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Islamismes sunnites et Hezbollah

mar 21, 2007 in Uncategorized

Article à lire et à médité paru en janvier 2007 dans le monde diplomatique …

Du Liban à la péninsule arabique

Islamismes sunnites et Hezbollah

Les manifestations contre le gouvernement libanais, à
l’appel du Hezbollah et du mouvement du général Michel Aoun, se poursuivent à
Beyrouth. Sur ce fond de crise s’intensifient les tentatives d’attiser la
discorde entre les communautés chiite et sunnite, non seulement au Liban mais
dans toute la région, où, pourtant, la plupart des organisations islamistes ont
soutenu le Hezbollah contre Israël.

Par Bernard Rougier

Pendant l’été 2006, la « bataille de l’oumma »,
selon l’expression utilisée par le secrétaire général du Hezbollah, le sayyed
Hassan Nasrallah, pour décrire la guerre entre l’armée israélienne et son
organisation, n’a guère mobilisé les divers groupes qui composent le spectre de
l’islamisme sunnite au Liban. Leurs tracts et communiqués étaient plus enclins
à dénoncer la « sauvagerie » des bombardements israéliens qu’à
proclamer un soutien franc et massif aux islamistes chiites. Cette relative
discrétion a tranché avec les prises de position des Frères musulmans en Egypte
ou en Jordanie, qui ont manifesté, au sens propre et au figuré, leur solidarité
avec le Hezbollah pendant toute la durée de la crise.

Pour comprendre les systèmes d’attitudes des divers courants
de l’islamisme sunnite, il apparaît donc nécessaire de distinguer différents
niveaux d’analyse – l’idéologique, le confessionnel et le politique – et
différents espaces d’intervention – le local, le national et le régional.
Ainsi, les Frères musulmans jordaniens, palestiniens et égyptiens ont proclamé
leur solidarité avec le Hezbollah au nom d’un impératif stratégique et
idéologique – la lutte contre Israël –, tandis que les Frères musulmans
libanais ont fait prévaloir un impératif de cohésion confessionnelle en
soutenant le premier ministre Fouad Siniora dans sa volonté d’obtenir le
désarmement progressif du Hezbollah.

Malgré cette division de principe entre le prisme régional
et idéologique, d’une part, et le prisme national et confessionnel, d’autre
part, tous ces courants se présentent à l’intérieur de leurs sociétés comme les
gardiens vigilants de l’orthodoxie sunnite face à l’islam chiite. De surcroît,
un autre enjeu régional – la crise irakienne – modifie les priorités des uns et
des autres puisque, sur ce dossier, les fronts sont renversés : les Frères
libanais œuvrent au rapprochement confessionnel entre chiites et sunnites,
quand d’autres directions nationales soutiennent des acteurs irakiens peu
portés à la réconciliation.

Sur un fond partagé de réticences et d’admiration face au
dynamisme du Hezbollah et de l’islam chiite en général, on peut observer de
multiples combinaisons possibles, dont le point d’équilibre pourrait déterminer
les évolutions ultérieures de l’islamisme dans la région.

Pour les islamistes des pays voisins, en effet, le Hezbollah
a constitué depuis le début des années 1990 l’expression d’une revanche des
sociétés de l’Orient arabe sur la puissance israélienne. Le Parti de Dieu a su
toucher un public bien plus large que les chiites libanais, en réactivant,
grâce à un vecteur audiovisuel d’une grande efficacité – la chaîne de
télévision Al-Manar –, un idéal unitaire nationaliste et islamique que les
régimes arabes, strictement préoccupés par leur survie, n’ont pas su défendre
face aux nombreuses initiatives des Etats-Unis et d’Israël dans la région. La
« victoire » du Hezbollah en mai 2000 – l’évacuation du Liban sud par
l’armée israélienne – a aussi consolidé, parmi la population palestinienne, la
croyance selon laquelle il était possible de récupérer, par l’action violente,
un territoire occupé par Israël, sans tomber dans le piège de négociations
humiliantes et inefficaces. Insensiblement, le Hezbollah parvenait ainsi à
redéfinir le sens de la lutte palestinienne contre la direction nationale du
mouvement, et donnait aux secteurs radicaux du pouvoir iranien la possibilité
d’agir sur le front israélo-arabe.

L’enthousiasme politique suscité par la résistance du
Hezbollah à l’armée israélienne lors de la guerre de l’été 2006 a provoqué de
nombreuses réactions de défense au sein des Etats musulmans sunnites. Sur un
plan politique et diplomatique, l’Arabie saoudite, l’Egypte et la Jordanie ont
constitué un « triangle arabo-sunnite » pour contrer une dynamique
radicale assimilée à une influence iranienne réfractée par le Hezbollah auprès
des opinions publiques de ces trois pays.

A partir d’une posture conservatrice destinée à rabattre le
politique sur le religieux, les oulémas wahhabites de l’institution religieuse
saoudienne ont réactivé les dénonciations traditionnelles sunnites contre
l’« hérésie chiite », dans le but de faire barrage à l’influence
iranienne dans l’Orient arabe – un grand ouléma saoudien, le cheikh Abdallah
Ben Jabrin, allant même jusqu’à proscrire, au début de la guerre, toute forme
de solidarité avec le Hezbollah.

Pour les salafistes djihadistes, le Hezbollah est un
concurrent malhonnête qui vient se placer sur un marché déjà occupé. Partageant
sur les chiites le même point de vue que l’institution religieuse wahhabite,
les salafistes djihadistes se prévalent de leur proximité imaginaire avec
l’islam des origines (salaf) pour se libérer de toute obligation
d’obéissance vis-à-vis de gouvernements musulmans compromis par leurs liens
avec l’impiété occidentale. Leur discours de rejet de l’influence occidentale
dans la région a parfois la même tonalité que celui des dirigeants iraniens
mais, à la différence de ces derniers, ils inscrivent leur combat dans la
perspective utopique d’un califat islamique. (…)

Obligé de réagir après deux semaines de guerre et placé,
malgré lui, dans un rapport de rivalité mimétique avec le Hezbollah,
M. Ayman Al-Zawahiri, l’idéologue d’Al-Qaida, a incité « tous les
musulmans, où qu’ils se trouvent, à répondre à la guerre menée par les croisés
et les sionistes »
sans faire la moindre allusion au mouvement chiite
libanais (1). M. Al-Zawahiri a voulu rappeler que la
bataille de l’oumma avait déjà été engagée, en Afghanistan et en Irak,
et que le Hezbollah, dont l’action se limitait au Liban sud, n’avait pas les
moyens de ses ambitions grandioses.

Enfin, les grandes figures des Frères musulmans, comme le
cheikh Youssouf Al-Qardaoui, ont su traduire l’ambivalence de l’opinion
publique arabe en apportant un soutien politique au Hezbollah, immédiatement
compensé par une mise en garde de nature confessionnelle contre l’offensive
présumée de l’islam chiite dans toute la région.

Il existe parmi les islamistes sunnites du Bilad Al-Cham
(« Grande Syrie ») un contentieux particulier avec le Hezbollah. Pour
eux, il est d’abord l’organisation par laquelle les sunnites ont été exclus, à
la fin des années 1980, de la lutte contre Israël au Liban sud : en
se dissimulant derrière le label de la « résistance islamique », ses
dirigeants ont en réalité procédé à une appropriation exclusivement chiite du
dernier front en activité contre Israël. Le Hezbollah a été l’instrument grâce
auquel l’Iran révolutionnaire a pu établir dans les années 1980 une
frontière commune avec la « Palestine occupée ». De nature à la fois
idéologique et sociologique, cette expropriation a brisé le lien naturel qui
existait entre une base arabe sunnite et la cause palestinienne.

Quand les salafistes soutiennent les Hariri

Défendue par le Hezbollah, islamisée par la propagande
religieuse de l’ayatollah Ruhollah Khomeiny, la cause palestinienne a ainsi
échappé aux réfugiés palestiniens et aux militants de l’islam sunnite en
général. Victimes de cette cause au temps où les fedayins de l’Organisation de
libération de la Palestine (OLP) faisaient la loi dans leurs villages, les
chiites libanais ont ainsi récupéré, au moyen d’une guérilla de basse
intensité, le prestige de la lutte armée face à Israël, alors que les Etats
arabes sunnites avaient depuis longtemps perdu toute capacité d’action militaire
et que l’OLP s’engageait à partir de 1988 sur la voie de la solution
négociée. (…)

C’est la guerre contre l’Union soviétique en Afghanistan qui
a servi d’exutoire aux islamistes sunnites de l’Orient arabe. Une conjoncture
géopolitique exceptionnelle leur a permis de combiner, pour une fois, sens
religieux, violence militaire et soutien international grâce à l’appui de
l’Arabie saoudite et du Pakistan. Mais la nouvelle idéologie née à Peshawar, en
faisant du djihad une fin en soi, éloignait les militants de l’accès au pouvoir
d’Etat et les dégageait de tout enracinement territorial et stratégique.

Dans les années 1990, l’islamisme sunnite s’épuisera dans
d’interminables querelles sur les conditions légitimes de l’appartenance
religieuse, tandis que l’islamisme chiite, porté par l’Etat iranien, adaptera
son messianisme révolutionnaire au nouveau système de pouvoir mis en œuvre par
la Syrie au Liban pour gagner une reconnaissance régionale tirée de sa guérilla
anti-israélienne.

L’échec stratégique de l’islamisme moyen-oriental explique
l’engouement des militants pour la lecture de textes directement tirés de la
littérature médiévale antichiite. L’accusation récurrente
d’« hypocrisie » proférée contre les chiites a fait sens dans un
contexte où les militants sunnites se sont sentis dessaisis de toute capacité
d’action militaire vis-à-vis d’Israël. L’influence dans la région des courants
salafistes issus de la péninsule arabique a conforté la tendance : le
retour sur l’islam des origines induisait presque mécaniquement une
exacerbation de la relation avec les rafidoun, les « gens du
refus (2) ».

Depuis février 2005, les Frères musulmans libanais et une
partie de la mouvance salafiste au Liban se sont rangés derrière la famille
Hariri, en dépit des réserves qu’ils ont pu manifester à l’égard de la figure
politique du fondateur de la dynastie. Pour ces acteurs, le conflit
israélo-arabe constitue un enjeu secondaire par rapport à la nécessité vitale
de protéger l’identité sunnite au Proche-Orient. La mise en place d’un pouvoir
chiite en Irak depuis mars 2003, la puissance idéologique, sociale et militaire
du Hezbollah au Liban et l’émergence de l’Iran comme puissance régionale sont
des éléments dont l’accumulation suscite les pires anticipations sur l’avenir
de l’islam sunnite dans la région. (…)

Cependant, et c’est tout le paradoxe, cet alignement n’est
pas inconditionnel, car ces groupes salafistes, s’ils possèdent un noyau
idéologique « dur », peuvent modifier l’ordre de classement de leurs
inimitiés et activer d’autres mémoires et d’autres références en fonction des bénéfices
qu’ils escomptent tirer des évolutions en cours. Le cosmopolitisme de la
famille Hariri ainsi que ses liens avec la famille royale saoudienne peuvent
ainsi aisément servir à justifier un argumentaire de combat contre la figure
dominante de l’islam sunnite libanais. De même, l’irruption d’enjeux
symboliques de nature transnationale est susceptible de soulever des
contradictions internes au sein de la coalition qui dirige le pays depuis les
élections de l’été 2005 (3). A ce titre, les milieux islamistes sunnites
représentent une menace potentielle aussi bien pour le régime syrien que pour
l’équipe constituée autour de M. Saad Hariri. Après le déploiement d’une
force internationale de l’ONU dans le sud du Liban, au mois d’août 2006,
la question du contrôle de l’orientation idéologique de ces militants revêt
donc une importance primordiale.

En effet, contre l’option confessionnelle et politique
décrite précédemment, une autre partie de la mouvance radicale sunnite a choisi
une option idéologique et religieuse, qui implique le refus du jeu
institutionnel libanais, la lutte contre les résolutions internationales de
l’ONU, le maintien de l’état de guerre avec Israël, le soutien à la résistance
islamique, fût-elle incarnée par le Hezbollah chiite, et la solidarité avec le
régime syrien, malgré son contentieux avec les islamistes. Installés à Damas,
les membres du bureau politique du Hamas s’inscrivent dans cette perspective.
Les responsables de l’organisation palestinienne essaient de convaincre leurs
coreligionnaires libanais de modifier leur attitude vis-à-vis du régime syrien,
au nom de l’exigence plus fondamentale de la lutte contre Israël.

Les milieux djihadistes des camps palestiniens d’Aïn Héloué
et de Nahr Al-Bared, sur le littoral libanais, partagent une orientation
similaire. Pour ne pas renier leur identité religieuse, ils introduisent une
distinction entre le niveau théologique et le niveau stratégique : les
chiites sont toujours détestés sur le plan confessionnel, mais l’urgence de la
lutte régionale justifie un pacte, même implicite, avec le Hezbollah, afin de
faire échouer les projets occidentaux dans la région. C’est la raison pour
laquelle les milieux salafistes d’Aïn Héloué dénoncent les résolutions
internationales qui exigent le désarmement des milices libanaises et
palestiniennes, tout en veillant à empêcher le Hezbollah de s’installer dans
les camps de réfugiés, au nom de la défense de l’identité sunnite. De même, ils
bloquent toute forme de solidarité confessionnelle avec les sunnites libanais
mobilisés derrière la famille Hariri, en imputant à Rafic Hariri le régime d’exclusion
dont les réfugiés palestiniens avaient fait l’objet pendant les années 1990.

Bernard Rougier

Ah les salauds

mar 15, 2007 in Uncategorized

Ah les médias au Liban, les salauds.
On s’étonne guère qu’on ne puisse arriver à un quelconque accord:

Titre du jour dans naharnet:

Aoun to March 14: Your Necks Will Be Broken

Le court texte est emprunt du même ton, celui de l’appel à la haine réciproque.

Je ne cesse de dire que le Nahar a perdu sa crédibilité par rapport à tout cela:
On avait déjà connu les sondages pipés, les descriptifs erronnés de personnalités, et maintenant cette propagande grossière de haine.

Pour ceux qui voudraient savoir à quoi cet article devrait réellement ressembler, allez voir le daily star, il est plus fourni, plus long, du vrai travail de journaliste.

Aoun warns ruling coalition against ‘messing’ with Constitution

La conférence de presse en vidéo est accessible:

L’adieu de Chirac

mar 12, 2007 in Uncategorized

200pxchiracofficial
Le président français a solennellement annoncé qu’il ne se
représentera pas pour un troisième mandat à la tête de l’État, sans toutefois
annoncer qu’elles seront les intentions personnelles pour l’élection
présidentielle de mai.

Il a cependant annoncé qu’il restera disponible et au
service de la France à sa manière. On peut très bien imaginer que Jacques
Chirac procédera comme les présidents américains Jimmy Carter ou encore Bill
Clinton à des initiatives pour la paix dans le monde ou pour réduire les écarts
de plus en plus importants au niveau du développement des pays.

Jacques Chirac a eu la grandeur ne pas mélanger la fonction
présidentielle, celle par laquelle il aidera la France à son successeur à ses
pensées personnelles, qu’il exprimera comme il l’a très bien souligné plus
tard.

Au cours de son discours
télévisé, un très beau discours, digne et grand à la fois, un homme qui a
façonné la France durant les 40 dernières années a décidé de mettre un terme à
son action à la première magistrature de l’État, en rappelant son amour pour la
France, pour la paix.

Son action pour la paix justement,
au cours de ses nombreux voyages au Moyen-Orient, il s’est exprimé et démené
pour cette paix toujours aussi incertaine dans cette région du globe.

Me reste gravé l’image d’un
Jacques Chirac au cours d’une tournée en Israël et en territoire palestinien
qui a directement menacé de quitter et ainsi d’abréger sa visite officielle
alors que les services d’ordre de l’État hébreu bousculaient des civils
palestiniens venus à sa rencontre.

Son discours d’hier avait valu
allure d’un testament politique d’un homme d’action. Il a rappelé qu’il a voulu
sauver les valeurs républicaines, il a rappelé ses succès non seulement en
politique étrangère et son refus par exemple d’aller faire la guerre d’Irak
mais également d’avoir accompli sur la scène interne des réformes essentielles
et avoir rappelé le principe de laïcité de la France. Bien sûr certains diront
qui n’a pas été jusqu’au bout de ses promesses, bien sûres d’autres appelleront
que la fracture sociale existe toujours mais s’être fracture sociale et le
non-respect de ses promesses sont avant tout à placer dans une économie
aujourd’hui globale dans laquelle la France doit avoir sa place. Son rôle a été
limité par la destruction de la compétitivité de la France avec l’adoption les
35 heures, le fait de ne pas avoir su profiter de la croissance quand elle se
présentait durant le gouvernement Jospin. Après la révolution industrielle,
après la révolution des services, il a annoncé que la prochaine révolution et
celle de l’écologie et de la diversité. C’est ainsi qu’il appelle au combat, aux
nouveaux défis que fera face la France, le défi du racisme et de l’extrémisme,
le défi de l’écologisme et de l’intégration mondiale. Il a rappelé à ce propos que
la France ne doit pas se reposer sur ses lauriers mais moderniser son modèle,
modèle qui désormais s’intègre dans les valeurs européennes. 

La France comme il le dit si bien
n’est pas un pays comme les autres. C’est un pays porteur d’un message et aux
responsabilités particulières, la France se doit être le porte-parole des pays
les faibles vis-à-vis d’un monde qui devient unipolaire. La France, c’est le
message que l’on doit porter face à l’extrémisme, face à l’intolérance dans le
monde.

Jacques Chirac est un grand homme,
un homme qui a agi par amour envers son pays. 

Concernant maintenant Jacques
Chirac et le Liban, le pays des cèdres perd l’appui international d’un grand
ami qui n’a cessé de lui être fidèle durant les années de souffrances de la
guerre civile, malgré le fait qu’il a parfois mélangé ses amitiés personnelles
avec intérêt de son pays.

Interruption momentanée pour cause de vacances

mar 02, 2007 in Uncategorized

2alpes01

Mesdames, Messieurs,

Pour raison de vacance dans les Alpes, nous interrompons pour une semaine le maintien du blog.

A dans une semaine :)

frenchy

Retour à la semaine dernière

fév 28, 2007 in Uncategorized

Je voudrais revenir sur un article de L’Orient le Jour paru la semaine dernière, concernant l’interview accordé par Paul Salem qui dirige Carnegie MO. En voici le contenu et mes commentaires.

Paul_salem
Conférences - Le politologue analyse la situation politique
dans laquelle se débat le pays Le Liban est pris dans un engrenage qui le dépasse,
estime Paul Salem L’article de Nicole HAMOUCHE

Si les penseurs et chercheurs sans ambitions politiques
personnelles, qui réfléchissent à nos problèmes de société aujourd’hui, étaient
plus entendus, il aurait été sans doute possible de dépassionner certains
débats et d’apporter des réponses structurées à des équations géopolitiques
difficiles. Des think tanks sont ainsi nés dans l’objectif de contribuer à la
sécurité, la stabilité et la prospérité dans le monde. C’est le cas de Carnegie
Endowement for International Peace, créé en 1910 par Andrew Carnegie, le roi du
fer aux États-Unis et dont les deux premiers présidents étaient des prix Nobel
de la paix. Carnegie, prônant « l’engagement international des États-Unis » et
visant « des résultats concrets », avait, par exemple, aidé à la création de la
Cour internationale de la Haye et financé des travaux de droit international –
publiés entre la Première et la Seconde Guerre mondiale – qui constituent la
pierre angulaire dudit droit actuel. Dans le cadre de sa stratégie de
globalisation, il a ouvert il y a quelques mois un bureau à Beyrouth pour le
Moyen-Orient. Son directeur régional, Paul Salem, a partagé avec les anciens de
Sciences-Po Paris, section Liban, son analyse de « la difficile situation
libanaise – selon sa propre expression, “the Lebanese predicament” – entre
divisions internes et conflits externes ».

Le tribalisme et le confessionnalisme ne sont pas propres au
Liban, constate le politologue. Le XXIe siècle lui-même est tribal et
confessionnel alors que le XXe siècle laissait espérer que les institutions
politiques et la modernité nous éloigneraient de ces schémas. Une attente qui
apparaissait légitime au regard des évolutions dans les années cinquante et
soixante. La globalisation a cependant paradoxalement conduit à un repli sur
soi et à la résurgence de ces phénomènes communautaires. Le Liban, a fortiori, n’y
a pas échappé puisqu’il est à la base ainsi construit. Paul Salem imagine
cependant des voies de sortie de ce modèle, même si cela doit prendre une ou
deux générations. Selon lui, le changement doit s’opérer dans le fond, dans les
mentalités : c’est par « la littérature, l’art, l’éducation, la culture … »
qu’il se fera. Il y a vingt ans déjà, Pharès Zoghbi voyait Le salut par la
culture (1) et Bahjat Rizk (2) y voit, également en 2006, le préalable à tout
ajustement politique. Car c’est d’un projet de culture dont on a besoin, le
pluriculturalisme étant partie intégrante de notre identité. Or le Liban a été
nourri à « la culture commerciale, point barre », assène M.

Salem et « la faute n’incombe pas au système ou aux
politiciens » ; c’est « la société elle-même qui est ainsi ». Ce n’est pas pour
autant qu’une évolution ne peut être envisagée. Il n’y a pas de fatalité.

Je ne suis pas d’accord sur le fait que c est la société elle-même. La faute est au système politique qui dès les années 50 avait été petit à petit changé au profit d’une mécanisme communautaire, avec en particulier la loi électorale de 58.

L’Europe elle-même a été confessionnelle ; catholiques et
protestants s’y sont longtemps opposés et ont fini par trouver le moyen de
dépasser leurs antagonismes. De même, y a-t-il eu une conviction réelle dans le
monde arabe et une dynamique dans cette direction jusque dans les années 70. Et
si les horloges ont depuis fonctionné à contresens, la politique reste
néanmoins, selon Paul Salem, « l’art du possible ». Ainsi, au Liban, faudrait-il
que les différentes communautés qui composent le pays se sentent partie du
processus politique censé mener à la déconfessionnalisation. Autrement, la voie
à la victimisation reste ouverte ; la crise actuelle en est d’ailleurs le
produit, de l’avis de l’analyste. Toutes les communautés ont endossé ce rôle de
victimes ; un état d’esprit peu propice à la définition d’un projet commun qui
vise à terme la déconfessionnalisation. Certes, le confessionnalisme, en ce
qu’il rassure les uns et les autres, est nécessaire, mais il doit être perçu
comme un marchepied, une transition, vers l’objectif ultime. C’est le rôle de «
l’ingénierie politique », selon le terme de M. Salem que de concevoir les
moyens d’y arriver. Celui-ci évoque, à titre d’exemple, la promulgation de lois
encourageant les citoyens à s’associer dans des partis politiques, favorisant
la création de partis non confessionnels en accordant des espaces médias
gratuits, des subventions, etc. Bien évidemment, ces éléments devront être
pensés en relation avec la nouvelle loi électorale. De même, pour être candidat
à la présidentielle, par exemple, il faudrait être membre d’un parti qui réunit
certaines conditions de représentativité communautaire (en pourcentages) ou
d’un parti qui reçoit au moins 5 % de vote de chaque district du Liban… Sur un
autre plan, M. Salem cite également des lois favorisant la mixité dans les
écoles et les universités, au moins dans Beyrouth. Les idées ne manquent pas, mais
aucune démarche n’a encore été entreprise dans ce sens, alors que c’était le
propos même de Taëf, il y a dix-sept ans. Pour Paul Salem, c’est ce qui
explique d’ailleurs, en partie, la crise actuelle. Le général Aoun et le
Hezbollah ne faisaient pas partie de cet accord et s’en perçoivent comme les
victimes. Pour les aounistes, la diminution des pouvoirs présidentiels est
ressentie comme une atteinte à la communauté chrétienne, selon le directeur de
Carnegie, d’autant plus que les présidents de l’après-Taëf n’étaient pas des
leaders politiques chrétiens.

Petit commentaire ici, la crise politique actuelle est aussi liée à une anesthésie forcée suite à la guerre civile et à l’occupation syrienne et qui a conduit à une non adaptation du système politique et une non assimilation des nouveaux équilibres communautaires, puisque le système est communautaire par le système politique.

On paye aujourd’hui le prix de l’inaction, certains refusant d’abandonner leur avantages alors qu’ils sont devenus minoritaires au profit des gagnants des nouveaux équilibres. Israël est une réalité mais le chiiste est une réalité également et il faut bien trouver un deal pour pouvoir s’accommoder des nouveaux équilibres et principalement par l’émergence de mouvement comme le Hezbollah qui représente une partie importante de la communauté chiite tout de même.

Les griefs que peuvent avoir les différentes communautés à
l’intérieur du pays ne sont toutefois pas les seuls facteurs qui expliquent
l’enlisement que nous vivons, lequel est entretenu par une Syrie qui joue le
facteur temps, comme à l’accoutumée. Celle-ci espère un changement dans
l’équilibre des pouvoirs qui lui serait à nouveau favorable, au regard
notamment du rapprochement irano-irakien ; elle table sur un Oncle Sam qui
finirait par se lasser et sur un nouveau président américain qui abandonnera
l’aventure moyen-orientale bushiste. Ceci serait vrai si ce n’était le tribunal
international. Car il est un accord général tant des États-Unis, de la Russie, de
la Chine que de la Corée du Nord sur la résolution du Conseil de sécurité
contre l’Iran. De plus, le fait d’infliger de sanctions à l’Iran au travers des
marchés financiers serait très pénalisant pour le pays. Et la République des
mollahs, qui émerge comme une puissance régionale et dont l’influence en Irak
est grandissante, a bien conscience de son ascension et de ce qu’elle a
beaucoup à perdre à ne pas prendre ces menaces au sérieux.

Elle a d’ailleurs repris les discussions avec les Saoudiens
et se veut rassurante vis-à-vis du monde arabe. Dans ce contexte, elle ne
chercherait donc pas forcément à protéger la Syrie du tribunal même si elle n’a
pas intérêt non plus au changement de régime en Syrie. Nul ne le souhaite
d’ailleurs ; surtout pas Israël. Alors quel intérêt à vouloir faire coûte que
coûte le tribunal international ? Il servirait plutôt d’arme de négociation
avec la Syrie, l’objectif étant de pousser celle-ci à céder aux conditions
américaines en ce qui concerne sa politique en Irak, en Palestine et au Liban, selon
Paul Salem. L’on comprend alors que le Liban ait été stable entre 1990 et 2004
lorsqu’il y avait une stabilité internationale et régionale et pourquoi il
s’est effondré dernièrement quand l’entente internationale n’était plus au
rendez-vous. On n’est pas encore sorti de l’auberge. 

Commentaire ici: Paul Salem ne prend pas en compte l’impact et la formation d’un pôle-gendarme saoudien avec un agenda propre à lui qui en ce moment s’oppose de plus en plus au pôle américain en sous main en menacant d’intervenir en Irak mais également au pôle iranien.

Seymour Hersh pour reprendre le billet précédent avait fait également part de l’utilisation par les 2 pôles américains et saoudiens, les américains s’étant rendus compte de leur défaite en Irak, de l’utilisation d’islamistes. A ce sujet, le plan serait de changer le régime syrien et de le remplacer par un régime "frère musulmans" comme je le prévoyais depuis 2005. Plan que confirme aujourd’hui lui même Joumblatt dans une interview sur France24 en janvier, ou il demandait à ce que les pays occidentaux sponsorisent un coup d’état frère musulman, ce qui va déplaire à Trafic d’ailleurs mais qui est une nouvelle confirmation de l’article de Hersh

Nicole

HAMOUCHE

(1) Titre de son livre publié en 1988 aux Éditions Librairie
Antoine et Dar an-Nahar.

(2) « Le pluralisme libanais dans l’identité et le système
politique » ; ouvrage de Bahjat Rizk publié en 2006.

Blasé

fév 18, 2007 in Uncategorized

Blasé de la situation au Liban,
Cela me rappelle dans les années 80, un animateur de radio au Liban, n’ayant que des mauvaises nouvelles à commenter et diffuser, avait fini par raccrocher le micro temporairement, en déclarant simplement en avoir marre d’égrénner le nom de morts d’attentats divers, la parité de la livre libanaise et du dollars lors de l’hyperinflation, etc…
Il en avait simplement marre que cela devienne…. une habitude

Aujourd’hui, j’ai l’impression de le comprendre

Message de Paix

fév 14, 2007 in Uncategorized

Un texte d’Ishtar, criant de vérité, que dire, … un texte qui démontre une fois de plus l’horreur.
Sans plus de commentaires:

Jai_honte_1Me voici devant une des patries les plus sûres, les plus correctes, sur laquelle les écrits en noir ressortent parce que leur toile de fond est d’un blanc immaculé, où aucune tâche obscure ne vienne estomper les mots droits et clairs, à moins que je ne me résous à le faire.

Devant cette patrie de 21 cm par 28 cm – même si ces dimensions sont virtuelles, parce que les normes du XXIème exigent qu’on n’utilise plus le support classique qu’est une feuille de papier – je m’apprêtais à réunir des vocables afin de produire un article pour répondre à l’appel du concours lancé par un quotidien dont le thème est le suivant : Message de vie pour le Liban.

Nous sommes le 13 février, et Dieu seul sait ce qui pourrait se passer d’ici demain où les Libanais comptent se rassembler pour commémorer l’assassinat de l’ancien Premier ministre Rafic Hariri – Paix à son âme – mais s’il vous plaît sans citer Bassel Fleyhane qui a vécu l’enfer sur terre pendant plus d’un mois souffrant de brûlures atroces, ni les autres personnes décédées le jour même parce qu’à ce qu’il parait, pour les Libanais superficiels, ils ne comptent pas.

Et je pense au titre : Message de vie. Au premier abord, j’ai envie d’éclater de rire. Message de vie ? Quel message ? Et puis quelle vie ? Dans un pays où aucun message n’est compris à cause des esprits fermés, et où on a décidé de faire migrer la Vie depuis plusieurs siècles dans les pirogues phéniciennes et la vendre avec le pourpre et le verre.

Message de vie à qui ? A des avortons de citoyens ? Sont-ils cultivés déjà pour savoir capter un message ? Ont-ils dans leurs villes des théâtres culturels ou des bibliothèques publiques pour grandir avec une certaine culture ? Alors qui va comprendre un message de vie ? Les jeunes adolescents qui fument du shit et qui se baladaient en trimballant des fusils dans les ruelles dévastées de Beyrouth, et qui sont aujourd’hui géniteurs de la nouvelle génération encore plus inculte que ses procréateurs ? Ou bien le sexagénaire qui a perdu l’espoir parce qu’il a vécu toute sa vie sous une tutelle quelconque et qui ne sait pas dans quel état il va passer le cap de ses 70 ans, abandonné sur un trottoir ou parmi les murs suintant de froideur et de torpeur d’un hospice des vieillards où la flamme de sa bougie s’assoupira graduellement ? Ou bien le jeune étudiant ignare sur lequel on ose toujours compter parce que le peu d’années inscrites à son compteur lui donne le droit d’être « l’avenir du pays », et qui s’émoustille comme un illettré fébrile en brandissant la photo de son chef de tribu, comme une annonce prémonitoire au commanditaire qui lui creusera sous peu sa tombe ? Aux chefs de files qui ne connaissent que chacun sa propre mélodie et ne savent que rabâcher leurs vérités relativement mensongères, selon les puissances auxquelles ils ont opté de devenir des vassaux ? Ceci serait une pure démence.

Tout compte fait, il n’y a personne à qui adresser un message. Quant aux membres de la communauté internationale qui ont toujours fait preuve de poésie et d’actions grandiloquentes à chaque fois qu’un acte terroriste ou qu’un crime fratricide a eu lieu dans ce petit pays, en exerçant la liberté qui leur est offerte dans leur contrée à travers des sit-in ou des manifestations pour la paix dans notre pays, dernièrement, à force de les lasser par nos petits ennuis qui s’emmêlent de jour en jour, ces citoyens du monde n’ont pas besoin de message de paix ou de vie, mais ont plutôt besoin qu’on leur foute la paix avec notre terrorisme inversement proportionnel à notre importance.

Il me vient à l’idée tout d’un coup les Libanais expatriés. Leur adresser un message de vie ? Ils ont fait leur vie ailleurs, et y ont trouvé leur paix, en quittant leur bac à cèdre et en plantant leurs racines dans une nouvelle forêt où tout genre de pousses cohabitent et laissent les autres en paix. Et comme les Libanais ont une identité tellement précise et à laquelle ils restent énergiquement attachés, je ne saurais les reconnaître afin de leur transmettre ce message tellement ils savent se fondre dans la foule. Donc je les considère inexistants, parce qu’ils ne se rappellent de leur appartenance au Liban qu’une fois en vacances au pays chez les fragments familiaux qui leur restent ici. Donc j’aurai dû ne pas citer cette tranche d’ex-citoyens.

Que me reste-t-il ? Personne. Rien. Le néant béant. Message de vie. Message de paix. Message de vie-de sans doute, message de paix-ssimisme peut-être. Mais tableau réaliste certainement. Plutôt que de m’abîmer dans les clichés du genre nous sommes un peuple semblable au phoenix qui renaît de ses cendres et autres bagatelles de ce genre, je dirais plutôt qu’il faut que la cendre ensevelisse ce freluquet de peuple qui se clame tour à tour phénicien et arabe et européen et perse, et il me serait mille fois plus salutaire de ne pas perdre mon temps à lui adresser des mots qu’il lui est impossible de comprendre. Et pour terminer ces passages sur une note allègre, je remarque que mon rire déclenché par le thème général du concours persiste, et me donne une idée d’écrire une pièce de théâtre comique, message d’humour relatant l’épopée d’un peuple amnésique, schizophrène et sourd.

Par Ishtar

Guère étonnant …

fév 13, 2007 in Uncategorized

Guère étonnant qu’il y ait eu 12 morts aujourd’hui:
hier déjà, comme j’en parlais … déjà, Geagea parlait de sacrifices alors que tous les hommes politiques de tout bord, de l’opposition ou de la majorité appelaient au calme, à la retenu, à participer même à la commémoration …

Chaque fois qu’il parle de sacrifice, coincidence, quelques temps après il y a un boum…

Il devrait prêter sa boule de crystal aux forces de l’ordre ….

Petite correction: le dernier bilan est de 3 morts et non 12

Underground Game

fév 13, 2007 in Uncategorized

Un jeu en sous main se prépare au Moyen-Orient: l’Arabie Saoudite est en train de proposer une alliance Israël même pour se prémunir d’une possible confrontation avec l’Iran comme je le prévoyais déjà dans "Ma guerre des axes" de 2005

"Last month, Prince Turki al-Faisal, Saudi
Arabia’s departing ambassador to the United States, attended a
Washington reception sponsored by American Jewish organizations, the
report said."

Concernant le Liban, vu que le risque de confrontation entre partisans sunnites pro Arabie Saoudite contre les chiites soutenus par l’Iran est réel, cela devrait amené les 2 partis à réfléchir pour libaniser les problèmes actuels et à dénoncer ensemble, l’un et l’autre, leur allégeance dans un jeu de donnant-donnant…

Faute de quoi, on pourra craindre le pire

Le retour de la boule de crystal

fév 12, 2007 in Uncategorized

Notre cher liseur de boule de crystal de l’asile des cèdres est de retour…
Après avoir prédit la mort d’hommes politiques 2 jours avant l’assassinat de Pierre Gemayel…
Il appelle de nouveau au sacrifice pour le 14 février prochain…

Notre oiseau de mauvaise augure est donc de retour.