09
Fév
2017
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Pour la fête de Mar Maroun, une note pas très orthodoxe

Un vieux barbu au visage flou tout vêtu de noir. Un personnage abstrait, énigmatique, immémorial. Mille six cents années, c’est tellement reculé qu’on en a plus trace de mémoire d’homme vive à part des écrits patristiques, perles littéraires et théologiques, mais un peu trop élevées par rapport aux goûts du jour. C’est ce qu’évoque de prime abord le nom de l’illustre Mar Maroun.

Paradoxalement, le nom de cette figure multiséculaire est d’une actualité manifeste au siècle actuel. Définissant une communauté itinérante native d’un orient très compliqué, ce nom se réitère dans la vie de tous les jours, et dans tous ses litiges possibles : politiques, ecclésiastiques, scènes de ménage ou de voisinage, anecdotes. Bref, dans tous les contextes probables sauf celui dans lequel il est réellement censé être repris : celui d’un prêtre solitaire amarré à sa foi et sa terre, menant une vie austère de prières et de pénitences, un modèle à suivre.

Les rejetons de ceux qui ont suivi Mar Maroun au cours des siècles, sont un peuple qui a, en grande partie, perdu ses repères, tout comme l’Histoire de ses pères. Il est question de Mar Maroun à l’intérieur du pays au moment de dresser des barrières, de parler de nombres de sièges électoraux et de répartitions des fonctions de l’Etat, et occasionnellement de festivités religieuses, fastueuses ou simplettes, mais certes routinières. Cependant, quand il s’agit d’humilité, de retour aux sources, de foi qui déplace les montagnes et de vie dépouillée, il n’y a pas âme qui vive.

Quant à ceux qui se sont expatriés, ils sont devenus une foule d’individus disparates qui n’a pas su construire d’une manière tangible une diaspora solidaire, enracinée dans son identité, fidèle à son histoire, à ses origines, à sa langue, à ses traditions, à l’instar de la diaspora juive ou arménienne. Leur très haut niveau d’intégration en milieu étranger s’est malheureusement longtemps fait au détriment de leur identité.

Curieusement, l’état des faits décrits un peu plus haut convient également aux Libanais en général, quand il est question du Liban. Peut-être parce que ce que certains désignent par « maronitisme » est intimement lié au Liban et à son Histoire. Il ne faut certes pas généraliser, il existe certes des garants de l’Histoire et de l’Identité, et des initiatives personnelles ou collectives pour promouvoir le rite maronite,  mais ceci n’empêche que pour beaucoup, Mar Maroun demeure un ancêtre éponyme d’une communauté dont la plupart ne connait que le nom, accompagné occasionnellement d’une phrase étriqué pour le décrire.

L’Antiquité tardive, époque au cours de laquelle a vécu Mar Maroun a longtemps été considérée comme une époque décadente, avec les persécutions, les invasions, les mouvements hérétiques, les disputes christologiques, l’avènement des barbares … le même cadre de vie que l’on mène aujourd’hui, avec en bonus une invasion d’un autre genre, celle de la technologie. Ce que je retiendrais de ce jour férié dédié à la mémoire du Père de la communauté maronite, c’est de parvenir, au chœur du tumulte, des barbaries, et des invasions en tous genres, à se détacher de tout ce qui nous encombre pour parvenir à effectuer un réel retour aux sources, et pour enfin aller à l’essentiel, où tout ne peut être que paix, extase et sérénité.

24
Déc
2016
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Je rêverai toujours d’un Noël blanc … ‎

Ce Noël, je l’espérais blanc, comme le décrit ce fameux refrain. Un Noël qui a la couleur de la conscience pure et imperturbable et des intentions intègres et entachées. Le banc de la neige couvrant les hautes cimes du Mont-Liban, agrémentant ses cèdres éternels de guirlandes lactescentes. Un blanc couleur de la lumière dans son rayonnement le plus intense. Le blanc des langes de l’Emmanuel de Bethléem, des tuniques des rois mages venus se prosterner devant ce nourrisson sauveur de l’humanité, des drapés opalescents des pèlerins de la Mecque.

J’ai rêvé de blancheur à l’occasion de cette Nativité. Mais j’ai ouvert les yeux, et j’ai vu en réalité un pays qui saigne à blanc. Les rejetons de Daoud el Corm, de Saliba Doueihy, et de Mustafa Farroukh font un très mauvais usage de la palette des nuances. Au lieu de s’engager à refaire du Liban une toile rehaussée de splendides teintes emblèmes des vertus magnifiées par les pinceaux des artistes, ils nous en font voir de toutes les couleurs. Ils vulgarisent les couleurs, les avilissent, les démythifient, et forcent toute une population à se peindre un avenir sous de tristes couleurs.

Un peloton de blancs-becs aux nombrils verts qui font tout sauf faire travailler leur matière grise, s’évertuent à brosser un portrait caricatural au pays dont l’éponyme est la couleur blanche en araméen. Des oranges, des verts, des jaunes, des rouges, des bleus qui se trouvent sur la liste noire des uns et des autres, selon les saisons, selon les équations et les accords. Entre des mafias qui mangent du pain rouge, des politiciens dont le passé est lourds d’éléphants blancs, de vertes et de pas mûres pour l’acquisition de billets verts, des puissances régionales qui passent du blanc au noir, et des puissances internationales qui emploient le vert et le sec pour parvenir à leurs fins, les séries noires se poursuivent dans le pays de l’or bleu.

Bleu, rouge, jaune, orange, vert. Trois couleurs primaires, et deux intermédiaires – le violet faisant défaut – dominent dans la galerie de toiles monochromes traditionnelles et partisanes qu’est devenu le pays des cèdres. En espérant l’apparition du violet au sein de ce barbouillage ; un violet signe de deuil, pour que s’éteigne à jamais ces étendards de couleurs partisanes dont on en a assez. Un violet régénérateur, qui après le deuil, devient le  symbole de l’amour de la vérité et de la vérité de l’amour, vertus passées sous silence ces jours-ci, mais tellement vitales pour cette contrée qu’on aveugle à force de couches picturales obscures.

De la sorte, l’émergence de ce violet parmi le jaune, le rouge, l’orange, le bleu et le vert, surviendrait pour parfaire le cercle chromatique constitué de ces six couleurs. Ces coloris finiraient par fusionner pour produire une teinte qui est la somme de toutes ces couleurs : la lumière blanche. Ainsi, le blanc tant désiré surgira parmi cette gamme, et son avènement ébauchera une nouvelle année toute en couleurs, dans un pays qui enterrera tous les gribouillis afin d’ouvrir une nouvelle page blanche, pure, immaculée, pour un meilleur avenir. Et l’on pourrait enfin rêver et espérer l’avènement d’un Noël blanc…

Ecrit par ishtar dans : A la Une,Arts,Culture,Non classé,Opinion,Plumes | Tags : , , , ,
16
Déc
2016
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Alep, l’horreur ou l’erreur de trop ? ‎

Celle qui fut jadis appelée La Blanche*, est aujourd’hui un territoire gris ; gris de décombres, gris de la fumée des explosions, gris des cendres qui martèlent que tout est fini. Les seules choses qui restent blanches, sont la peur, les armes, et les visages livides … blancs comme un linge.
Alep, cœur de la Syrie, pourquoi ce destin tant noir ?

Tout simplement, parce que l’extrémisme a rongé la Syrie jusqu’aux os. Elle mange son pain noir depuis plus de cinq ans. La violence y est plus que banalisée, elle est devenue monnaie courante. En Syrie même, et pour le reste du monde.

Le pire dans tout ce scénario, c’est l’hypocrisie dans l’attitude des spectateurs. Ceux qui crient aujourd’hui haro sur le baudet, n’ont pas cillé lorsque Daesh ou Al Nosra coupaient les têtes. Ceux qui pleuraient hier les victimes des groupes fanatiques, jubilent aujourd’hui avec les centaines de corps qui jonchent les rues avec les attaques des soldats du régime.

Les victimes dans tout cela ? C’est-à-dire ceux qui n’ont pas eu ni les moyens ni la chance ni le courage de quitter leur chez soi depuis le début des hostilités. Ceux qui n’ont rien à cirer dans tout ce qui se passe. Ces morts civils ont un nom : les victimes collatérales. Elles font l’objet d’une photo, (authentique ou truquée) ou bien un chiffre dans les bilans ou les statistiques du journal de 20h.  Elles sont lynchées par les avis noirs, et élevées au rang de martyrs par les avis blancs. Avis noir ou blanc, est un avis relatif, cela dépend depuis quel camp on observe la situation.

La seule et unique victime dans toutes les guerres a toujours été la Vérité. Tout comme ce fut le cas dans la guerre civile libanaise, ou les petites guerres successives qui ont suivies … et suivent toujours. Les civils ont toujours été de la chair à canon. A balles, à couteaux, à tonneaux, ou à armes chimiques. Ils sont les boucliers humains des soldats ou des terroristes, cela dépend des régions et des points de vue.

L’Humanité dans tout cela ? Dans le noir le plus complet. L’horreur ne s’efface pas à coups d’indignations. Ni en éteignant la tour Eiffel. Ni avec un fleuve de bougies et de fleurs. Ni avec une minute de silence dans les assemblées internationales. Ni avec les déclarations de choc ou de préoccupations de Ban Ki-Moon. Après le fleuve de sang qui coule depuis plus de cinq ans, pour une guerre picrocholine, tellement absurde qu’on ne sait plus qui tue qui, qui arme qui, qui est contre qui. Des erreurs à gogo qui alimentent l’horreur à tire-larigot.

L’horreur, c’est de demeurer dans l’erreur. L’erreur des Américains qui envoient les armes. L’erreur des pays arabes qui n’accueillent aucun réfugié et qui ne participent aucunement aux opérations humanitaires. L’erreur des Européens qui n’ont toujours rien compris, qui fondent en larmes et qui veulent être plus royalistes que le roi. L’erreur de la Turquie qui alimente l’horreur pour ses propres intérêts. L’erreur du Qatar qui finance, de la Russie qui guerroie, et de tous ceux qui n’ont rien compris et qui auraient dû se mêler de leurs propres oignons…

L’erreur du Liban schizophrène et bipolaire, qui tantôt se voit en pays frère, tantôt en pays ne sachant toujours pas digérer une hégémonie tyrannique de quinze ans, et qui a fini par ouvrir béatement et bêtement ses portes à 2 millions de réfugiés ainsi qu’un nombre considérable de terroristes alors qu’il n’a lui-même que 4 millions d’habitants, régi par un gouvernement qui n’a toujours pas su trouver une solution à la crise des ordures.  L’erreur des Syriens qui n’ont pas su comment se débarrasser d’un régime despote, et qui ont laissé la place au chaos plutôt que de s’organiser effectivement, si toutefois, c’est ce qu’ils voulaient réellement.

En fin de compte, la guerre en Syrie doit finir. Toute guerre est abominable et ne doit pas trop durer. Plus du tout droit à l’erreur. L’hémorragie des réfugiés, le saignement des corps, la saignée de l’horreur … tout cela doit absolument finir.

Nadia Tueni avait dit un jour : « Je n’aime pas les guerres, elles font du bruit »…  Le bruit des canons, des hurlements, des pleurs, des lamentations, des cris de détresses, des histoires qui se déclinent en drames, en horreur. Et là où le bois est coupé, les éclats doivent tomber. Après tout, c’est ça la guerre : une erreur qui mène à l’horreur…

Par Marie-Josée Rizkallah

* Le nom d’Alep (Halab en arabe) dérive de l’araméen Halaba qui signifie « blanc » en référence à la couleur de la terre et du marbre abondant dans la région. (définition Wikipédia)

02
Déc
2016
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Une bouteille à la mer, pour que la dernière plage de Beyrouth reste publique

Au pays des Cèdres, impossible n’est pas libanais. Illogique, illégal, et insensé non plus. C’est du moins ce que l’on puisse dire concernant l’édification d’un complexe balnéaire privé de plus de cinq mille mètres carrés sur le littoral beyrouthin, censé être public. Paradoxalement, en toute légitimité, mais surtout en toute insolence.

Le soulèvement des collectifs et des associations contre la disparition du dernier espace encore accessible au public n’a aucunement gêné les promoteurs, encore moins le Mohafez ou gouverneur de Beyrouth, Ziyad Chebib. Ce dernier avait cet été, levé l’interdiction de construire sur cette plage publique, alléguant la surélévation du terrain par rapport au niveau de l’eau, et augurant ainsi le feu vert au projet.

Les activistes n’ont cependant pas baissé les bras : une manifestation a eu lieu durant le weekend, et une campagne virtuelle adressée au gouverneur Chebib a été lancée depuis plusieurs jours par le collectif Beyrouth Madinati, avec des photos où une ou plusieurs personnes tiennent un bout de papier sur lequel on peut lire  : « Mohafez Beyrouth, sauvegarde la plage de Beyrouth ».

Dans le même sillage de cette campagne, trois personnes, férues de Beyrouth, ont eu une idée qui sort du lot pour réclamer la protection de Ramlet el Baida. Trois femmes exactement. Chacune à sa façon, œuvre et lutte pour le bien du patrimoine local. La première est architecte restauratrice. Elle connait Beyrouth beaucoup, passionnément, voire sur le bout des doigts, presque pierre par pierre, pour avoir comme complexe mission la protection des bâtisses traditionnelles. La deuxième est archéologue et professeur à l’Université libanaise, tandis que la troisième est également archéologue.

«pour lancer une bouteille à la mer, il faut au moins que la mer soit là» écrivait Jules Vernes (1).

Ainsi, puisque la mer est encore là, avant que la civilisation du béton ne coupe tout accès au domaine public maritime de Beyrouth, Oussama Kallab, Nada Kallas et Marie-Antoinette Gemayel, ont lancé une bouteille à la mer, appelant le Mohafez de Beyrouth à sauvegarder la dernière plage de la capitale.

"Une bouteille d'eau à la mer" - Crédits Photos : © Oussama Kallab

« Une bouteille d’eau à la mer » – Crédits Photos : © Oussama Kallab

A l’issu d’un sinistre, lorsque tout espoir est perdu, le naufragé lance une bouteille à la mer. Si Beyrouth est en train de perdre son dernier front de mer public, il faut rappeler que le littoral libanais, long de 220km, manque gravement de plages publiques, les constructions privées ayant dévasté le territoire maritime. Si cet appel concerne Beyrouth, il est également valable à l’attention de tous les gouverneurs, des municipalités des villes et villages côtiers, pour protéger ce qui reste des espaces publics maritimes.

(1) VERNE, Jules, Les Enfants Du Capitaine Grant, Livre de poche, p. 100.

Ecrit par ishtar dans : A la Une,Culture,Non classé,Patrimoine | Tags : , , ,
30
Nov
2016
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En image : Célébrer la danse …

L’image de ce mercredi célèbre la danse. De petits pieds de ballerines, annonçant le mouvement, le rythme, l’harmonie. Une petite pause de douceurs dans un monde accablé de violence et saccagé de bruits négatifs. Une danse qui se transcende en une élévation, un corps qui devient à lui seul une prière, les bras ouverts pour accueillir la grâce divine. Un poème accompagne ce cliché lyrique, signé Marie-Josée Rizkallah :

Comme des pétales autour de leur tige
Je tourne autour de mon corps, vole, voltige
Les bras ouverts vers le ciel, volée, vertige
Je gravite autour de mon cœur, quel prodige

Sur la pointe des pieds, petits pieds minuscules
D’une ballerine qui se meut et ondule,
Avançant sur les planches tel un funambule
Pas à pas, je me déleste, je déambule

Je me délie de tous les fils, je me vide
Tel un verre se libérant de son liquide
Pour accueillir en moi la grâce limpide
Du Dieu miséricordieux, mon seul guide

En apesanteur, je perds tous les repères
J’évolue vers l’éther, m’élève, prospère
Aspirant à voir Allah, mon Dieu, mon Père
Je tourne, décolle, m’évapore, me perds

Tel un derviche, je tourne autour de mon âme
Dieu est là, dans mon cœur d’enfant et de femme
Je deviens une torche blanche qui s’enflamme
Témoin de l’Amour que mon cœur réclame

© Marie-Josée Rizkallah, Tous droits réservés.

"Ballerines" - Crédits photos : © Marie-Josée Rizkallah

« Ballerines » – Crédits photos : © Marie-Josée Rizkallah

20
Nov
2016
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Li Fayrouz, du fond du Cœur du Liban …

(Hommage à Fayrouz par © Elie Rizkallah – Crayons de couleur (1990))

Les Européens l’ont découverte en Turquie et l’ont baptisée Turquoise, les Turques l’avaient importée d’Iran où elle se nomme « Firouzé », alors qu’elle prospérait bien avant, du temps des Pharaons, qui l’extrayaient des mines du Sinaï. La Turquoise, de son nom arabe « Fayrouz », est une pierre ancienne et universelle. L’Europe, la Turquie, l’Iran, l’Egypte, le Mexique, les Etats -Unis ont leurs turquoises, mais le Liban a sa propre gemme, une « Turquoise » unique, icône de la culture et de la musique libanaise, dont le talent a dépassé les frontières, les langues et les peuples.

Personne ne sait pourquoi, le compositeur Halim El Roumi(1), conquis par la voix exceptionnelle de la jeune Nouhad Haddad en 1947, alors qu’elle faisait partie de la chorale de Radio Beyrouth, lui a donné le surnom de cette gemme, « Fayrouz ». Etait-il conscient que dans le jargon de la lithotérapie, la Turquoise a le pouvoir d’accorder l’être physique avec les sphères supérieures, tout comme le pouvoir de la voix de Fayrouz ?

Dresser la biographie et les exploits de cette gemme cosmique authentiquement libanaise est inutile : Fayrouz, ce surnom à lui seul est synonyme de son parcours, ses chants, ses  poèmes, sa voix sensationnelle, des frères Rahbani, de son fils au talent de génie, de son engagement national, arabe, oriental, et international.

Aujourd’hui, Fayrouz célèbre ses 82 ans, à deux jours de l’indépendance du Liban. C’est la seule artiste, dont l’anniversaire de naissance est évoqué ou commémoré par le public. Même Facebook cette année, en partenariat avec le magazine libanais Al Jaras, a honoré Fayrouz avec un cadre ajouté à la photo de profil où l’on peut lire : Min qalbi salamon, li Fayrouz (2); en reprenant et modifiant les paroles de la chanson-phare, Li Beyrouth.

A l’occasion de son anniversaire, via le média francophone libanais Libnanews et de concert avec tous nos lecteurs, nous adressons nos meilleurs vœux d’excellence à la gemme du Liban, à travers cet article et ce magnifique dessin de l’artiste-peintre, architecte et chanteur Elie Rizkallah.

(1) Halim El Roumi était un chanteur et compositeur libanais. Directeur de la Radio du Proche Orient, et de la Radio Libanaise, il est le père de la diva libanaise Majida El Roumi.

(2) Un salut de mon cœur à Fayrouz (originalement à Beyrouth).

Hommage à Fayrouz par © Elie Rizkallah – Crayons de couleur (1990)

Hommage à Fayrouz par © Elie Rizkallah – Crayons de couleur (1990)

19
Oct
2016
1

En image : Le pont romain de Maameltein ‎

Sur la route maritime entre Jounieh et Tabarja, quelque part entre les déchets, les carcasses de camions et le macadam dévorant le sol des lieux, subsiste un vieux pont. Reliquat du réseau routier antique de l’Empire romain, il faisait partie de la célèbre Via Maris bordant la côte Est de la Mare Nostrum. Surmontant la rivière de Ghazir, dans le district de Maameltein réputé notamment pour ses lupanars que pour ses plages et ses belles maisons traditionnelles abandonnées, ce pont tient encore debout dans son intégralité.

Construit vraisemblablement au cours du Ier siècle de notre ère, il est composé de pierres taillées en bloc formant une arche unique en plein cintre de douze mètres de portée. Du temps des Croisées (XIe-XIIIe),  ce pont était situé à la frontière entre le Comté de Tripoli et le Royaume latin de Jérusalem. Puis du temps des Mamelouks (XIIIe-XVIe), il devint un pont séparant deux régions, la province de Tripoli et la province de Damas, qu’on pouvait franchir en effectuant une procédure de traitement ou Mu’amala, d’où le nom de Maameltein.

Les différentes guerres qu’a connues le Liban au fil des siecles, notamment celles de la fin du XXe, ont rasé un bon nombre de monuments antiques et contemporains. Le pont moderne visible à l’arrière plan de la photo en est un bon exemple, puisqu’il n’avait pas été épargné par les bombardements de l’armée de l’air israélienne lors du conflit israélo-libanais de 2006. Mais ce petit pont doublement millénaire se vante, malgré lui, de tenir encore le coup.

Les multiples ravages commis contre le patrimoine local le long du territoire libanais durant la fameuse période de reconstruction suivant les décennies de guerres fratricides et jusqu’à nos jours, ont annihilé un nombre considérable de marqueurs historiques. Si considérable qu’il est quasi impossible d’en dresser l’inventaire. Mais envers et contre tout, ce petit pont persiste, omis jusques-la des équations des politiciens et des entrepreneurs.

Malgré la main calomnieuse de l’homme, les multiples vandalismes bien visibles, les responsables qui sont aux abonnés absents, l’oubli et le piteux état dans lequel il se trouve, mais surtout nonobstant les siècles et tous les facteurs destructeurs qui ont dû, depuis belle lurette, l’anéantir, ce petit pont romain de Maameltein semble résister, absurdement peut-être, mais à la manière du pays, tout évidemment. Dans l’attente d’être traité d’une manière toute aussi digne que son importance historique, culturelle et identitaire, un cri est lancé dans un ultime espoir de le restaurer et le préserver, par une équipe scientifique sérieuse et non des  volontaires ou des amateurs qui risquent de l’endommager plutôt que de le conserver.

11
Oct
2016
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Un sommeil, deux mesures : Le gendarme licencié et le politicien encensé ?‎

Il y a quelques jours, un individu qui devait briller par son absence lorsque le bon Dieu a distribué le bon sens, a eu «la merveilleuse idée» de prendre en photo un gendarme des FSI affaissé sur sa chaise. Il n’a pas vu les politiciens baignant dans la corruption, il n’a pas vu les tonnes de déchets sous lesquels nous sommes noyés. Il a juste vu ce militaire… et pour une éventuelle poignée de «Likes» et une célébrité éphémère et virtuelle, cette photo a été partagée en masse sur les réseaux sociaux. Un moment de gloire tout aussi grotesque que destructeur. Revers de la médaille,  qui a valu le renvoi du gendarme de son poste.

Un geste peut-être estimable si l’on vivait dans la «Cité parfaite», mais on est loin, à des années lumières, de la République de Platon. On est dans un pays où les soldats des institutions militaires et sécuritaires sont sensés être au garde-à-vous  24h sur 24h pour veiller à notre sécurité et à la sécurité des politiciens corrompus, contre un salaire dérisoire, dans des postes et des casernes où le mot confort de base est loin d’être à l’honneur.

Quelques jours plus tard, un ministre richard lors d’une cérémonie culturelle au musée national, s’est laissé allé dans les bras de Morphée, parce qu’il semble bien que la culture et lui font bien deux. Et le photographe Nabil Ismaïl en a pris une belle série de photos. Quelqu’un l’a critiqué ? Blâmé ou réprimandé ?

Une autre ministre a été prise à plusieurs reprises en train de pioncer lors des séances gouvernementales. Quant au parlement ? Plus de 30% des députés ont été pris en photos en train de jouer à des jeux débiles sur leurs portables ou en train de dormir. Sans oublier que 100% des députés touchent leurs salaires d’à peu près 13 millions de livres libanaises sans remuer un cil.

Le pire dans tout cela, c’est de savoir pourquoi l’homme en costume pris par une vedette du virtuel dormait … c’est parce que cela faisait plus de 10 jours qu’il n’a pas fermé les yeux, veillant au chevet de son fils à l’hôpital… aujourd’hui après son licenciement, va-t-il pouvoir subvenir aux dépenses hospitalières de son fils ? …

En somme, ne faudrait-il pas plutôt que nous, peuple assoupi, comateux et éteint, soyons jugés chacun pour notre inertie et notre omerta face à notre classe politique qui pompent notre argent, notre énergie et même l’air pur que l’on respirait jadis, remplacé par les odeurs nauséabondes des ordures ?

Ecrit par ishtar dans : A la Une,Actualité,Non classé,Politique | Tags : , , ,
05
Oct
2016
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En image : Pour que les oiseaux vivent …

Dans la série des records que les Libanais s’acharnent niaisement de décrocher, il y en a un où ils sont en voie « d’évolution », puisqu’ils n’ont (heureusement) pas encore atteint la première place : l’Etat le plus tueur d’oiseaux en Méditerranée. Le pays des Cèdres en est encore à la quatrième place, selon une étude publiée en 2015 par BirdLife International. L’Egypte est à la première place avec 5,7 millions d’oiseaux tués, suivi par l’Italie numéro deux avec  5,6millions, puis la Syrie avec 3,9millions pour arriver enfin au Liban avec 2,6millions d’oiseaux décimés.

La chasse est malencontreusement une forme de loisir populaire au Liban, et cette tradition bien ancrée en Méditerranée, remonte au temps des pharaons. En dépit du fait que la loi interdise ce genre de pratique, de nos jours, la communauté de chasseurs, estimée à  11% de la population, s’avère être dénuée de toute éthique et fait preuve de dilettantisme à un tel point de tuer, non seulement d’une manière anarchique les oiseaux en tous genres, mais aussi de causer des victimes humaines en raison de son amateurisme.

Cette chasse illégale épaulée de méthodes prolixes d’abattages massifs des passereaux entraîne la disparition de certaines espèces. Que ce soit pour le plaisir de tuer, pour être consommés ou vendus, pour être mis en cage ou pour le trafic illégal des rapaces tels les faucons, les chasseurs tirent leur fierté de leurs pratiques, et se vantent même en diffusant  en masse leurs photos avec leurs pauvres proies assommées en toute impunité.

En attendant des mesures plus effectives contre la chasse illicite et chaotique dans un pays croulant sous le poids des déchets, nous espérons qu’entre-temps, les parents et les institutions scolaires, encouragent les enfants à dessiner un oiseau plutôt qu’à lui réserver un destin fatal le temps d’un loisir inutile et meurtrier. Pour que le Liban devienne un jour, un passage sain et sûr aux volatiles en tous genres.

Ecrit par ishtar dans : Divers,Divers,Dossiers,Non classé,Spécial | Tags : , , ,
29
Sep
2016
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Il est temps de mettre les points sur les «i»‎

Il est grand temps de mettre les points sur les «i»
Mes vieux confrères, gravement frappés d’amnésie
A bas la corruption ! A bas ces hérésies !
Réveillez-vous ! Indignez-vous ! Oh ! Allez-y !

Sortez de vos doux cocons, éclatez ces bulles
Déclarez la Révolution en majuscules
Arrêtez de grâce d’écrire des virgules
Là où un point final s’impose, allez-y !

Vos politiciens, vous les avez bien choisis
Une classe pourrie, corrompue et moisie
Qui saccage le pays avec frénésie
Il est temps de s’en débarrasser, allez-y !

Ils ont transformé le pays en décharge
La justice et l’intégrité sont en marge
La plupart de vous ont déjà pris le large
Revenez, reprenez-le, de grâce, allez-y !

Il faut tourner cette page une fois pour toute
Épurez votre plaie de cette infecte croûte
Qui gangrène votre patrie et la déroute
Sauvez ce qui en reste, bougez ! Allez-y !

Par Marie-Josee Rizkallah
Tous droits réservés

Ecrit par ishtar dans : Non classé,Politique | Tags : , ,

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