USA: Le Liban ne figurera pas parmi les pays dont les ressortissants seront interdits de séjour

MISE À JOUR 18h18: les autorités américaines démentent tout projet d’inclusion du Liban dans la liste des pays dont les ressortissants seront interdits de séjour aux USA.

Ce démenti intervient alors que le Département d’Etat américain a annoncé aujourd’hui la suspension du décret présidentiel interdisant l’accès aux USA des ressortissants de 7 pays dont la Syrie, la Libye, le Soudan, le Yémen, l’Iran et la Somalie.

Le Liban devait se trouver parmi les prochains pays dont les ressortissants sont interdits de séjour aux USA, annonce un site proche de Donald Trump citant certaines rumeurs circulant dans la capitale américaine.

Parmi les nouveaux pays également visés, l’Egypte, l’Afghanistan, la Colombie, le Pakistan, le Vénézuela, les Philippines. Ces pays s’ajouteraient donc à la liste déjà adoptée le 27 janvier dernier et comprenant la Syrie, la Libye, le Soudan, le Yémen, l’Iran et la Somalie, interdisant l’entrée de leurs ressortissants sur le sol américain pour une période de 90 jours. Selon certains sources, 60 000 visas auraient ainsi été annulés par le Département d’Etat. D’autres sources évoquent un nombre plus important, 100 000 visas à destination des USA auraient ainsi été remis en cause. Ces mesures ne concernant pas seulement les ressortissants de ces pays mais également les personnes possédant une double nationalité.

Cette décision a provoqué une vive polémique tant sur un plan interne aux USA avec notamment les dénonciations de la mesure tant de la part d’ONG, d’universités et d’entreprises dont de nombreux étudiants et employés se retrouvent coincés à l’étranger. Sur le plan international, les réactions ont étalement été vives.

Cette annonce intervient alors qu’un juge fédéral de Seattle a invalidé l’ordre présidentiel de Donald Trump. L’administration américaine a immédiatement annoncé vouloir déposé un recours à cette décision judiciaire alors que la compagnie aérienne Qatar Airways a annoncé le vol immédiat d’un avion ayant pour passagers des personnes interdites d’entrée aux USA la semaine dernière.

Le nouveau président Donald Trump a indiqué que cet embargo vise à protéger les Etats-Unis de menaces terroristes représentées par l’arrivée de personnes possédant ces nationalités sur le sol américain. Ces mesures ne concernent pas pour l’heure les détenteurs de passeports diplomatiques.

Crise des ordures: la décharge de Costa Brava fermée dans 4 mois

Suite de la crise des ordures débutées par la fermeture de la décharge de Naameh en 2015 et le plan polémique du gouvernement d’alors d’ouvrir 2 décharges, l’une à Bourj Hammoud, banlieue Est de Beyrouth et l’autre à Costa Brava, au périmètre immédiat de l’Aéroport International de Beyrouth: le quotidien anglophone libanais The Daily Star annonce qu’un juge aurait décidé de la fermeture définitive de cette dernière déchèterie dans un délai de 4 mois.

La décharge de Costa Brava avait fait l’object d’une grave polémique entre autorités libanaises et mouvements écologistes suite à la décision d’abattre les mouettes et autres volatiles qui menaçaient le transport aérien. Des groupes de chasseurs avaient ainsi été « conviés » dit-on par le Président de la MEA pour tirer sur les mouettes après que plusieurs compagnies internationales aient menacé d’interrompre leurs vols en direction de Beyrouth. Un avion d’une compagnie du Golfe aurait été également légèrement endommagé après qu’un oiseau ait été avalé par ses réacteurs.

Le juge des affaires urgentes du Tribunal de Baabda, Hassan Hamdan, a ainsi statué en faveur du recours présenté par les mouvements écologistes demandant la fermeture dans un délai de 4 mois de cette décharge. Ce dernier avait ordonné le 11 janvier dernier, le maintien en service provisoire de la décharge jusqu’au 31 janvier 2017.

Ouvertes à partir de 2017, les décharges de Bourj Hammoud et de Costa Brava ont été mises en place, par décision du précédent gouvernement, en dépit de nombreux problèmes et infractions aux traités internationaux dont le Liban est pourtant signataire. Situées toutes 2 au bord de la Mer Méditerranée, elles violent la convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée contre la pollution. Celles-ci devaient fonctionner durant quatre années, le temps pour le prochain cabinet de proposer des solutions définitives à la crise des ordures.

Pour rappel, les ordures avaient commencé à s’accumuler dans les rues de Beyrouth et du Mont-Liban à partir du 17 juillet 2015 suite à l’annulation du contrat avec la compagnie de ramassage Sukleen et de l’expiration du mandat à ce que les déchets soient transportés dans la décharge de Naameh.

Cette crise avait amené à la mobilisation d’une frange de la population, notamment suite à un appel d’offre largement controversé en raison des coûts de ramassage proposés par les compagnies participantes allant de 140 dollars à plus de 200 dollars la tonne. De nombreuses manifestations se sont ainsi déroulées cet été 2015 au centre-ville de Beyrouth. Les Forces de Sécurité ont été critiquées pour un usage inapproprié de la la violence, alors que certaines sources indiquaient que des éléments proches de partis politiques s’étaient infiltrés parmi les manifestants pour provoquer des incidents. Les partis politiques avaient fait part d’une large solidarité entre eux face à la société civile qui réclamait une réforme en profondeur du système politique.

Voir aussi: 

Quand les autorités libanaises prétendent ne pas connaitre les régulations internationales

USA/Visa: Des syriens interdits de séjour et expulsés vers le Liban

Suite au durcissement des mesures d’entrée aux USA en raison d’un ordre présidentiel du Président Donald Trump, 6 ressortissants syriens dont des chrétiens ont été expulsés des USA vers le Liban.

Arrivés à l’aéroport international de Philadelphie, ces derniers parmi lesquels se trouvaient 3 enfants  se sont vus signifier l’interdiction de séjour sur le sol américain et ont été rapatriés vers leur destination de départ, l’Aéroport International de Beyrouth via Doha, d’où ils sont repartis vers la Syrie.

Donald Trump avait signé ce vendredi un ordre exécutif interdisant l’entrée aux USA à tous les ressortissants de 7 pays dont l’Iran, l’Irak, la Libye, la Somalie, le Sudan, la Syrie et le Yémen. Cette mesure vise à interdire l’entrée de réfugiés pour 120 jours, à l’exception de la Syrie. Pour ce pays, le délai d’interdiction reste illimité.

 

Emoi parmi les réfugiés syriens présents au Liban

L’annonce de ces mesures avaient provoqués un vif émoi au sein de la communauté syrienne au Liban, pays qui héberge officiellement 1,5 millions de réfugiés qui ont fui la guerre civile, pour une population locale de 4 millions de personnes.

Les Etats-Unis s’étaient pourtant engagés par l’administration précédente du Président Barak Obama à accueillir entre 110 000 à 150 000 réfugiés syriens en 2017, contre seulement 18 000 installations depuis le début de la guerre civile en 2011.

Manifestations aux USA contre la décision de Donald Trump

Aux USA, suite à l’appel de plusieurs associations de défense des immigrés et réfugiés et de l’American Civil Liberties Union (ACLU), plusieurs manifestions ont eu lieu au sein même des aéroports et dans les grandes villes. Des perturbations ont été ainsi à déplorer aux départs de JFK où s’étaient rassemblés 2000 manifestants.

Un juge fédéral de Brooklyn, Ann Donnelly, a décidé d’un sursis d’urgence qui interdit momentanément l’expulsion des personnes arrivées dans des aéroports américains avec un visa valide et les autorise à entrer dans le pays, cette décision suspendant pour le moment la décision du Président Américain.

 

Le Liban, pays qui n’est pas le seul concerné

Par ailleurs, d’autres pays ont eu à déplorer le retour de ressortissants des 7 pays incriminés. La France a ainsi reçu 15 personnes interdites d’entrée aux USA, alors que l’Egypte de son côté a dû à déplorer le retour de 5 ressortissants irakiens et 1 ressortissant yéménite qui s’étaient embarqués à bord d’un vol d’Egyptair à destination du JF Kennedy Airport à New York. En Turquie, les billets d’avion vendus aux ressortissants des 7 pays incriminés sont tout simplement annulés, alors qu’en Hollande, la compagnie KML a tout simplement refusé de voir embarquer 7 ressortissants irakiens à destination des USA.

Le Voyeurisme Moribond d’Istanbul

Le massacre à l’aube de la Nouvelle Année n’a évidemment laissé personne indifférent. Outre 3 de nos compatriotes libanais morts à Istanbul, on dénombre également 39 morts de différentes nationalités, Françaises, Saoudiennes, Irakiennes, et ainsi de suite. Le Monde donc est en deuil.

Mais le massacre d’Istanbul n’a pas fait que des victimes en Turquie, il a évidemment touché dans les chairs des familles endeuillées. Le respect à ces derniers et leurs douleurs se doivent d’être sanctifiés.
Comme à nos habitudes, nous n’avons pas été à la hauteur des évènements. Les images des victimes circulent sur Whatsapp, les chaînes de télévision locales ont l’indécence de pénétrer les chambres d’hôpitaux où les proches des victimes tentent faire face au choc de l’annonce de la mort de leurs bien-aimés enfants et proches.
Certains tranchent des gorges avec des couteaux et des sabres, d’autres avec des micros et des plumes:
Le respect aux victimes n’existe pas. L’indécence d’un certain voyeurisme moribond est présent, pour tenter d’assouvir certains de nos sentiments. Ce n’est pas ainsi que l’on puisse s’apitoyer ni montrer de la compassion ou même de la solidarité. On ne fait que révéler la monstruosité de notre société qui finira bien par oublier le lendemain même.
Il y a des différences à faire. D’un côté certaines personnes partagent ces photos sur différents supports, réseaux sociaux etc… pensant bien faire. C’est un manque d’éthique face à l’Horreur. Ils n’ont pas reçu l’éducation nécessaire afin de bien peser le poids de leurs actions.
De l’autre côté, les médias eux sont totalement responsables de leurs actes et profitent du laisser-aller des autorités de tutelle au nom d’une sacro-sainte protection de la liberté de la presse dont ils abusent. Il ne s’agit plus d’informer dans le cas présent mais de faire de l’audimat avec l’Horreur et d’assouvir le voyeurisme de leurs téléspectateurs.
Mais à force d’en voir quotidiennement, les téléspectateurs et les lecteurs s’habituent à cette dose de violence quotidienne et ne se mobilisent plus face l’injustice. On devient indifférent à la douleur à force de l’avoir. Cette culture du Maaléchi dont nous souffrons aujourd’hui a été ainsi construite avec leurs actes complices.
Un peu de pudeur donc, un peu d’éthique se doit d’être imposé. A défaut de pouvoir s’autocensurer eux-mêmes, un comité devrait donc établir les normes de ce qui peut être montré et de ce qui doit être caché au public, qu’il soit interne aux diffusions ou externe, imposé par l’Etat et la loi. Un tel projet existait par le passé, il est resté, malheureusement lettres mortes alors que beaucoup de pays ont mis en place les cadres légaux nécessaires le cas échéant. Des pays qui se réclament être plus civilisés que le nôtre. Nous avons encore tant à apprendre d’eux…
Capture d’écran du site de la boite de nuit Reina ou s’est déroulé le massacre du Nouvel An. 

Saad Hariri, l’héritier de Rafic

Le nouveau Président de la République Libanaise, le Général Michel Aoun a nommé l’ancien Premier Ministre Saad Hariri comme étant le nouveau Premier Ministre, conformément aux accords électoraux ayant abouti à son élection comme Chef d’Etat. Il devrait former rapidement son gouvernement, indique-t-on de source officieuse.


Saad Hariri est né le 18 avril 1970 et est le second fils de Rafic Hariri et de Nida Boustani, sa première épouse, de nationalité irakienne. Marié à une syrienne sunnite issue d’une famille riche et prestigieuse, il a 3 enfants, Houssam, né en 1999, Loulwa, née en 2001 et Abdoulaziz né en 2005.

Sa fortune personnelle, en dépit des difficultés financières actuelles, est estimée par le magazine financier américain Forbes à plus de 2 milliards de dollars.

L’Homme d’affaire

Dirigeant de la société Saudi Oger, Saad Hariri y fera ses premières armes dès 1994. Il dirigera également Oger Telecom et Omnia Holding et est membre du conseil d’administration d’Oger International Entreprise de Travaux Internationaux. Il possède d’ailleurs enfin la nationalité saoudienne.

L’héritier politique de Rafic Hariri

Fils de Rafic Hariri, Saad Hariri s’est impliqué dans la vie politique suite à l’assassinat de son père dans les circonstance qu’on connait, le 14 février 2005. Il prendra alors la tête du Parti du Courant du Futur fondé par son père, fort du soutien des connaissances internationales de ce dernier et s’alliera avec les Forces Libanaises de Samir Geagea et le dirigeant druze Walid Joumblatt pour gagner les élections législatives de 2005. Il est l’un des dirigeants essentiel de la coalition dite du 14 Mars.

Succédant à Fouad Saniora, proche collaborateur de Rafic Hariri, à la tête de du Gouvernement Libanais, le 27 juin 2009, sous le mandat du Président Michel Sleiman, 86 députés s’étant déclarés à sa faveur, sa première tentative de former un gouvernement sera voué par un échec. Il sera cependant reconduit comme première ministre par le Parlement suite à un vote de confiance, le 16 septembre 2009 et formera un gouvernement d’Union Nationale.

Ce gouvernement tombera le 12 janvier 2011 en raison de la démission de plus d’un tiers de ses membres, conformément à la constitution libanaise suite à une polémique sur la mise en examen de membres du Hezbollah par le Tribunal International en charge de juger les personnes suspectées d’être impliquées dans l’assassinat de son Père Rafic Hariri. Il était alors en séjour à Washington ou il a rencontré le Président Américain Barack Obama quelques minutes avant l’annonce de la démission de ses collaborateurs au sein du gouvernement.

Ses opposants l’accuseront également d’aligner la politique libanaise sur les positions de l’Arabie Saoudite y compris dans le bras de fer opposant le Royaume à l’Iran et cela n’ira pas sans conséquences sur la scène locale. D’autres enfin l’accuseront de passer l’essentiel de son temps à l’étranger au lieu de résider au Pays des Cèdres et d’en gérer les affaires publiques.

Son rival sunnite Nagib Mikati lui succèdera alors.

L’exil après la démission

Saad Hariri s’exilera suite à cette démission, reprenant la gérance de Saudi Oger affecté par de nombreuses difficultés financières. Ces difficultés toucheront également d’autres branches des affaires de la famille Hariri notamment en Liban, un certain nombre de ses employés n’étant pas payés plusieurs mois. Ces difficultés se poursuivent jusqu’à ce jour.

L’ancien Roi Abdallah d’Arabie lui avait accordé en 2014 la gérance de la donation de 3 milliards de dollars en vue d’équiper l’Armée Libanaise et d’un milliards de dollars en faveur des Forces de Sécurité confrontées au débordement de la guerre civile syrienne au Liban et à la présence de combattants d’Al Nosra et de Daesh notamment dans la localité sunnite d’Aarsal située dans la Békaa Est. Cette donation sera remise en cause par son successeur, le Roi Salman officiellement en raison de l’influence grandissante du mouvement Hezbollah au sein des institutions libanaises. D’autres sources évoqueront une perte d’influence de Saad Hariri auprès de la Cour Saoudienne, lui-même également confronté dans ses affaires par des retards du Royaume dans le payement d’arriérés pour un montant de 8 milliards de dollars sur de nombreux chantiers dont il avait la charge.

Absent et affaibli sur la scène internationale par la perte d’influence auprès de l’Arabie Saoudite, ses adversaires sur la scène politique sunnite libanaise dont certains qui étaient considérés auparavant comme faisant parti de ses proches, en profiteront pour tenter de réduire son influence.  Le Ministre démissionnaire de la Justice Ashraf Rifi, ancien commandant des Forces de Sécurité Intérieure, le critiquera durement suite aux discussions entamées par le Courant du Futur et le mouvement chiite Hezbollah depuis le début de 2016 et par le choix d’abord du député Sleiman Franjieh puis du rival chrétien Michel Aoun à la Présidence de la République en octobre 2016, tous 2 membres de la coalition dite du 8 Mars, ses opposants politiques.

Ces discussions visaient à diminuer les tensions sectaires au Liban. Ses détracteurs lui reprocheront alors de faire le jeu de l’Iran au Liban, Saad Hariri mettant quant à lui en avant son rôle modérateur nécessaire dans la crise politique locale et régionale et la nécessité faire baisser les tensions accrues avec l’implication de plusieurs partis à la fois en faveur et contre le régime syrien de Bachar el Assad qui est pourtant son adversaire, puisque accusé d’être le commanditaire de l’assasinat de son père et dont il souhaitait la chute.

Saad Hariri a été nommé par ailleurs en 2007, chevalier de la Légion d’Honneur par le Président de la République Jacques Chirac

Le Général Michel Aoun, une figure politique qui ne laisse pas indifférente

Elu 13ème Président de la République Libanaise depuis l’indépendance du Liban, à l’issue d’un 46ème tour de scrutin, ce 31 octobre 2016, adulé par les uns, haïs par d’autres, le Général Michel Aoun reste une personne dont le parcours politique est sujet à de nombreuses controverses.


Un élève officier brillant

aoun1Né dans une famille chrétienne maronite en février 1935 selon la biographie officielle, d’autres sources font plutôt elles d’une naissance le 30 septembre 1933 à Haret Hreik, banlieue sud de Beyrouth, le Général Michel Aoun fut très tôt promis à une brillante carrière militaire. Il s’engage en effet à l’Académie militaire comme officier cadet en 1955 pour être promu sous lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961. Il sera reçu pour des stages de formations complémentaires à l’École d’application d’artillerie de Chalons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l’Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l’École supérieure de guerre, en France (1978-1980) alors que le Liban s’enfonçait dans un conflit fratricide depuis avril 1975.

Une carrière militaire lancée alors que le Liban était en guerre civile

Revenu au Liban en 1980, il sera rapidement nommé chef d’une brigade de l’Armée Libanaise en charge de la surveillance de la fameuse ligne verte, ligne de démarcation entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest. Promu Général de Brigade en 1982, il sera à la tête de la 8ème brigade tout juste constituée, corps d’élite multiconfessionel de l’Armée Libanaise.

C’est à sa tête qu’il surprendra en 1983 l’état major de l’Armée Libanaise qui conseillait au Président de la République d’alors, Amine Gemayel de quitter le Palais Présidentiel de Baabda, lors de la guerre de la montagne, en défendant la localité stratégique de Souk el Gharb face à des forces supérieures en nombre constituées par le PSP et différentes milices musulmanes soutenues par l’Armée Syrienne.

Ce fait d’arme lui permettra d’obtenir le rang de Lieutenant Général et deviendra le commandant de l’Armée Libanaise en 1984.

Une nomination au poste de Premier Ministre au moment le plus critique de la guerre civile

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Le Général Michel Aoun sera nommé Premier Ministre le 22 septembre 1988, à 15 minutes de l’expiration du  mandat du Président de la République Amine Gemayel. Ce dernier mettra en avant le respect du Pacte National et l’absence de chef d’état maronite afin de permettre la nomination transitoire d’un maronite à la tête de l’Etat, la constitution libanaise stipulant que le chef du conseil est alors Président par Intérim de la République Libanaise.

Face au refus des personnalités politiques ou de juges de premier plan à la participation à un cabinet d’union national en vue de préparer des élections présidentielles, le Général Michel Aoun formera alors un cabinet militaire dont les membres de la communauté musulmane seront poussés à la démission par le régime syrien de Hafez el Assad. Le cabinet précédent du premier ministre Salim Hoss refusera également de se considérer démissionnaire, provoquant une cession des autorités publiques entre régions sous contrôle de l’Armée Libanaise du Général Michel Aoun, principalement constituées d’une partie du Metn, du Kesrouan et du caza de Byblos ainsi que de la partie Est de la capitale, régions dites libres ou contrôlées par « la Légitimité » pour reprendre les termes usités à l’époque et celles occupées par l’Armée Syrienne.

Face à l’Armée Syrienne, l’Armée Libanaise ne pourra remporter une victoire militaire mais dispose tout de même de 40% des effectifs de l’institution militaire et de l’essentiel des armes lourdes. Le Général Michel Aoun peut également compter sur l’appui de la milice des Forces Libanaises de Samir Geagea et des appuis politiques du « Parti national libéral » et de son chef Dany Chamoun, du « Parti des Druzes Libres » et son dirigeant Farid Hamadé.

Décidant d’élargir l’autorité de l’état notamment en contrôlant les ports de la région, le Général Michel Aoun décidera en février 1989 de la prise du Port de Beyrouth aux Forces Libanaises. Ces derniers, face à la perte d’une des principales sources de financement, décideront de s’opposer à l’Armée Libanaise. Ainsi débutera un conflit fratricide entre Samir Geagea et Michel Aoun.

Le Général Michel Aoun, en dépit d’une tentative d’assassinat le 14 février 1989, décide de poursuivre cette politique de mise sous tutelle des ports illégaux le long des côtes libanaises en créant en Mars 1989, un centre de contrôle du trafic maritime. Ces derniers, aux mains des milices pro-syriennes décideront de bombarder en représailles les zones sous contrôle de l’Armée Libanaise et notamment le Palais de Baabda, siège du gouvernement provisoire du Général Aoun.

La Guerre de Libération et le chemin de l’exil

Débutera alors un sanglant bras de fer entre le Général Michel Aoun qui déclarera le 14 Mars 1989, la Guerre de Libération contre l’occupation syrienne et les différentes milices libanaises d’alors, soutenues par Damas et dont il sera l’un des plus farouches opposants.

Réunis à Taëf en dépit de la décision de dissolution d’un Parlement élu en 1972 et dont le mandat n’a été de cesse renouvelé en raison des évènements, une partie des députés libanais adoptent un accord qui institutionnalise le confessionalisme jusque là non écrit du système libanais en limitant les prérogatives présidentielles et en acceptant la présence de l’Armée Syrienne sur le territoire du Pays des Cèdres. Le Général Aoun dénoncera cet accord dit de Taëf mais ne sera pas soutenu dans sa démarche par la communauté internationale, plus occupée à gérer le dossier du conflit irakien. Les Pays de la Coalition contre Saddam Hussein auraient ainsi fermé les yeux sur le rôle de la Syrie au Liban contre une participation de Damas contre l’Irak.

0101_aoun2Il trouvera cependant un soutien inconditionnel d’une grande partie de la population des zones qu’il contrôle avec une manifestation d’une ampleur inégalée durant tous les évènements de la guerre civile, le 24 octobre 1989.

Après l’élection le 5 novembre 1989 de René Moawad à la tête de l’Etat et son assassinat le 22 novembre, dit-on en raison de son refus au recours à la violence, sera élu Elias Hraoui qui désignera le Général Emile Lahoud comme, officiellement, commandant de l’Armée Libanais. Le Général Aoun, qui avait déjà rejeté les accords de Taëf refusera toute légitimité à ces derniers. Il devra alors faire face aux assauts simultanées des Forces Libanaises, des milices pro-syriennes, des troupes sous commandement du Général Emile Lahoud et des unités des troupes syriennes soutenues par leur aviation, le 13 octobre 1990. Négociant son retrait et cherchant à obtenir la vie sauve à ses hommes, il se réfugiera à l’ambassade de France d’où il annoncera sa reddition. La prise sous contrôle des zones dites libres sera toutefois marquée par des massacres de militaires pro-aounistes notamment à Dahr al-Wahsh ou une unité de 200 hommes de l’Armée Libanaise s’était illustrée face à l’Armée Syrienne qui avait perdu sur ce front 500 soldats les jours précédents. De nombreux militaires libanais seront ainsi froidement assassinés en dépit d’assurances obtenues par le Général Emile Lahoud à ce que ne soit pas menées d’actes de vengeances à l’encontre du personnel militaire.

Il sera exfiltré 10 mois plus tard par la DGSE, dit-on contre l’assurance de renoncer à toute activité politique.

Cependant, son action politique se prolongera avec la constitution d’un courant politique, le Courant Patriotique Libre dès 1992, qui n’aura de cesse de dénoncer le rôle et les ingérences syriennes au Liban et qui réclamera le retrait des troupes syriennes stationnées au Pays des Cèdres.

Débutera alors la mise du Liban, mise sous double coupe réglée et tutelle, politique et militaire pour la Syrie et économique pour l’Arabie Saoudite via leurs hommes de lige respectifs.

Un Retour Triomphal au Liban

En dépit d’une assurance de Rafic Hariri alors premier Ministre en janvier 1999 de ne pas être arrêté à son retour au Liban, Michel Aoun poursuivra son exil en France jusqu’en 2005.

Suite à l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 1559 en septembre 2004, résolution exigeant le retrait des troupes syriennes hors du Liban et de l’assassinat, le 14 février 2005 de l’ancien premier Ministre Rafic Hariri, de larges manifestations ont alors lieu au Liban. Ainsi débute ce qu’on a, alors, appelé la Révolution des Cèdres. Damas sera accusé de cet assassinat. Les pressions exercées tant localement qu’au niveau international aboutira au retrait des troupes syriennes le 29 avril 2005, à la sortie de prison de Samir Geagea et au retour du Général Aoun au Liban qui avait alors déclaré n’avoir aucun doute sur l’implication de Damas dans cet acte terroriste.

Revenu au bout de 15 exil, le 7 mai 2005, un de ses premiers gestes sera de rencontrer son adversaire historique au sein de la communauté chrétienne, Samir Geagea. Les élections parlementaires de 2005 conduiront à ce que certains nommeront un véritable Tsunami politique. Les listes soutenues par son mouvement et comprenant notamment le parti arménien du Tashnaq obtiendront le vote de prêt de 70% de la communauté chrétienne et 21 députés. En dépit de cette représentativité, il sera mis à l’écart du gouvernement de Fouad Saniora et alors que son mouvement désormais appelé Bloc du Changement et de la Réforme sera le seul présent au sein de l’opposition, le Hezbollah et Amal y participant. Il placera son action politique contre la corruption représentée par ceux qui avant collaboraient avec l’occupant syrien avant de retourner opportunément leurs vestes.

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En février 2006, le CPL signera un accord d’entente avec le mouvement chiite Hezbollah, redistribuant ainsi les cartes de la scène politique, lui permettant de se relancer alors qu’il était précédemment isolé. Précédemment catalogué comme faisant parti du 14 Mars, puis considéré comme indépendant, certains experts catalogueront alors le CPL comme faisant partie de la coalition dite du 8 Mars ou figurent en bonne place les partis libanais pro syriens. Le Général Michel Aoun se fera alors accusé par ses adversaires politiques de retournement de veste. Il rétorquera à ceux-ci que le Mémorandum d’entente avec le Hezbollah vise, entre autre, à discuter avec le mouvement chiite de son désarment, de la protection du Liban vis-à-vis notamment des menaces israéliennes et de permettre l’établissement de discussions avec la Syrie en vue d’une normalisation des relations entre les 2 pays.

Candidat à la succession d’Emile Lahoud, le Général Michel Aoun sera contraint de voter en faveur du commandant de l’Armée Libanaise, le Général Michel Sleiman qui sera élu président de la République le 25 mai 2008 suite à la médiation du Qatar et en présence de son émir, le cheikh Hamad ben Khalifa. Cet état du Golfe prend alors contrepied l’influence de l’Arabie Saoudite et des accords de Taëf via les accords de Doha.

Une participation aux gouvernements, sous le sceau d’une crise politique

Participant à un premier gouvernement présidé par Fouad Saniora en 2008, le Courant Patriotique Libre obtiendra le 7 mai 2009, 19 sièges en son propre nom. Il obtiendra alors 5 ministres dont celui de vice-président du Conseil attribué au Général Abou Jamra, au sein du cabinet qui lui succèdera et qui sera présidé par le fil de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, Saad Hariri.

Marqué par de nombreuses crises en son sein, ce cabinet finira par être démissionnaire le 12 janvier 2011, suite à l’annonce par le Ministre de l’Energie et des ressources hydrauliques, par ailleurs gendre du Général Aoun, Gébran Bassil, de la démission des ministres de l’opposition. Elle reproche au Premier Ministre Saad Hariri de ne pas annoncer la cessation de la coopération des autorités libanaises avec le Tribunal International en charge de juger les personnes suspectées d’être impliquées dans l’assassinat de son père, Rafic Hariri, alors que ce dernier allait accuser des membres supposés du Hezbollah de cet acte terroriste.

Un gouvernement présidé par Nagib Mikati sans la présence du 14 Mars sera constitué avec notamment la présence de 6 ministres du CPL et 11 ministres proches de lui.

Un nouveau champ de bataille, la Loi Electorale

A l’issue de l’échec de l’organisation d’un nouveau scrutin législatif normalement prévu en mai 2013, le CPL n’aura de cesse que de dénoncer le mode de scrutin marginalisant selon lui la communauté chrétienne. Le CPL sera le seul parti à s’opposer au fait que le Parlement en place décidera alors de reporter les élections prévues pour septembre 2014 puis à juin 2017. Il s’opposera également au Premier Ministre Tamam Salam au sujet des prérogatives du Premier Ministre, estimant que seul le Conseil des Ministres est apte à recevoir les prérogatives normalement dévolues à la Présidence de la République en l’absence de Président de la République et non le Président du Conseil. Il exigera également un rééquilibrage des mécanismes de décision des autorités publiques en faveur de la communauté chrétienne.

Par ailleurs, la coalition Amal-CPL-Hezbollah boycottera les différents scrutins présidentiels, provoquant un défaut de quorum et cela en raison de l’absence d’un accord concernant le nom d’un candidat.

L’alliance surprise avec les Forces Libanaises

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Coup de théâtre sur la scène politique. Après la décision de l’ancien premier ministre de soutenir la candidature de Sleiman Franjieh pourtant membre du courant dit du 8 Mars, le dirigeant des Forces Libanaises a décidé de soutenir celle du Général Michel Aoun à l’issue d’une réunion avec ce dernier, tout en poursuivant sa mésentente avec le Hezbollah. Il s’agit d’un tournant historique au sein de la communauté chrétienne ou les 2 adversaires scellent une alliance électorale basées sur un Mémorandum d’Entente de 10 points dont l’acceptation par le CPL des accords de Taëf, la nécessité de disjoindre le dossier syrien du dossier libanais, le respect des résolutions internationales concernant le Liban et la nécessaire mise en place d’une nouvelle loi électorale.

Le Hezbollah, quant à lui poursuivra son alliance avec le CPL et réaffirmera son soutien à la candidate du Général Aoun.

Face à l’impossibilité de poursuivre son soutien à Sleiman Franjieh, alors que s’accumulent les déboires financiers de ses sociétés notamment en Arabie Saoudite et débordé par des courants plus extrémistes personnifiés par le Ministre de la Justice démissionnaire Achraf Rifi au sein de la communauté sunnite, Saad Hariri finira par se rallier au Général Aoun le 20 octobre 2016, annonçant son intention de voter à sa faveur et cela afin, selon les rumeurs actuelles, d’obtenir le poste de Premier Ministre.

Un avion libanais sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion en Israël

Le site israélien Times of Israël a indiqué dans un article en date du 31 août qu’un avion libanais de la compagnie charter Wings of Lebanon a aperçu sur le tarmac de l’aéroport Ben Gourion.

Chose étonnante pour 2 pays techniquement toujours en guerre depuis 1948, cette visite impromptue a générée, selon le site Ynet, de nombreuses rumeurs dont celles de la visite secrète de hauts responsables du Pays des Cèdres.

Ces rumeurs ont cependant été rapidement démenties sur place: l’avion, un des 3 Boeing 737 portant les couleurs de Wings of Lebanon, n’était présent sur le sol israélien que pour un vol régulier pour le compte d’une compagnie Turque – Tailwind Airlines – qui en est le propriétaire réel. L’avion est d’ailleurs enregistré sous les couleurs turques. Opérant normalement un vol régulier entre Antalya et Tel Aviv, elle aurait alors replacé pour une raison inconnue, l’avion normalement destiné à cette ligne pour l’aéronef portant les livrées de Wings of Lebanon et en révision auprès de ses services.

Pour l’heure, Tailwind Airlines n’a pas indiqué les raisons qui l’ont poussé à utiliser l’avion normalement loué à Wings of Lebanon pour ce vol largement remarqué sur place. Le Boeing 737 devrait être prochianement à nouveau opéré par la compagnie charter libanaise sauf imprévu ou autre problème légal.

Photo: page Facebook de Ynet)

L’image du Mercredi: La dernière frontière

Nous vous emmenons du Nord Liban au Sud Liban, de l’Ouest à l’Est, pour vous faire découvrir le Pays des Cèdres. Et ce mercredi, nous avons choisi de vous emmener à cette « dernière frontière » au Sud du Liban.

Ligne litigieuse, en 1922, les frontières libanaises avec la Palestine remonteront vers le haut via l’accord Poncet-Newcombe. Cependant, déjà en 1932, la plaine de Houla sera accordée aux britanniques sans l’accord des autorités libanaises de l’époque. Depuis 1948 et les différents conflits entre Israël et le Liban dont, notamment le dernier en date qui a conduit à la fondation de Libnanews.com, cette ligne de démarcation est désormais appelée Ligne Bleu en raison de la présence de la FINUL.

La ligne bleue est donc une ligne tracée le 7 juin 2000 par l’ONU sur base de la ligne de démarcation mise en place lors de la convention de l’armistice de 1949, suite retrait israélien du Liban le 25 mai 2000. Cette ligne symbolise la fin de l’occupation israélienne des différentes régions libanaises, depuis Juin 1982 et confirme donc le retrait, vis-à-vis de la communauté internationale des forces de Tsahal. 

Sur cette photographie, nous pouvons voir le dernier poste de l’Armée Libanaise à gauche dont on ne peut que saluer le courage et sa présence notamment suite à sa fête du 1er août et également le dernier poste de la FINUL en blanc. L’antenne et les grillages qu’on peut également apercevoir eux, sont en territoire israéliens.

Il convient encore une fois de signaler que cette ligne bleu ne constitue pas la frontière définitive mais n’est qu’une ligne de démarcation entre le Liban et Israël, 2 pays toujours en guerre. À côté des frontières terrestres qui ne sont pas établies comme on vient de le constater, la polémique touche également le partage des zones maritimes entre les 2 pays. C’est toujours au niveau de Naqoura que nous pouvons voir une série de bouées se prolongeant sur 2 à 3 kilomètres en mer qui séparent les zones économiques libanaises et israéliennes.

Juillet 2016, 10 ans après, une perspective réaliste

10 années ont passé… 10 années après un conflit que personne n’attendait. On était encore dans l’euphorie de l’année 2005, rempli de l’espoir que le Liban, enfin progresserait vers un Monde Meilleur, vers un Etat de Droit, un Etat tout simplement.

10 ans ont été gâchés en fin de compte. On pouvait s’attendre à ce que le dialogue politique devient l’arène de l’insulte, que les camps opposés s’invectivent. Cela participe en fin de compte au concept démocratique de pays tels que le nôtre.

Les erreurs ont été depuis nombreuses et on ne fait qu’en réaliser aujourd’hui la portée, et ce malgré les nombreux coups de semonces des années précédentes. À la fracture politicienne en 2 camps, 14 et 8 Mars, aujourd’hui, répond le dialogue et l’ouverture, avec d’un côté ce dialogue entre Al Moustakbal et le Hezbollah et de l’autre celui de la main tendue entre le CPL et les Forces Libanaises et cela en dépit des différences politiques voir, fort malheureusement dans un système tel que le nôtre communautaire.

Il n’en a évidemment pas toujours été ainsi. L’écho des armes nous ont fait, à plusieurs reprises, plonger au bord de l’abîme de la guerre fratricide, mais à chaque fois, le libanais à une habitude et fini par relever la tête hors de l’eau. On se souviendra de la guerre de juillet et août 2006, marquée en dépit de tout, par une solidarité inter-libanaise en dépit des différences politiques habituelles. On se souviendra également des évènements du fameux 7 mai, marqué par l’ouverture du dialogue entre les partis politiques et aboutissant aux fameux accords de Doha, sous la tutelle du Qatar. On se souviendra de Nahr Bared et de l’héroïsme de l’Armée Libanaise, confrontée avec peu de moyens, déjà aux barbares d’une organisation fondamentaliste qui ressemble étrangement à ce qu’on appelle aujourd’hui communément Daesh. On se souviendra des soubresauts sécuritaires entre Tripoli et notamment Jabal Moshen et Bab Tabbaneh et où aujourd’hui règnent entre les 2 quartiers une paisible coexistence. S’il n’y avait pas eu des morts, on finirait par dire qu’à quelque chose, malheur est bon … du moins au final.

10 ans, depuis le conflit de 2006 ont passé. 10 ans d’une leçon qu’on pourrait qualifier de formidables puisqu’on a finalement appris qu’on se doit, en dépit de tout, vivre ensemble, au-delà de la politique qui nous désuni. Il est cependant dommage qu’on ne puisse comprendre ces leçons qu’à travers le conflit et non le dialogue préalable au conflit.

Mais au-delà de l’aspect d’une leçon de réalisme politique, le système, lui, reste grippé. Les accords de Doha ont permis l’élection en 2007 d’un nouveau Président de la République. Aujourd’hui, le désaccord entre les grands parrains, à savoir l’Arabie Saoudite et l’Iran, bloque à nouveau l’élection d’un nouveau locataire du Palais de Baabda. Plus encore, notre système politique semble donc ne pas être représentatif de la volonté populaire mais dépendante du bon-vouloir de puissances étrangères qui règlent sur notre sol, leurs différents. Plus encore comme du temps des moments où le conflit israélo-arabe était exacerbé, le Liban est l’arène d’un combat qui n’est pas le sien. Face hier au face à face entre idéologies sionistes et nationalistes arabes, aujourd’hui, le conflit religieux entre sunnites et chiites menace notre région et plus particulièrement les pays comme le notre ou ses 2 communautés hier coexistaient et aujourd’hui se trouvent être dans 2 camps opposés, l’un iranien et l’autre saoudien et notamment au travers, pour changer de leurs implications réciproques sur le théâtre syrien.

Le pouvoir lui, reste silencieux, miné par ses propres faiblesses. La faute revient au défaut de réforme de ce système politique au profit d’une libanisation de nos représentants. L’impossibilité d’un processus de réforme pour former un pouvoir exécutif politiquement cohérent et non d’une pseudo-entente nationale où l’autre organe de pouvoir, le Parlement se trouve être démuni de son rôle primordial de débat entre majorité et opposition constitue un problème majeur. L’émergence de mouvements dits de la société civile n’est pas une cause de désordre comme certains laissent le faire croire depuis les manifestations de l’été 2015 mais un symptôme qui démontre que ce mal, désormais provoque un malaise généralisé.

La réponse politique n’a été qu’une nouvelle fois décevante, refusant de voir que le problème dépasse le plan stricte de la problématique des ordures, du manque d’électricité ou du manque de sécurité. La sphère politique refuse de se remettre elle-même en cause et au-delà d’elle, celle des grands parrains étrangers. Corruption, défaut de gérance des affaires publiques, conflit d’intérêts multiples, scandales Sukleen ou Ogero pour ne nommer qu’eux. Ils ne nous ont rien épargné en 10 ans et cela au mépris de nos portefeuilles et même de notre santé aujourd’hui.

La population n’en a pas marre de la politique mais elle exprime un certain raz-le-bol de la manière avec laquelle le débat politique se trouve être monopolisé au détriment de la majorité devenue depuis ces différents incidents, silencieuse. Mais peut-être que pour résoudre ce dilemme, fort malheureusement, 10 années supplémentaires seraient nécessaires, le temps qu’une nouvelle génération prenne sa place.

La solidarité Franco-turque, ou le manque de visibilité de la politique étrangère française

La France solidaire avec la Turquie, voyons nous depuis quelques jours sur la page Facebook officielle du Gouvernement Français.

A l’heure à laquelle le Monde Libre combat le terrorisme, il est étrange de voir la France, Pays des Droits de l’Homme, également victime de ce terrorisme, être solidaire avec un régime qui soutient ce terrorisme, en dépit des quelques attentats ici ou, commis par Daesh mais instrumentalisé par les autorités de ce pays pour attaquer ceux qui se défendent face à Daesh.

Le Pays des droits de l’Homme ou plutôt ses autorités oublie que les journalistes qui ont révélé que les services de renseignements turcs ont fait parvenir des armes à Daesh croupissent en prison.

[youtube https://www.youtube.com/watch?v=HgeeHb_vWwE]

Peut-être alors qu’avant que la France ne soit solidaire avec la Turquie, il faudrait déjà enquêter sur les liens entre son administration et ces terroristes.

Ce n’est pas la première fois tout de même qu’un état organise des attentats même contre ses ressortissants, ce qu’on appelle plus communément une opération False Flag. On se souviendra notamment de l’incendie du Bundestag commis par les nazis  dans la nuit du 27 au 28 février 1933 afin de justifier ce qui arrivera par la suite, c’est à dire l’élimination de toute opposition à ce régime. Les autorités turques ont justifié toute attaque terroriste contre leur sol en attaquant les kurdes et non l’organisation de l’état islamique. La raison en est simple, comme le détaille cet article du Figaro

L’objectif , afin d’instrumentaliser son opinion publique et même celles des autres pays dans un but tout autre, ici par exemple, le fait de combattre les Kurdes, le fait de transférer des migrants en Europe, le fait de recevoir une aide économique conséquente alors que d’autres pays notamment le Liban ne reçoivent qu’un soutien limité.

Nous devons avoir une pensée aussi particulière pour les chrétiens d’Orient qu’on oublie qu’ils soient en Syrie ou au Liban ou le village de Qaa dans la Békaa a été attaqué par Daesh  et endeuillé par la mort de 5 de ses fils, mais eux, n’est ce pas ne comptent pas et ne peuvent attendre à cette même solidarité.

En fin de compte, si les malheurs frappent l’Europe, c’est parce que l’Europe a oublié que la première ligne de front contre l’obscurantisme commence en soutenant la diversité religieuse en Orient et non en soutenant des régimes fondamentalistes comme le régime Turc ou les Pays du Golfe et l’Arabie Saoudite. Sous des dehors de démocratisation ou d’autres valeurs nobles, nous savons bien au Liban depuis la guerre civile que se cache un aspect religieux exécrable, et la justification de massacres au nom de Dieu. Les Pays Européens eux, se sont faits avoir.

La solidarité aussi doit s’exercer avant tout envers les Français victimes des attentats et de la guerre et on peut penser avec émotion à ces français restés en terre syrienne et notamment au Lycée Charles de Gaulle de Damas qui subsiste envers et contre tout, et surtout sans l’appuie des autorités françaises et qui continue à faire rayonner les valeurs de la République et notre langue. Français du Liban, on se souvient de l’abandon des femmes françaises mariées à des ressortissants libanais en 1975 et qui demandant un retrait avec leur famille, on leur répondait abruptement qu’elles n’avaient qu’à se marier à des français. Une honte que le gouvernement français ait cessé son soutien à ses français de Syrie comme hier aux Français du Liban.

Cette France là n’est pas la France, celle des valeurs qu’elle est censée véhiculer, celle de la Liberté et des Droits de l’Homme puisqu’elle s’allie en fin de compte avec ceux qui laissent passer ces terroristes dans un sens vers la Syrie ou dans un autre, en les laissant venir en Europe, s’attaquer à la France également. On n’en est pas dupe et ce marchandage ottoman n’est qu’en défaveur des valeurs de notre République et de notre Histoire. 

On ne peut donc pas être solidaire avec ce pays mais avec des victimes, oui à la solidarité avec les victimes des attentats d’Istanbul, mais également avec les victimes de Daesh qu’elles soient au Liban ou ailleurs, en Syrie ou Irak mais la solidarité avec le régime actuel en Turquie qui ne peut qu’en profiter ne doit pas être marqué, il doit plutôt s’agir de le dénoncer.