sens qui se tourmentent et m’oppressent, j’emploie le champ sémantique marin pour exprimer mon chagrin.
Ce dépit, ce cri, je l’écris, et permets aux autres de le lire ici, parce qu’étrangement, en partageant ses malheurs et ses tourments, ils se raréfient, et en partageant son bonheur et ses enchantements, ils s’intensifient.
Ce matin, le goût de cette mer a envahi tout mon être, les flots et un certain manque étaient mes seuls maîtres. Je me suis rappelé ma grand-mère, qui nous a quittés il y a bientôt trois ans, comme si c’était hier. Son souvenir luit toujours dans les tréfonds de mon cœur, par son sourire, sa voix, ses conseils, ses sages décisions et sa blancheur. Son souvenir je ne peux le dissocier de celui de mon grand-père, qui formait avec elle un couple exemplaire. Je les revois tous les deux marchant ensemble, bras dessus bras dessous avec leurs petites mains qui tremblent.
Tout en eux me manque d’une manière déchirante, leur présence réconfortante, leurs voix rassurantes, leur étreinte émouvante, leur foi ardente, leurs paroles ferventes. Curieusement, leur souvenir qui ne m’a quitté même pas un moment, a fait surgir aujourd’hui du fin fond de mon âme, le portrait d’une gentille voisine et d’une amusante petite dame, que je rencontrais souvent chez ma grand-mère, assise, en train de déguster sa tasse de café amer. Cette dame est toujours en vie et s’appelle Renée, c’était une voisine et une proche à mes grands-parents depuis plusieurs années.
Son visage me revient singulièrement aujourd’hui, au volant ce mercredi matin sous la pluie. Les éléments marins ne faisaient alors qu’inonder mon être, à un tel point que le besoin pressant d’ouvrir une fenêtre, pour inspirer un peu d’air urbain pollué, s’est avéré utile pour calmer ma marée haute et la diminuer. J’ai pensé qu’il serait bien de monter dans ma barque et prendre la rame, pour aller un de ses jours rendre visite à cette bonne femme, retrouver en elle quelques petites reliques, une parole, un sourire, un café, une musique, évoquant mes deux êtres chers partis un peu trop tôt à mon goût, parce que vraiment tout en eux me manque, vraiment tout.
Susceptible que je suis, je ne sais pas si j’aurai le courage, d’aller un de ces jours vers ce voisin rivage.
Mais ce dont je suis sûre et certaine, après ce matin noyé par tant de manque et de peine, c’est qu’une personne chérie décédée ne l’es jamais vraiment, parce que son amour et son image luisent en nous éternellement…
©Marie-Josée Rizkallah, 2009
3 février 2010 par ishtar | Aucun commentaire »
Je suis la première normalement à critiquer mes confrères et à me critiquer moi-même – m’entraînant parfois volontairement ou involontairement dans le courant de la “lebanese way of life” – lorsque quelque chose cloche dans ce pays, notamment lorsque les droits de l’Homme sont mis en question. Je sais très bien également que ma société est d’un racisme flagrant envers les ressortissants asiatiques et/ou africains qui viennent bosser dur dans notre bled et sont la plupart du temps maltraités par nos maîtres et maîtresses de maisons injustes, arrogants et égocentriques. Je suis militante pour la cause de ces pauvres gens à la lumière des préceptes de mon grand oncle P. Selim Rizkallah, fidèle et actif disciple du Petit Pauvre d’Assise, qui depuis des années se donne corps et âme pour la cause des droits des ouvriers étrangers. Donc vraiment pas besoin de me donner des leçons dans ce domaine, je suis capable d’en donner moi-même.





