Crise des ordures: la décharge de Costa Brava fermée dans 4 mois

Suite de la crise des ordures débutées par la fermeture de la décharge de Naameh en 2015 et le plan polémique du gouvernement d’alors d’ouvrir 2 décharges, l’une à Bourj Hammoud, banlieue Est de Beyrouth et l’autre à Costa Brava, au périmètre immédiat de l’Aéroport International de Beyrouth: le quotidien anglophone libanais The Daily Star annonce qu’un juge aurait décidé de la fermeture définitive de cette dernière déchèterie dans un délai de 4 mois.

La décharge de Costa Brava avait fait l’object d’une grave polémique entre autorités libanaises et mouvements écologistes suite à la décision d’abattre les mouettes et autres volatiles qui menaçaient le transport aérien. Des groupes de chasseurs avaient ainsi été « conviés » dit-on par le Président de la MEA pour tirer sur les mouettes après que plusieurs compagnies internationales aient menacé d’interrompre leurs vols en direction de Beyrouth. Un avion d’une compagnie du Golfe aurait été également légèrement endommagé après qu’un oiseau ait été avalé par ses réacteurs.

Le juge des affaires urgentes du Tribunal de Baabda, Hassan Hamdan, a ainsi statué en faveur du recours présenté par les mouvements écologistes demandant la fermeture dans un délai de 4 mois de cette décharge. Ce dernier avait ordonné le 11 janvier dernier, le maintien en service provisoire de la décharge jusqu’au 31 janvier 2017.

Ouvertes à partir de 2017, les décharges de Bourj Hammoud et de Costa Brava ont été mises en place, par décision du précédent gouvernement, en dépit de nombreux problèmes et infractions aux traités internationaux dont le Liban est pourtant signataire. Situées toutes 2 au bord de la Mer Méditerranée, elles violent la convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée contre la pollution. Celles-ci devaient fonctionner durant quatre années, le temps pour le prochain cabinet de proposer des solutions définitives à la crise des ordures.

Pour rappel, les ordures avaient commencé à s’accumuler dans les rues de Beyrouth et du Mont-Liban à partir du 17 juillet 2015 suite à l’annulation du contrat avec la compagnie de ramassage Sukleen et de l’expiration du mandat à ce que les déchets soient transportés dans la décharge de Naameh.

Cette crise avait amené à la mobilisation d’une frange de la population, notamment suite à un appel d’offre largement controversé en raison des coûts de ramassage proposés par les compagnies participantes allant de 140 dollars à plus de 200 dollars la tonne. De nombreuses manifestations se sont ainsi déroulées cet été 2015 au centre-ville de Beyrouth. Les Forces de Sécurité ont été critiquées pour un usage inapproprié de la la violence, alors que certaines sources indiquaient que des éléments proches de partis politiques s’étaient infiltrés parmi les manifestants pour provoquer des incidents. Les partis politiques avaient fait part d’une large solidarité entre eux face à la société civile qui réclamait une réforme en profondeur du système politique.

Voir aussi: 

Quand les autorités libanaises prétendent ne pas connaitre les régulations internationales

Quand les autorités libanaises prétendent ne pas connaitre les régulations internationales

Suite à la polémique concernant la présence d’oiseaux à proximité de l’Aéroport International de Beyrouth en raison de la présence d’une décharge, celle de Costa Brava pour ne pas la nommer et de leur élimination par des chasseurs appelés à la rescousse, il convient de voir les pratiques des différents pays auxquels on se réfère généralement au Liban.

Certains citent un article concernant New York – On se penserait presque à l’excellente chanson éponyme de Liza Minnelli – qui aurait éliminé 70 000 volatiles en 10 ans depuis 2009 en raison des menaces causées à ses installations aéroportuaires puisqu’ils en ont non pas une mais plusieurs. A une différence près, ils ont construit des aéroports dans des zones marécageuses et non une décharge à côté d’un aéroport. Il s’agit donc avant tout que les gouvernants et que leurs supporteurs assument l’erreur commise en plaçant une déchèterie à proximité immédiate de ce genre d’installations.

Pour cela, un tour auprès des instances internationales et de certains services techniques à l’aviation civile Français et Américains s’impose également.

Ainsi, face au risque aviaire, tel qu’on le nomme, outre un durcissement des standards d’élaboration des avions en France, on apprend que la mise en place de décharges publiques est strictement régulé sans plus de détails.  Il est plutôt d’usage de réguler et même d’éliminer les environnements propices à la présence de volatile au lieu de mettre en place une décharge.

Plus intéressant encore est un document des autorités américaines dont voici le lien, où on peut lire plusieurs points qui intéressent directement tant le concitoyen libanais que le voyageur fréquent à destination du Liban.

Les autorités de tutelles libanaises devraient donc apprendre de ce document en date de 2007, donc bien antérieur à la mise en place de cette politique kamikaze, que les risques posés par la présence d’une décharge sont totalement incompatibles avec le fonctionnement d’une installation aéroportuaire.

Aux Etats-Unis, la présence de zones qui attirent des espèces mettant en danger la sécurité des vols est interdite à 5 miles de distance des aéroport. Plus encore, la mise en place de décharges est actuellement spécifiquement prohibée à part en Alaska sur un rayon de 6 miles soit 10 kilomètres. Pour rappel, la décharge de Costa Brava a été décidée en 2015 sur les abords même de l’aéroport international de Beyrouth et cela donc contrairement aux régulations qui ont actuellement court dans de nombreux pays.

Les décharges existantes avant le 15 avril 2001 suite à l’adoption de ces règles sont également renforcées. Ainsi, les autorités américaines recommandent l’interdiction de l’extension des aéroports. Les propriétaires et opérateurs de ces décharges sont également soumis à un ensemble de régulations plus strictes concernant le fonctionnement de ces dernières. Il convient ainsi de leurs parts de démontrer que ces déchèteries ne posent pas de danger au fonctionnement aéroportuaire et non le contraire.  Ces dernières devant être également totalement hermétiques et de ne pas entreposer de matériaux pouvant attirer des espèces pouvant nuire aux avions que cela soit des oiseaux ou des rongeurs par exemple.

Les opérations de compostages sont permises jusqu’à 1,200 pieds de distance des installations aéroportuaires à certaines conditions comme le fait qu’elles n’attirent pas ces mêmes animaux. Les opérations de recyclage de déchets non organiques comme le verre, le papier ou l’aluminum sont permis par ces régulations.

A la lecture de ces rapports, on comprend donc que les autorités libanaises sont les premières responsables de la mise en danger de nos concitoyens qui prennent l’avion depuis l’aéroport international de Beyrouth et non ces volatiles. Il convenait plutôt de s’inspirer des meilleurs pratiques internationales au lieu d’innover dans le pire.

La faute revient évidemment aux prédécesseurs des ministres actuels qui ont décidé de la mise en place de cette décharge aux abords de l’aéroport mais il convient également de souligner la responsabilité des autorités publiques actuelles, ministre de l’environnement, ministre des transports, conseil des ministres qui ne remettent pas en cause le plan précédent, qui constitue une absurdité et une mise en danger des voyageurs à destination ou au départ de Beyrouth.

Il convient donc aux autorités libanaises de procéder à la fermeture de tout infrastructure contraire aux règles de fonctionnement des installations aéroportuaires comme la décharge de Costa Brava et non de s’entêter dans un bras de fer dans lequel tout le monde reste perdant, mais surtout de comprendre pourquoi par une commission d’enquête de désigner les personnes responsables de ce gâchis, social et économique.

Il convient également d’appeler les companies aériennes internationales à boycotter les installations libanaises tant que les bonnes pratiques ne sont pas mises en place. Ce n’est pas en éliminant les mouettes qu’on élimine la cause de leur présence. Elles seront de plus en plus nombreuses tant qu’on n’éliminera pas la décharge dite de Costa Brava. Et plus encore, cela démontre le manque de visibilité de nos gouvernants pour l’avenir. Ils doivent travailler et oeuvrer en faveur de l’intérêt général en conformité avec les intérêts sanitaires, sociaux et économiques et non à leurs détriments.

Juillet 2016, 10 ans après, une perspective réaliste

10 années ont passé… 10 années après un conflit que personne n’attendait. On était encore dans l’euphorie de l’année 2005, rempli de l’espoir que le Liban, enfin progresserait vers un Monde Meilleur, vers un Etat de Droit, un Etat tout simplement.

10 ans ont été gâchés en fin de compte. On pouvait s’attendre à ce que le dialogue politique devient l’arène de l’insulte, que les camps opposés s’invectivent. Cela participe en fin de compte au concept démocratique de pays tels que le nôtre.

Les erreurs ont été depuis nombreuses et on ne fait qu’en réaliser aujourd’hui la portée, et ce malgré les nombreux coups de semonces des années précédentes. À la fracture politicienne en 2 camps, 14 et 8 Mars, aujourd’hui, répond le dialogue et l’ouverture, avec d’un côté ce dialogue entre Al Moustakbal et le Hezbollah et de l’autre celui de la main tendue entre le CPL et les Forces Libanaises et cela en dépit des différences politiques voir, fort malheureusement dans un système tel que le nôtre communautaire.

Il n’en a évidemment pas toujours été ainsi. L’écho des armes nous ont fait, à plusieurs reprises, plonger au bord de l’abîme de la guerre fratricide, mais à chaque fois, le libanais à une habitude et fini par relever la tête hors de l’eau. On se souviendra de la guerre de juillet et août 2006, marquée en dépit de tout, par une solidarité inter-libanaise en dépit des différences politiques habituelles. On se souviendra également des évènements du fameux 7 mai, marqué par l’ouverture du dialogue entre les partis politiques et aboutissant aux fameux accords de Doha, sous la tutelle du Qatar. On se souviendra de Nahr Bared et de l’héroïsme de l’Armée Libanaise, confrontée avec peu de moyens, déjà aux barbares d’une organisation fondamentaliste qui ressemble étrangement à ce qu’on appelle aujourd’hui communément Daesh. On se souviendra des soubresauts sécuritaires entre Tripoli et notamment Jabal Moshen et Bab Tabbaneh et où aujourd’hui règnent entre les 2 quartiers une paisible coexistence. S’il n’y avait pas eu des morts, on finirait par dire qu’à quelque chose, malheur est bon … du moins au final.

10 ans, depuis le conflit de 2006 ont passé. 10 ans d’une leçon qu’on pourrait qualifier de formidables puisqu’on a finalement appris qu’on se doit, en dépit de tout, vivre ensemble, au-delà de la politique qui nous désuni. Il est cependant dommage qu’on ne puisse comprendre ces leçons qu’à travers le conflit et non le dialogue préalable au conflit.

Mais au-delà de l’aspect d’une leçon de réalisme politique, le système, lui, reste grippé. Les accords de Doha ont permis l’élection en 2007 d’un nouveau Président de la République. Aujourd’hui, le désaccord entre les grands parrains, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran, bloque à nouveau l’élection d’un nouveau locataire du Palais de Baabda. Plus encore, notre système politique semble donc ne pas être représentatif de la volonté populaire mais dépendante du bon-vouloir de puissances étrangères qui règlent sur notre sol, leurs différents. Plus encore comme du temps des moments où le conflit israélo-arabe était exacerbé, le Liban est l’arène d’un combat qui n’est pas le sien. Face hier au face à face entre idéologies sionistes et nationalistes arabes, aujourd’hui, le conflit religieux entre sunnites et chiites menace notre région et plus particulièrement les pays comme le notre ou ses 2 communautés hier coexistaient et aujourd’hui se trouvent être dans 2 camps opposés, l’un iranien et l’autre saoudien et notamment au travers, pour changer de leurs implications réciproques sur le théâtre syrien.

Le pouvoir lui, reste silencieux, miné par ses propres faiblesses. La faute revient au défaut de réforme de ce système politique au profit d’une libanisation de nos représentants. L’impossibilité d’un processus de réforme pour former un pouvoir exécutif politiquement cohérent et non d’une pseudo-entente nationale où l’autre organe de pouvoir, le Parlement se trouve être démuni de son rôle primordial de débat entre majorité et opposition constitue un problème majeur. L’émergence de mouvements dits de la société civile n’est pas une cause de désordre comme certains laissent le faire croire depuis les manifestations de l’été 2015 mais un symptôme qui démontre que ce mal, désormais provoque un malaise généralisé.

La réponse politique n’a été qu’une nouvelle fois décevante, refusant de voir que le problème dépasse le plan stricte de la problématique des ordures, du manque d’électricité ou du manque de sécurité. La sphère politique refuse de se remettre elle-même en cause et au-delà d’elle, celle des grands parrains étrangers. Corruption, défaut de gérance des affaires publiques, conflit d’intérêts multiples, scandales Sukleen ou Ogero pour ne nommer qu’eux. Ils ne nous ont rien épargné en 10 ans et cela au mépris de nos portefeuilles et même de notre santé aujourd’hui.

La population n’en a pas marre de la politique mais elle exprime un certain raz-le-bol de la manière avec laquelle le débat politique se trouve être monopolisé au détriment de la majorité devenue depuis ces différents incidents, silencieuse. Mais peut-être que pour résoudre ce dilemme, fort malheureusement, 10 années supplémentaires seraient nécessaires, le temps qu’une nouvelle génération prenne sa place.

Crise des Ordures: l’accueil des poubelles libanaises refusé par la Russie

Les ordures d'Ashrafieh, quartier de la capitale libanaise. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Les ordures d’Ashrafieh, quartier de la capitale libanaise. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Crise des Ordures – Après le Sierra Léone, c’est au tour de la Russie de démentir toute proposition d’accueil des poubelles libanaises entassées dans les rues depuis le 17 juillet dernier, date de fermeture de la décharge de Naameh, aurait indiqué une source diplomatique moscovite au journal arabophone Al Joumhouria.

Selon cette source, il serait de toute façon impossible pour les autorités russes d’accueillir les déchets en raison des coûts de transport d’une part mais également en raison de l’impossibilité de les recycler après une aussi longue période dans les rues.

Cette information est un nouveau démenti cinglant aux propos de la société britannique Chinook Urban Mining International qui avait pourtant annoncé avoir obtenu l’accord des autorités russes pour ce projet d’exploration. Il constitue également un sérieux revers pour les autorités libanaises sur la question de la gestion de la crise des ordures déjà émaillé par de nombreux scandales.

Pour rappel, les autorités du Sierra Leone avaient également annoncé ne pas avoir accordé une telle licence d’exportation des déchets libanais à la société hollandaise Howa BV alors que tout comme son homologue britannique, cette dernière aurait obtenu l’approbation du contrat par un vote du gouvernement libanais. L’adresse de la société Howa BV s’était ensuite révélée être celle d’un restaurant aux Pays-Bas dont le propriétaire serait un ressortissant libanais.

Les ordures s’entassent dans les rues de la capitale Beyrouth et des différentes régions libanaises depuis la fermeture de la décharge de Naameh le 17 juillet dernier et l’échec des différents appels d’offres concernant le ramassage de ces dernières. Cet échec est dû à des prix proposés considérés comme exorbitants – entre 150 à 200 USD la tonne – par les sociétés qui ont participé à l’appel d’offre. Ces sociétés sont considérées comme étant proches de responsables politiques libanais amenant à de nombreuses interrogations concernant l’attribution de ces contrats sur un soupçon de possible corruption.

Liban/crise des ordures: Un rapport inquiétant pour la Santé Publique

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Une étude récente de l’Unité de recherche concernant la qualité de l’air au Liban indique une augmentation sans précédent de différentes substances cancérogènes dans l’air ambiant, résultants de incendies de nos déchets ménagers par des personnes mal intentionnées. Pour rappel, le Pays des Cèdres connait une crise écologique sans précédent depuis la fermeture le 17 juillet dernier de la décharge de Naameh. Produisant quotidiennement plus de 4000 tonnes de déchets, les autorités libanaises n’ont pour l’heure trouvé aucune solution au stockage et au traitement de ces ordures, entrainant une véritable crise sanitaire. En cause, le clientélisme et la corruption des administrations publiques…

Cette étude effectuée dans un cadre collaboratif entre l’Université américaine de Beyrouth (AUB), l’Université Notre Dame (NDU), et de l’Université Saint-Joseph (USJ), et financée par le Conseil national libanais pour la recherche scientifique (LNCSR) et le Conseil de la recherche universitaire de l’AUB, met sur le sellette les nombreux incendies. Elle consiste à mesurer les différentes substances dont les dioxines et les hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) présents dans l’air ambiant.

Selon l’équipe dirigée par le Dr Najat Saliba, les niveaux de dioxine retrouvées à proximité de zones résidentielles étaient ainsi 416 fois plus élevés que les précédentes mesures effectuées en 2014 à proximité de zones industrielles. Ce niveau de pollution entrainerait une augmentation du risque de développer un certain nombre de types de cancer à hauteur de 34 adultes et de 176 enfants pour un million, selon les données statistiques de l’Agence environnementale américaine.

En cause, une décharge incendiée se trouvant à ciel ouvert à proximité de la zone résidentielle où se déroulait les mesures.

Concernant les hydrocarbures aromatiques polycycliques ou HAP,  classés comme produit cancérigène de première catégorie par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et dont les niveaux ont été pour une première fois relevés au cours de cette année, les données enregistrées révèlent que cette dernière substance pourrait être à l’origine des tumeurs chez 37 personnes d’âge adulte et 186 enfants pour un million.

Décrits comme polluants organiques persistants, ces 2 substances se révèlent être également résiliantes dans notre environnements et impacteront, durant de nombreuses années, la vie quotidienne des personnes résidentes au Liban. Par conséquent, l’équipe de recherche à l’origine de cette étude a également appelé les autorités libanaises à l’adoption de mesures immédiates afin de cesser le départ de feux de ces dépotoirs sauvages.

Liban / Crise des Ordures : Tel est pris qui croyait prendre

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Une victoire dans la bataille de la crise des ordures face au tenant des retournements de veste et de situation, à savoir Walid Joumblatt. Cette victoire est signée par le Premier Ministre Tamam Salam qui sonne la fin de la récrée et fait ainsi payer au Sieur du Chouf, son entêtement qui a amené à la situation actuelle. Après l’échec des plans présentés par Mohammed Machnouk, représentant le Courant du Futur dans ce dossier épineux, le Premier Ministre a demandé la prise en charge du dossier par le parti opposé incarné par un proche cette fois-ci de Walid Joumblatt, le Ministre de l’Agriculture, Akram Chehayeb.  Un petit récapitulatif s’impose pour comprendre la situation.

La Genèse d’un conflit pourtant prévisible

Au commencement, était un arrangement entre Rafic Hariri et Walid Joumblatt qui se partageaient la manne du ramassage des ordures, via la constitution en 1994 de Sukleen. Cette compagnie sera accusée de financer le Courant du Futur et le député druze via les fonds alloués pour la mise en place de la décharge de Naameh en 1997. Alors que cette décharge, située au sud de la capitale libanaise, zone sous influence électorale druze, devait fermer 2 ans après son entrée en fonction, son fonctionnement sera sans-cesse renouvelé et sa zone élargie en dépit de l’opposition des habitants des localités proches.

IMG_1544Jusqu’au jour, où en 2014, Walid Joumblatt a décidé que la part qui lui est allouée ne lui ait plus suffisante et décide donc de soutenir opportunément les revendications des habitants de Naameh, tout en choisissant de régler également ses comptes avec d’autres partis. C’est ainsi que ce 17 juillet 2015, sera fermée, suite à une décision gouvernementale obtenue en grande partie par ses pressions, cette fameuse déchetterie, entrainant l’entrée dans la phase active de la crise qu’on appellera désormais la Crise des Ordures, en raison de tout plan de substitution adopté par les autorités gouvernementales libanaises en remplacement de cette dernière.

Les ordures s’accumulent désormais dans les différentes régions libanaises et dans la capitale même, provoquant une sorte de panique face aux risques sanitaires. Dans certains quartiers, on ira même jusqu’à brûler les ordures.

La Première Phase: Solder de vieux comptes

Les premières propositions du vieux routier de la classe politique libanaise se feront d’abord sur plusieurs axes. Faire croire à sa bonne volonté dans le règlement de la crise, paraitre proche des revendications populaires mais également régler de vieux comptes en date de la guerre civile et nuire à son adversaire politique direct, à savoir Talal Arslan.

Refusant toute réouverture de la décharge de Naameh, en conformité avec ses précédents engagements opportunément pris, Walid Joumblatt proposera d’établir de nouvelles déchetteries à Khaldeh, près de l’Aéroport International de Beyrouth en comblant l’espace entre la piste d’envol située sur un terrain gagné en partie sur la mer et les installations aéroportuaires, en contradiction flagrante avec les différentes régulations et obligations internationales souscrites par le Liban en ce qui concerne le rejet de déchets en mer mais également au sujet de la sécurité aérienne. Opposition catégorique de Talal Arslan, dirigeant de la famille opposante historique des Joumblatt dont Khaldeh n’est autre que le fief.

Autre proposition de règlement de la crise de Walid Joumblatt en proposant d’établir une décharge à Ein Dara, village mixte libano-druze situé à 1300 mètres d’attitude dans le Caza d’Aley, et déjà le siège d’un champs de bataille en 1711 et qui a fortement changé les équilibres des pouvoirs entre familles druzes et à noter que les résidents appartenant à cette communauté sont aujourd’hui également liées aux Arslan, La localité est un haut lieu stratégique, en témoigne le choc entre une division de l’Armée Syrienne et une Unité Israélienne, le 10 juin 1982. Les habitants de la localité soigneront à cette occasion des officiers syriens qui leur montreront leurs reconnaissances dans la période qui suivra.

Ce lieu stratégique n’échappera donc pas à l’acuité de Walid Joumblatt, qui, durant la Guerre de la Montagne, quelques temps après, décidera de s’emparer de cette localité, et cela en dépit de l’opposition des officiers syriens qui se souviennent de l’hospitalité des habitants lors du choc entre forces israéliennes et armée syrienne. Ils feront parvenir au dirigeant druze une première mise en garde qui sera ignorée par ce dernier. Ils décideront par conséquent de bombarder « les forces progressistes » avançant vers Ein Dar. Celles-ci finiront par se retirer et ainsi Ein Dara sera épargné des massacres commis lors de cette période. Il semblerait aujourd’hui que la proposition de Walid Joumblatt constitue une réponse indirecte à ce camouflet infligé et cela en dépit des risques écologiques causés par l’écoulement des polluants aussi bien vers le littoral que vers les nappes phréatiques de la Békaa.

Quand la situation commence à devenir incontrôlable

La mise en place de cette stratégie s’était effectuée sans compter de nouveaux acteurs dans les jeux politiques et sociaux au Liban, à savoir non seulement l’opposition des habitants de ces localités elles-mêmes mais également la constitution d’un véritable mouvement populaire, certes hétéroclite et qui dépasse les clivages traditionnels, à savoir le mouvement #YouStink dont beaucoup des membres sont pourtant issus du PSP du dirigeant druze. Il ne s’est pas trompé quand on constate à la lecture de ces propres déclarations que le rejet de la classe politique incarné par la popularité de ce mouvement, le concerne également.

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Première défaite, l’échec à faire adopter le fameux appel d’offre dont les résultats ont été publiés le 14 aout 2015, suite aux prix importants qui seraient exigés par les sociétés candidates au ramassage des ordures mais auraient été sujettes à une forte augmentation de la part des autorités, commissions peut-être obligent, comme l’a révélé ce samedi 12 septembre la télévision libanaise Al Jadeed. Cet appel d’offre visait à offrir les 6 régions libanaises à différents intérêts plus ou moins proches d’hommes politiques de premier plan.

Alors qu’une des sociétés candidates était détenue par un homme d’affaire proche de lui, à savoir Riad el Assaad, Walid Joumblatt démentira l’avoir favorisé lors de la procédure, niera tout lien avec lui et ira même jusqu’à dénoncer les prix importants exigés par les dites-sociétés. Certaines sources évoquent cependant que la manipulation des tarifs exigés par des proches du Courant du Futur viserait en réalité à permettre à la société Sukleen de se remettre sur les rails.

Plusieurs dimensions à la problématiques sont donc présentes dont 2 évidentes:

  1. Antagonisme entre société civile et classe politique dans son ensemble
  2. Antagonisme entre les intérêts de Walid Joumblatt lié à Riad el Assaad et Courant du Futur qui soutient Sukleen

Commence alors une sorte de surenchère à la dé-responsabilisation au lieu de montrer les responsabilités de chacun dans cette crise. Le collectif #Youstink demande la démission du Ministre de l’Environnement Mohammed Machnouk accusé de mauvaise gestion du dossier et même par certaines sources, de corruption. Sa situation s’était déjà dégradé la semaine précédente à l’appel d’offre suite à des incidents entre manifestants et forces de sécurités qui ont fait usage excessif de la force, chose reconnue par le Ministre de l’Intérieur Nouhad Machnouk.

Les protestataires ont désormais élargi leurs revendications à la démission du gouvernement et du parlement et des élections législatives préalables aux élections présidentielles. Le Premier Ministre Libanais récuse l’idée même de tout vide exécutif au Liban alors que la Présidence de la République reste vide, alors que même les médias internationaux commencent à évoquer non plus une crise des ordures mais une révolution des ordures comme dans les colonnes du pourtant très « réactionnaire » Wall Street Journal ». Face à la société civile, le système politique se bunkérise et même les ennemis politiques d’hier discutent: Hezbollah avec Courant du Futur, Courant Patriotique Libre avec Forces Libanaises. Walid Joumblatt semble être cette fois-ci absent de cette étrange vague de réconciliation générale. Un fusible au sein du système politique saute cependant, le Ministre de l’Environnement Mohammed Machnouk, à défaut de démissionner de son ministère, démissionne de la commission interministérielle en charge du dossier des ordures.

Tamam Salam siffle la fin de la récrée

Après les échecs tant de Walid Joumblatt qui a ouvert les hostilités et du Courant du Futur à s’entendre pour résoudre une crise de confiance générale que la classe politique veut cantonner au seul dossier des ordures en dépit des demandes de la société civile à ce que soit remis sur le tapis toutes les questions liées au fonctionnement de l’état, à savoir le confessionnalisme, la corruption, l’existence d’un système quasi-mafieux en marge du système politique en lui-même, le Premier Ministre Tamam Salam, qui s’était jusqu’à présent tenu à l’écart de la rivalité entre le CDF et le député druze et qui est au final un des seuls ne possédant aucun intérêt direct dans le dossier, a décidé à sa manière de rentrer dans le jeu en désignant à la tête de la commission interministérielle en charge du dossier des ordures qui a été depuis remaniée pour y inclure la plupart des partis politiques, le Ministre de l’Agriculture Akram Chehayeb, un proche de Walid Joumblatt.

Ce dernier devra donc gérer la crise et a déjà proposé un plan qui consiste à la réouverture pour une durée de 7 jours de la décharge de Naameh, premier paradoxe alors que Walid Joumblatt refusait catégoriquement ce fait, la réouverture de la décharge de Bourj Hammoud, fermée en 1997 et l’ouverture de décharges à Srar dans le Akkar et à Masnaa, près de la frontière syro-libanaise, dans la Békaa. Ce plan est unanimement rejeté par les activistes, cette fois-ci non seulement dans la capitale mais également dans les différentes régions visées. Ainsi, il y a un début de mobilisation dans le Akkar et dans la Békaa contre la mise en place des mesures décrites.

Il existe des solutions immédiates comme la réouverture de la décharge de Naameh qui est évoquée ou encore l’utilisation de l’infrastructure de Sukleen qui est déjà la propriété de l’Etats, les terrains de la Quarantaine par exemple étant un bien public et non privé, ce qui n’est guère évoqué.

Comme à l’habitude du Liban, le provisoire est fait pour durer. Le plan Chéhayeb pourrait ainsi consister ainsi à « maquiller » et à faire accepter le redémarrage du système de ramassage précédent sous le couvert de l’excuse de nouvelles solutions à mettre en oeuvre sans qu’à terme, que les autres volets comme la mise en place du triage et du recyclage plus couteux ou de décharges dans le Akkar ou dans la Békaa le soient. Cette solution a l’avantage de reconduire un statu-quo à même à satisfaire les 2 parties prenantes, Courant du Futur et Walid Joumblatt, donc un résultat d’un conflit sans vainqueur-ni-vaincu.

Le Plan Chehayeb, une réalité ou un mirage?

On assiste aujourd’hui à presque des suppliques de certains partis impliqués dans la mise en place et dans la gestion de la crise des ordures, à savoir le Courant du Futur et les ministres proches de Walid Joumblatt à accepter le plan Chehayeb. Cependant, ce plan se heurte à un certain nombre d’interrogations quant à sa mise en place. Il constitue donc plus une réponse politique pour faire face au mécontentement désormais général y compris parmi dans le fief même du Chouf et à la menace de perdre au final le contrôle de la situation.

Première difficulté, peut-on croire au déblocage d’une situation prévisible depuis 2014 sans que soit prise aucune décision quant à la mise en place d’un plan alternatif de règlement de la question des déchets. On dirait aujourd’hui un spectacle de magie ou on sort un lapin d’un chapeau afin de satisfaire tout le monde.

Sur un plan technique, on évoque la mise en place d’un système de triage et de recyclage des ordures sauf qu’existe au Liban même des filières de valorisation des déchets à échelle industrielle. Produire du compost est autre chose que de recycler par exemple des métaux lourds. De nombreuses interrogations ensuite quant au rôle joué par les municipalités qui devront assurer le ramassage et le devenir des ordures d’ici un an, cela en l’absence même de normes environnementales. Devrait-on également faire face à de nouvelles crises faute de voir ces nouvelles normes adoptées par les autorités gouvernementales, si cela n’est pas le cas dans un court délai. Il s’agira ensuite également les accompagner dans la mise en place des mesures nécessaires ensuite et de mettre en place les mesures nécessaires à la surveillance du respect de ces normes.

Sur un plan plus général, la question qui se pose désormais sera de savoir si cette mobilisation dans les régions périphériques se poursuivra alors qu’on assiste à un début d’essoufflement à Beyrouth, notamment en raison des violences dont ont été à l’origine les Forces de Sécurité. Une autre question sera de savoir si la classe politique aura pris conscience de l’éveil de la société civile face à la corruption d’un système et changera de pratique ou poursuivra-t-elle « son train de vie » au détriment des intérêts nationaux.

Mais, nul doute qu’ici désormais, Walid Joumblatt devra désormais payer le prix politique d’un conflit qu’il a largement favorisé avant d’en perdre la main et d’être pris à son propre jeu.

Quand la crise des Ordures inspire Xriss Jor avec Care about Us

Xriss Jor, une jeune chanteuse libano-américaine avec un talent qui n’a d’égal que sa voix soul, forte, superbe, sur une prise de Care About Us de Michael Jackson, a vu sa performance saluée par Quincy Jones. Une oeuvre magistrale du roi de la pop qui dénonçait déjà à sa sortie en 1995, les problèmes sociaux et politiques dans le Monde, une oeuvre à la fois Hip Hop et Rock qui s’adapte parfaitement au contexte et qui décrit désormais la crise par laquelle le Liban passe actuellement. Le clip montre de nombreuses scènes d’incidents qui se sont déroulés lors des manifestations du mouvement civil à Beyrouth, les mois derniers. Certaines de ces scènes montrent la chanteuse présente lors des manifestations.

https://www.youtube-nocookie.com/embed/AJesxOuAnsw

Révélée par l’émission The Voice Arabia en 2012 où elle arrive en quart de finale, elle participe ensuite à la Dubai Music Week 2013 où elle sera alors découverte par Quincy Jones, qu’elle rejoindra à Los Angeles pour y enregistrer son premier titre en 2014. Avec Care about Us et Quincy Jones, Xriss Jor démontre qu’elle n’a pas perdu de vue le Pays des Cèdres.

La crise des ordures a débuté le 17 juillet 2015 avec la fermeture de la décharge de Naameh. Alors que les autorités libanaises peinent à trouver une solution tant au ramassage des ordures qu’au traitement de ces dernières, un mouvement dénonçant la paralysie, la corruption et l’incompétence a émergé au sein de la société civile. Ce mouvement personnifié par le collectif #YouStink, « Vous puez », réclame d’importants changements aux niveaux politique avec la mise à l’écart de la classe politique actuelle, et économique avec, outre la résolution de la crise des ordures, la fin du rationnement de l’électricité mis en place depuis plus de 30 ans, et la mise en place d’un réel système sanitaire et des réformes sociales.

Sur le Net: La page Facebook de Xriss Jor

Quand la crise des Ordures inspire Xriss Jor avec Care about Us

Xriss Jor, une jeune chanteuse libano-américaine avec un talent qui n’a d’égal que sa voix soul, forte, superbe, sur une prise de Care About Us de Michael Jackson, a vu sa performance saluée par Quincy Jones. Une oeuvre magistrale du roi de la pop qui dénonçait déjà à sa sortie en 1995, les problèmes sociaux et politiques dans le Monde, une oeuvre à la fois Hip Hop et Rock qui s’adapte parfaitement au contexte et qui décrit désormais la crise par laquelle le Liban passe actuellement. Le clip montre de nombreuses scènes d’incidents qui se sont déroulés lors des manifestations du mouvement civil à Beyrouth, les mois derniers. Certaines de ces scènes montrent la chanteuse présente lors des manifestations.

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Révélée par l’émission The Voice Arabia en 2012 où elle arrive en quart de finale, elle participe ensuite à la Dubai Music Week 2013 où elle sera alors découverte par Quincy Jones, qu’elle rejoindra à Los Angeles pour y enregistrer son premier titre en 2014. Avec Care about Us et Quincy Jones, Xriss Jor démontre qu’elle n’a pas perdu de vue le Pays des Cèdres.

La crise des ordures a débuté le 17 juillet 2015 avec la fermeture de la décharge de Naameh. Alors que les autorités libanaises peinent à trouver une solution tant au ramassage des ordures qu’au traitement de ces dernières, un mouvement dénonçant la paralysie, la corruption et l’incompétence a émergé au sein de la société civile. Ce mouvement personnifié par le collectif #YouStink, « Vous puez », réclame d’importants changements aux niveaux politique avec la mise à l’écart de la classe politique actuelle, et économique avec, outre la résolution de la crise des ordures, la fin du rationnement de l’électricité mis en place depuis plus de 30 ans, et la mise en place d’un réel système sanitaire et des réformes sociales.

Sur le Net: La page Facebook de Xriss Jor

Liban/Crise des ordures: Forcing des autorités pour faire accepter le plan Chehayeb

Le Ministre de l'Agriculture à l'origine du Plan, Akram Chéhayeb. Crédit Photo NNA

Le Ministre de l’Agriculture à l’origine du Plan, Akram Chéhayeb. Crédit Photo NNA

C’est un véritable forcing des autorités libanaises pour faire accepter le plan Chehayeb aujourd’hui, que le Ministre de l’Agriculture décrit comme étant « le plan de la dernière chance » pour résoudre la crise des ordures par laquelle le Liban passe depuis la fermeture de la décharge de Naameh, au sud de la capitale, Beyrouth, le 17 juillet dernier.

Les Autorités montent au Front pour faire accepter le Plan Chehayeb

Le Premier Ministre Libanais Tamam Salam a salué les demandes des activistes anti ordures tout en mettant en garde contre des tentative de créer une situation insurrectionnelle au pays des Cèdres, garantissant le droit à manifester notamment à l’encontre de la mauvaise gestion des administrations publiques et la corruption.

Il a mis en garde les contestataires du plan Chéhayeb contre une instrumentalisation par des partis politiques. Il a part ailleurs dénoncé la paralysie des institutions politiques, Présidence, Gouvernement et Parlement, estimant par ailleurs que tous les partis sont responsables de la crise que traverse le Liban en raison de leurs différents et leurs intérêts divergents.

Le Président de la Chambre Nabih Berry a apporté son soutien à la mise en oeuvre de ce plan, « par tous les moyens possibles » estimant que le Pays des Cèdres est également « une décharge politique », désignant ainsi les partis qui y sont opposés.

Autre soutien à la mise en place du plan Chéhayeb, le député druze Walid Joumblatt, qui le décrit comme seule solution pratique dans les colonnes du journal As Safir avant de dénoncer les activistes issus de la société civile. Le parlementaire s’en est également pris aux manifestations « contreproductives » selon lui.

Akram Chehayeb prêt à dialoguer et à coopérer avec les représentants de la Société Civile

Au cours d’une réunion d’une Commission Parlementaire consacrée aux problèmes environnementaux, le Ministre de l’Agriculture à l’origine de ce plan a indiqué être prêt à prendre en compte les remarques et les objections environnementales et techniques tant des représentants de la société civile que des spécialistes de la question, seule manière selon lui à garantir un partenariat permettant la réussite de sa mise en oeuvre.

Akram Chéhayeb a également salué l’action populaire qui a obligé à la mise en place de ce plan estimant cependant normal les inquiétudes des riverains des futures décharges normalement temporaires et qui pourraient être définitives.

Il passera aux actes ce lundi en recevant les activités du collectif Eco Movement et un autre mouvement ce mardi. La réunion a été qualifiée de positive.

Pour rappel, le plan Chéhayeb consiste à la réouverture des décharges de Naameh pour une semaine et Bourj Hammoud pour une année, alors que de nouvelles déchetteries, l’une à Srar au Akkar et l’autre à Masnaa dans la Békaa devraient être aménagées.

A l’annonce de ce plan, les riverains de ces zones d’implantation des ordures ont manifesté.

Le Ministre des Travaux Public également inquiet par l’amoncellement des ordures sur les routes

Largement critiqué l’année dernière suite à la fermeture de différentes axes routiers vitaux au Liban en raison des inondations suite aux premières pluies, le Ministre des Travaux Public Ghazi Zoaiter a pris les devants cette année et appelé les municipalités à retirer les ordures présentes sur les bas-cotés des routes et qui pourraient empêcher le bon écoulement.

Liban / Crise des Ordures: Une solution pas vraiment de sortie de crise

Les ordures d'Ashrafieh, quartier de la capitale libanaise. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Les ordures d’Ashrafieh, quartier de la capitale libanaise. Crédit Photo: François el Bacha, tous droits réservés.

C’est en dépit d’une véritable tempête de sable, que plusieurs dizaines de milliers de manifestants se sont rassemblés au centre ville de Beyrouth ce mercredi 9 septembre, à l’appel du collectif #YouStink, « Vous Puez », qui a entamé son action suite à la fermeture de la déchetterie de Naameh le 17 juillet dernier. Cette fermeture avait entrainé une accumulation des ordures dans la capitale libanaise et le Mont Liban. Le collectif YouStink avait élargi ses revendications à la démission du ministre de l’Environnement Mohammed Machnouk et à la lutte contre la corruption, gangrénant le système politique et administratif du Liban.

Suite à l’échec de l’appel d’offre à la fin annulé en raison des prix importants réclamés par les sociétés candidates à la reprise du ramassage des ordures des 6 régions libanaises, le Premier Ministre Tamam Salam a constitué un nouveau comité interministériel en charge du dossier et présidé par le Ministre de l’Agriculture Akram Chehayeb qui a remis cette semaine ses conclusions. Cependant, le plan présenté par ce dernier ne semble satisfaire de nombreuses parties prenantes au dossier.

Au programme Chéhayed… la réouverture des déchetteries de Naameh … et de Bourj Hammoud

Une vue satellite de la décharge de Bourj Hammoud

Une vue satellite de la décharge de Bourj Hammoud

A l’issue d’une session du cabinet boycottée par les Ministres du Courant Patriotique Libre Gébran Bassil et du Hezbollah Mohammed Fneish, le Ministre de l’Agriculture a décidé de la réouverture des déchetterie de Naameh pour 7 jours, à l’origine de la crise et de la décharge de Bourj Hammoud qui avait fermée en 1997 suite à de nombreux problèmes environnementaux. Cette décharge, ainsi que les autres situées au littoral, contreviennent pourtant aux conventions internationales dont le Liban est signataire, ce qui pourrait entrainer un problème juridique à la mise en place des décisions du gouvernement libanais en cas de plainte auprès des autorités internationales, une première pour notre pays.

A également été décidé de l’ouverture de nouvelles décharges pour une durée de 2 ans, à Srar, dans la région du Nord Liban, dans le Akkar et dans la localité de Masnaa, dans la Békaa, à la frontière Syro-Libanaise. L’ouverture de ces 2 déchetteries sera accompagné d’un plan d’aide au développement de ces régions pour un montant respectif de 100 millions de dollars pour le Akkar et la Békaa.

L’ouverture de ces nouvelles décharges devrait être cependant accompagné de nouvelles mesures en faveur de la mise en place d’un plan de recyclage des déchets.

Notre dossier: La décharge de Bourj Hammoud, du déjà vu et un grand retour … en arrière

Un rejet du Plan, tant par le collectif YouStink que par les autorités locales

Ce plan a cependant suscité de nouvelles critiques, les activistes ont repris la rue, estimant que les mesures présentées ne sont pas conformes à leurs demandes, dénonçant notamment la réouverture de la déchetterie de Naameh, et le manque de transparence concernant le transfert des compétences dans le ramassage des ordures aux municipalités.

Tant au Akkar qu’à Naameh, les activistes locaux manifestent également contre le projet. A Naameh, le conseil municipal a réitéré  son rejet de la réouverture « même pour une heure » de la déchetterie, menaçant d’incendier tout véhicule y transportant des ordures.

Au Akkar, les habitants – qui ont organisé une manifestation pacifique – rejettent également le plan présenté par le Ministre de l’Agriculture, et ont appelé à une manifestation massive des habitants de la région ce samedi.

Dans la Békaa, les habitants de Majdel Aanjar ont également organisé une première manifestation contre le projet, appelant les députés de la région à démissionner. Ils déclarent catégoriquement refuser la mise en place de cette décharge dans une localité décrite comme la porte d’entrée des Pays Arabes au Pays des Cèdres.

A Saida, le plan Chehayed prévoit d’utiliser l’usine de triage et de traitement mis en place depuis quelques années pour traiter la décharge sauvage située sur la côte, les activistes indiquent également catégoriquement refuser l’envoi des déchets des autres régions.

Egalement sont attendues, les réactions des habitants de la capitale et de sa banlieue nord en raison du projet de réouverture de la décharge de Bourj Hammoud fermée en 1997…

Il est donc attendu que ce plan amène donc également à l’élargissement de la mobilisation de la population libanaise sur l’ensemble des zones concernées, alors que la mobilisation jusqu’à présent était cantonnée à la seule capitale Beyrouth.