La peau de l’Ours

Crédit photo: rue89.com

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C’est au lendemain donc du discours du secrétaire général du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, que certaines personnalités libanaises proches du « pouvoir intérimaire actuel » indiquent qu’un report des consultations des parlementaires par la Présidence Libanaise, en vue de nommer un nouveau premier ministre, pourraient être reportées, « le temps de trouver un consensus », c’est à dire, le temps de permettre de trouver suffisamment de parlementaires en vue de permettre à Saad Hariri à se succéder à lui même.

Le report aujourd’hui de la consultation pourtant contraignante, des parlementaires libanais, n’est pas une surprise, chacun veut compter « ses troupes » et cela ne manquera pas de gonfler les enchères, chaque voix pouvant assurer au Premier Ministre par intérim Saad Hariri d’être reconduit dans ses fonctions, d’être assez chères payées:

Outre des considérations pécuniaires, le discours d’hier, il ne veut toutefois pas le sous-estimer, élargie encore plus le fossé entre communautés chiites et sunnites, alors que Mufti de la République, Mohammed Kabbani avait, lui, ouvertement déclaré son soutien à Saad Hariri. Les paroles de Hassan Nasrallah, avec celles de Mohammed Kabbani rendent encore plus critiques les positions des parlementaires chrétiens et druzes, sommés de choisir non un premier ministre, mais tout simplement leur camps, et au delà, leur allégeances à venir.

Les grandes manœuvres actuelles, surtout du coté du 14 Mars et de « leurs alliés », démontrent leur difficulté à réunir les voix nécessaires pour renommer le premier ministre sortant. On a ainsi pu observer ces derniers jours, la convocation par Saad Hariri lui même de ses alliés du Bloc Parlementaire tripolitain donc 2 de ses membres sont premiers-ministrables, à savoir Nagib Mikati et Mohammed Safadi,  aux appels du pied faites à Walid Joumblatt et à son bloc parlementaire dans les 2 sens, à l’intense activité diplomatique menée par l’ambassadrice US auprès des parlementaires libanais  » à la rencontre des députés « neutres ». Cela n’est pas sans me rappeler la signature des Accords de Taëf en 1990, quand chaque parlementaire libanais a reçu un merveilleux chèque de USD 100 000 de la part de l’Arabie Saoudite à la signature de ces dits-accords.

A coté des incitations financières, la carotte, le bâton est constitué par la remise par le juge canadien, Daniel Bellemarre des actes d’accusations du TSL. Les députés pourraient alors être sujet à un certain chantage, comme être accusés sur le plan international de soutenir ceux que ces actes considèrent comme étant les assassins de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, à savoir probablement le Hezbollah. Face à de telles menaces, démontrant le risque, à nouveau de la politisation de la cour internationale, certains députés pourraient alors choisir le camp de Saad Hariri, pour ne pas être vu comme alliés du Hezbollah, pour assurer la sécurité de leur investissement à l’étranger, comme on a pu constater le gel des avoirs de personnes liées au mouvement chiite par l’administration américaine.

Ce qu’on sait:

Dans l’état actuel, l’opposition compte 57 députés, la majorité dite du 14 Mars, 60. Il suffit mathématiquement que 2 députés changent de camps pour que la majorité change de camps. Chaque voix compte.

Alors qu’on attendait la victoire l’opposition lors des dernières élections législatives, la donne a été complètement changée par le déménagement de voix sunnites du Akkar, acquise au Courant du Futur, dans les circonscriptions pivots du Koura et de Zahleh ou portant la victoire de l’opposition était attendue. Un achat massif de voix en faveur du 14 Mars avait également été constaté, l’Arabie Saoudite n’ayant hésité à mettre 700 millions voir un milliard de dollars en faveur de son poulain, Saad Hariri, chose confirmée par un article du New York Times. Bien qu’ayant gagné 54% des votes à un échelon national, l’opposition de l’époque n’a pu gagner la majorité parlementaire suite à ses ingérences. La majorité de l’époque, reconduite, a été dans l’obligation de former un gouvernement d’union nationale, non pas en raison des armes détenues par le Hezbollah, mais en raison de sa non-légitimité. En formant un cabinet d’union nationale, la majorité parlementaire issue des élections pouvait prétendre à une certaine stabilité politique temporaire, qui aurait été mis à mal à la première crise politique majeure.

Cette crise politique est survenue lors du de l’affaire des faux témoignages recueillis par la cour internationale de justice concernant l’affaire de l’assassinat de Rafic Hariri, puis dans l’implication supposée, alors que l’enquête menée tombait largement sous les coups de butoir, du Hezbollah dans l’assassinat du premier ministre Hariri-père. La démission des ministres de l’opposition était donc largement à prévoir depuis la constitution même du cabinet Saad Hariri, toutes les crises libanaises trouvant en fait leur source dans l’illégitimité d’un pouvoir, qui si elle se poursuit, se transforme en épisode de violence, comme on l’a connu lors des évènements dit du 7 mai.

De l’autre coté, le Hezbollah a intérêt à composer mais à ne pas prendre le pouvoir. Cela est démontré par les agissements du mouvement chiite depuis 2006. Le Hezbollah aurait pu prendre le pouvoir depuis 2006, mais face à l’isolement du Liban que cela provoquerait par rapport à la communauté internationale, même le Hezbollah, tout en étant le premier mouvement armé au Liban, ils n’auraient pas les moyens de rester au pouvoir. C’est pour ces raisons que la formation chiite a choisi la voie constitutionnelle dans sa confrontation politique face à la majorité soutenue par les pays occidentaux, et donc la démission des ministre de l’opposition est la dernière illustration et on ne peut que croire que cette confrontation restera sur ce plan.

Les pions commencent donc à se mettre en place sur l’échiquier libanais et gageons que la semaine sera longue, riche en rebondissement de toute sorte, le Pays est à vendre au plus offrant, ne faisons donc aucun pari, tout comme lors les élections législatives de 2009, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

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2 Responses to La peau de l’Ours

  1. Gio~ says:

    j’ai aime’ la Photo : » OCTAN Jeans… »
    C’est Octan 98 ….n’est-ce pas ?
    Eh oui…les prix s’envolent….

  2. Pingback: Seven | Le Liban Francophone

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