Le 13 avril 1975, une date à jamais gravé dans l’inconscient collectif libanais même si officiellement on ne veut pas s’en souvenir.
Le début d’une guerre entre frères commise au nom des autres.
Je n’ai pas connu le début de la guerre, je n’ai fais que naître durant le conflit, grandir en voyant un pays se détruire par l’idiotie de ses dirigeants qu’on retrouve toujours aujourd’hui à la tête de parties et voir à la tête du pays des cèdres.
Je me souviens de mes cauchemars de gamins, de voir disparaître mes parents, je me souviens des bombes et des blessés emportés dans la folie meurtrière de seigneurs de guerre plus mafioso que combattants de la liberté. Je me souviens de mon propre père blessé par une bombe, annoncé mort et pourtant, oh miracle, en vie … 5 heures après.
Au début, bien sûr, gamin qu’on est, on se prend à être sensible à la violence gratuite, on veut ressembler aux « Abbaday » du coin, devenir chef à la place du chef. Mais petit à petit, la conscience de l’inhumanité de la chose et du sentiment d’injustice vis-à-vis des crimes s’est réveillé en moi, me faisant prendre conscience du bien et du mal, du mal surtout de combattre ses compatriotes simplement par ce qu’ils sont différents, alors que c’est cette différence qui est la source de richesse et le défi d’avenir de la nation.
Je me souviens des voitures piégées, celles qui tuaient une centaine d’innocents d’un coup, la terreur bien avant la reconnaissance de la terreur, citoyens qui avaient juste la malchance d’être à tel endroit, à telle heure. Des attentats commis à l’époque par tout le monde, syriens, israéliens et même français et américains. On tuait par intermédiaire, le marché de la terreur existait bel et bien au Liban et à côté, les attentats d’aujourd’hui ne sont qu’un travail d’amateur. Je me souviens des noms de personnes décédées, plus ou moins célèbres dans les combats à cause de l’imbécillité du crime gratuit, tuer son frère de sang parce qu’il ne partage pas les mêmes idées ou pire encore la même religion ou la même communauté.
Pourtant, les Libanais en général ne veulent pas se souvenir de cette blessure à jamais gravée dans la peau de notre génération. On détruit les ruines pour bâtir des palais et des gratte-ciels, vaine tentative d’exorciser nos démons bien libanais, celui d’une lutte des uns contre les autres, entre frères tel le conflit larvé qu’on connaît aujourd’hui.
Pourquoi alors se souvenir du 13 avril 1975, quand le combat pour la paix lui n’a jamais cessé. La lutte contre le combat fratricide, la lutte pour la paix au Liban, elle continue.