Le Général Michel Aoun, une figure politique qui ne laisse pas indifférente

Elu 13ème Président de la République Libanaise depuis l’indépendance du Liban, à l’issue d’un 46ème tour de scrutin, ce 31 octobre 2016, adulé par les uns, haïs par d’autres, le Général Michel Aoun reste une personne dont le parcours politique est sujet à de nombreuses controverses.


Un élève officier brillant

aoun1Né dans une famille chrétienne maronite en février 1935 selon la biographie officielle, d’autres sources font plutôt elles d’une naissance le 30 septembre 1933 à Haret Hreik, banlieue sud de Beyrouth, le Général Michel Aoun fut très tôt promis à une brillante carrière militaire. Il s’engage en effet à l’Académie militaire comme officier cadet en 1955 pour être promu sous lieutenant en 1958, puis lieutenant en 1961. Il sera reçu pour des stages de formations complémentaires à l’École d’application d’artillerie de Chalons-sur-Marne, en France (1958-1959), puis à Fort Sill, dans l’Oklahoma aux États-Unis (en 1966) et à l’École supérieure de guerre, en France (1978-1980) alors que le Liban s’enfonçait dans un conflit fratricide depuis avril 1975.

Une carrière militaire lancée alors que le Liban était en guerre civile

Revenu au Liban en 1980, il sera rapidement nommé chef d’une brigade de l’Armée Libanaise en charge de la surveillance de la fameuse ligne verte, ligne de démarcation entre Beyrouth Est et Beyrouth Ouest. Promu Général de Brigade en 1982, il sera à la tête de la 8ème brigade tout juste constituée, corps d’élite multiconfessionel de l’Armée Libanaise.

C’est à sa tête qu’il surprendra en 1983 l’état major de l’Armée Libanaise qui conseillait au Président de la République d’alors, Amine Gemayel de quitter le Palais Présidentiel de Baabda, lors de la guerre de la montagne, en défendant la localité stratégique de Souk el Gharb face à des forces supérieures en nombre constituées par le PSP et différentes milices musulmanes soutenues par l’Armée Syrienne.

Ce fait d’arme lui permettra d’obtenir le rang de Lieutenant Général et deviendra le commandant de l’Armée Libanaise en 1984.

Une nomination au poste de Premier Ministre au moment le plus critique de la guerre civile

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Le Général Michel Aoun sera nommé Premier Ministre le 22 septembre 1988, à 15 minutes de l’expiration du  mandat du Président de la République Amine Gemayel. Ce dernier mettra en avant le respect du Pacte National et l’absence de chef d’état maronite afin de permettre la nomination transitoire d’un maronite à la tête de l’Etat, la constitution libanaise stipulant que le chef du conseil est alors Président par Intérim de la République Libanaise.

Face au refus des personnalités politiques ou de juges de premier plan à la participation à un cabinet d’union national en vue de préparer des élections présidentielles, le Général Michel Aoun formera alors un cabinet militaire dont les membres de la communauté musulmane seront poussés à la démission par le régime syrien de Hafez el Assad. Le cabinet précédent du premier ministre Salim Hoss refusera également de se considérer démissionnaire, provoquant une cession des autorités publiques entre régions sous contrôle de l’Armée Libanaise du Général Michel Aoun, principalement constituées d’une partie du Metn, du Kesrouan et du caza de Byblos ainsi que de la partie Est de la capitale, régions dites libres ou contrôlées par « la Légitimité » pour reprendre les termes usités à l’époque et celles occupées par l’Armée Syrienne.

Face à l’Armée Syrienne, l’Armée Libanaise ne pourra remporter une victoire militaire mais dispose tout de même de 40% des effectifs de l’institution militaire et de l’essentiel des armes lourdes. Le Général Michel Aoun peut également compter sur l’appui de la milice des Forces Libanaises de Samir Geagea et des appuis politiques du « Parti national libéral » et de son chef Dany Chamoun, du « Parti des Druzes Libres » et son dirigeant Farid Hamadé.

Décidant d’élargir l’autorité de l’état notamment en contrôlant les ports de la région, le Général Michel Aoun décidera en février 1989 de la prise du Port de Beyrouth aux Forces Libanaises. Ces derniers, face à la perte d’une des principales sources de financement, décideront de s’opposer à l’Armée Libanaise. Ainsi débutera un conflit fratricide entre Samir Geagea et Michel Aoun.

Le Général Michel Aoun, en dépit d’une tentative d’assassinat le 14 février 1989, décide de poursuivre cette politique de mise sous tutelle des ports illégaux le long des côtes libanaises en créant en Mars 1989, un centre de contrôle du trafic maritime. Ces derniers, aux mains des milices pro-syriennes décideront de bombarder en représailles les zones sous contrôle de l’Armée Libanaise et notamment le Palais de Baabda, siège du gouvernement provisoire du Général Aoun.

La Guerre de Libération et le chemin de l’exil

Débutera alors un sanglant bras de fer entre le Général Michel Aoun qui déclarera le 14 Mars 1989, la Guerre de Libération contre l’occupation syrienne et les différentes milices libanaises d’alors, soutenues par Damas et dont il sera l’un des plus farouches opposants.

Réunis à Taëf en dépit de la décision de dissolution d’un Parlement élu en 1972 et dont le mandat n’a été de cesse renouvelé en raison des évènements, une partie des députés libanais adoptent un accord qui institutionnalise le confessionalisme jusque là non écrit du système libanais en limitant les prérogatives présidentielles et en acceptant la présence de l’Armée Syrienne sur le territoire du Pays des Cèdres. Le Général Aoun dénoncera cet accord dit de Taëf mais ne sera pas soutenu dans sa démarche par la communauté internationale, plus occupée à gérer le dossier du conflit irakien. Les Pays de la Coalition contre Saddam Hussein auraient ainsi fermé les yeux sur le rôle de la Syrie au Liban contre une participation de Damas contre l’Irak.

0101_aoun2Il trouvera cependant un soutien inconditionnel d’une grande partie de la population des zones qu’il contrôle avec une manifestation d’une ampleur inégalée durant tous les évènements de la guerre civile, le 24 octobre 1989.

Après l’élection le 5 novembre 1989 de René Moawad à la tête de l’Etat et son assassinat le 22 novembre, dit-on en raison de son refus au recours à la violence, sera élu Elias Hraoui qui désignera le Général Emile Lahoud comme, officiellement, commandant de l’Armée Libanais. Le Général Aoun, qui avait déjà rejeté les accords de Taëf refusera toute légitimité à ces derniers. Il devra alors faire face aux assauts simultanées des Forces Libanaises, des milices pro-syriennes, des troupes sous commandement du Général Emile Lahoud et des unités des troupes syriennes soutenues par leur aviation, le 13 octobre 1990. Négociant son retrait et cherchant à obtenir la vie sauve à ses hommes, il se réfugiera à l’ambassade de France d’où il annoncera sa reddition. La prise sous contrôle des zones dites libres sera toutefois marquée par des massacres de militaires pro-aounistes notamment à Dahr al-Wahsh ou une unité de 200 hommes de l’Armée Libanaise s’était illustrée face à l’Armée Syrienne qui avait perdu sur ce front 500 soldats les jours précédents. De nombreux militaires libanais seront ainsi froidement assassinés en dépit d’assurances obtenues par le Général Emile Lahoud à ce que ne soit pas menées d’actes de vengeances à l’encontre du personnel militaire.

Il sera exfiltré 10 mois plus tard par la DGSE, dit-on contre l’assurance de renoncer à toute activité politique.

Cependant, son action politique se prolongera avec la constitution d’un courant politique, le Courant Patriotique Libre dès 1992, qui n’aura de cesse de dénoncer le rôle et les ingérences syriennes au Liban et qui réclamera le retrait des troupes syriennes stationnées au Pays des Cèdres.

Débutera alors la mise du Liban, mise sous double coupe réglée et tutelle, politique et militaire pour la Syrie et économique pour l’Arabie Saoudite via leurs hommes de lige respectifs.

Un Retour Triomphal au Liban

En dépit d’une assurance de Rafic Hariri alors premier Ministre en janvier 1999 de ne pas être arrêté à son retour au Liban, Michel Aoun poursuivra son exil en France jusqu’en 2005.

Suite à l’adoption par le Conseil de Sécurité de l’ONU de la résolution 1559 en septembre 2004, résolution exigeant le retrait des troupes syriennes hors du Liban et de l’assassinat, le 14 février 2005 de l’ancien premier Ministre Rafic Hariri, de larges manifestations ont alors lieu au Liban. Ainsi débute ce qu’on a, alors, appelé la Révolution des Cèdres. Damas sera accusé de cet assassinat. Les pressions exercées tant localement qu’au niveau international aboutira au retrait des troupes syriennes le 29 avril 2005, à la sortie de prison de Samir Geagea et au retour du Général Aoun au Liban qui avait alors déclaré n’avoir aucun doute sur l’implication de Damas dans cet acte terroriste.

Revenu au bout de 15 exil, le 7 mai 2005, un de ses premiers gestes sera de rencontrer son adversaire historique au sein de la communauté chrétienne, Samir Geagea. Les élections parlementaires de 2005 conduiront à ce que certains nommeront un véritable Tsunami politique. Les listes soutenues par son mouvement et comprenant notamment le parti arménien du Tashnaq obtiendront le vote de prêt de 70% de la communauté chrétienne et 21 députés. En dépit de cette représentativité, il sera mis à l’écart du gouvernement de Fouad Saniora et alors que son mouvement désormais appelé Bloc du Changement et de la Réforme sera le seul présent au sein de l’opposition, le Hezbollah et Amal y participant. Il placera son action politique contre la corruption représentée par ceux qui avant collaboraient avec l’occupant syrien avant de retourner opportunément leurs vestes.

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En février 2006, le CPL signera un accord d’entente avec le mouvement chiite Hezbollah, redistribuant ainsi les cartes de la scène politique, lui permettant de se relancer alors qu’il était précédemment isolé. Précédemment catalogué comme faisant parti du 14 Mars, puis considéré comme indépendant, certains experts catalogueront alors le CPL comme faisant partie de la coalition dite du 8 Mars ou figurent en bonne place les partis libanais pro syriens. Le Général Michel Aoun se fera alors accusé par ses adversaires politiques de retournement de veste. Il rétorquera à ceux-ci que le Mémorandum d’entente avec le Hezbollah vise, entre autre, à discuter avec le mouvement chiite de son désarment, de la protection du Liban vis-à-vis notamment des menaces israéliennes et de permettre l’établissement de discussions avec la Syrie en vue d’une normalisation des relations entre les 2 pays.

Candidat à la succession d’Emile Lahoud, le Général Michel Aoun sera contraint de voter en faveur du commandant de l’Armée Libanaise, le Général Michel Sleiman qui sera élu président de la République le 25 mai 2008 suite à la médiation du Qatar et en présence de son émir, le cheikh Hamad ben Khalifa. Cet état du Golfe prend alors contrepied l’influence de l’Arabie Saoudite et des accords de Taëf via les accords de Doha.

Une participation aux gouvernements, sous le sceau d’une crise politique

Participant à un premier gouvernement présidé par Fouad Saniora en 2008, le Courant Patriotique Libre obtiendra le 7 mai 2009, 19 sièges en son propre nom. Il obtiendra alors 5 ministres dont celui de vice-président du Conseil attribué au Général Abou Jamra, au sein du cabinet qui lui succèdera et qui sera présidé par le fil de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri, Saad Hariri.

Marqué par de nombreuses crises en son sein, ce cabinet finira par être démissionnaire le 12 janvier 2011, suite à l’annonce par le Ministre de l’Energie et des ressources hydrauliques, par ailleurs gendre du Général Aoun, Gébran Bassil, de la démission des ministres de l’opposition. Elle reproche au Premier Ministre Saad Hariri de ne pas annoncer la cessation de la coopération des autorités libanaises avec le Tribunal International en charge de juger les personnes suspectées d’être impliquées dans l’assassinat de son père, Rafic Hariri, alors que ce dernier allait accuser des membres supposés du Hezbollah de cet acte terroriste.

Un gouvernement présidé par Nagib Mikati sans la présence du 14 Mars sera constitué avec notamment la présence de 6 ministres du CPL et 11 ministres proches de lui.

Un nouveau champ de bataille, la Loi Electorale

A l’issue de l’échec de l’organisation d’un nouveau scrutin législatif normalement prévu en mai 2013, le CPL n’aura de cesse que de dénoncer le mode de scrutin marginalisant selon lui la communauté chrétienne. Le CPL sera le seul parti à s’opposer au fait que le Parlement en place décidera alors de reporter les élections prévues pour septembre 2014 puis à juin 2017. Il s’opposera également au Premier Ministre Tamam Salam au sujet des prérogatives du Premier Ministre, estimant que seul le Conseil des Ministres est apte à recevoir les prérogatives normalement dévolues à la Présidence de la République en l’absence de Président de la République et non le Président du Conseil. Il exigera également un rééquilibrage des mécanismes de décision des autorités publiques en faveur de la communauté chrétienne.

Par ailleurs, la coalition Amal-CPL-Hezbollah boycottera les différents scrutins présidentiels, provoquant un défaut de quorum et cela en raison de l’absence d’un accord concernant le nom d’un candidat.

L’alliance surprise avec les Forces Libanaises

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Coup de théâtre sur la scène politique. Après la décision de l’ancien premier ministre de soutenir la candidature de Sleiman Franjieh pourtant membre du courant dit du 8 Mars, le dirigeant des Forces Libanaises a décidé de soutenir celle du Général Michel Aoun à l’issue d’une réunion avec ce dernier, tout en poursuivant sa mésentente avec le Hezbollah. Il s’agit d’un tournant historique au sein de la communauté chrétienne ou les 2 adversaires scellent une alliance électorale basées sur un Mémorandum d’Entente de 10 points dont l’acceptation par le CPL des accords de Taëf, la nécessité de disjoindre le dossier syrien du dossier libanais, le respect des résolutions internationales concernant le Liban et la nécessaire mise en place d’une nouvelle loi électorale.

Le Hezbollah, quant à lui poursuivra son alliance avec le CPL et réaffirmera son soutien à la candidate du Général Aoun.

Face à l’impossibilité de poursuivre son soutien à Sleiman Franjieh, alors que s’accumulent les déboires financiers de ses sociétés notamment en Arabie Saoudite et débordé par des courants plus extrémistes personnifiés par le Ministre de la Justice démissionnaire Achraf Rifi au sein de la communauté sunnite, Saad Hariri finira par se rallier au Général Aoun le 20 octobre 2016, annonçant son intention de voter à sa faveur et cela afin, selon les rumeurs actuelles, d’obtenir le poste de Premier Ministre.

Les défis à venir du Président Michel Aoun

Le Général Michel Aoun, qui sera probablement élu ce lundi 13ème Président de la République Libanaise, devra faire face à de nombreux défis que traverse le Pays des Cèdres, tant de nature politique, économique que sécuritaire.


Les défis politiques

Les défis d’une cohabitation qui s’avère être difficile et contre-nature

La décision de soutenir la candidature du Général Michel Aoun par l’ancien Premier Ministre Saad Hariri serait assortie à la condition de le voir être renommé Premier Ministre en exercice. Cette décision s’avère plutôt être celle d’une cohabitation à venir plutôt que d’une coopération renforcée. Nul doute que de nombreuses crises politiques surviendraient pour plusieurs raisons. On peut notamment citer:

  1. le dossier syrien et l’implication tant de combattants du Hezbollah aux côtés du régime syrien que de combattants sunnites contre le régime syrien
  2. La mise en cause de responsables du Courant du Futur dans différents dossiers de corruption dont le Général Aoun réclame l’ouverture depuis de nombreuses années. On peut penser aux dossiers des télécommunications, de la gestion des ordures, de la gestion des appels d’offres publics en général, etc…
  3. le dossier du tribunal international en charge de juger l’affaire de l’assassinat de l’ancien Premier Ministre Rafic Hariri. Ce dernier accuse sur la base d’un jugement non pas basé sur des preuves mais un jugement circonstanciel, le Hezbollah d’une part et le régime syrien d’autre part d’y être impliqué.

Une loi électorale qui doit toujours être mise en place

Le débat des années précédentes sur le choix d’une nouvelle loi électorale plus égalitaire vis-à-vis de la communauté chrétienne ne se fera pas sans heurts avec les résistances tant du Courant du Futur qui risque d’y perdre ses parlementaires chrétiens élus par les sunnites, notamment dans la capitale Beyrouth que le mouvement Amal, déjà insatisfait d’avoir perdu ses députés chrétiens dans la région chiite de Nabatiyeh.

Une élection dans un environnement moins consensuel que ses prédécesseurs

L’élection du Général Michel Aoun n’intervient pas, contrairement à ses prédécesseurs, dans un environnement d’entente et de consensus nationaux, comme en témoignent les nombreuses déclarations des opposants à son élection tant du côté de la rue sunnite, actuellement personnifiée par le Ministre démissionnaire de la Justice, Achraf Rifi et désormais principal opposant en son sein à l’ancien Premier Ministre Saad Hariri qu’au sein de la communauté chiite avec la césure entre mouvement Amal également opposé à cette élection et mettant en avant des risques d’abrogation des accords de Taëf et même de recours à la violence et Hezbollah soutenant au contraire la candidature du Général Michel Aoun.

Face à ce risque, le Courant du Futur et le Hezbollah ont décidé dans un communiqué conjoint de poursuivre leur communication afin d’apaiser la tension entre les 2 communautés sunnites et chiites. Cependant, le Président de la Chambre, Nabih Berry aurait déjà signifié son refus via son proche, le Ministre des Finances,  Ali Hassan Khalil, de rencontrer le dirigeant du Courant du Futur Saad Hariri afin de protester contre sa mise à l’écart dans l’accord entre ce dernier et Michel Aoun.  Ali Hassan Khalil  aurait également indiqué que le Mouvement Amal pourrait ne pas faciliter la formation du prochain gouvernement, voir même de le boycotter, augurant la poursuite de la crise politique dans un avenir proche en dépit de cette élection.

En dépit d’une union toute relative de la rue chrétienne, les communautés sunnites et chiites sont donc divisées et partagées, augurant de tensions politiques à venir.

L’un des premiers défis annoncés est la mise en place d’une nouvelle lois électorale plus juste envers la communauté chrétienne, jusque là marginalisée par le processus des élection législatives. Ce chantier augure de nombreuses tensions avec les dirigeants des factions politiques sunnites et chiites qui, jusqu’à présent, désignaient presque un certain nombre de députés chrétiens dans les régions qu’ils contrôlent et notamment dans la capitale, au Nord ou au Sud du Liban. Le Général Michel Aoun souhaiterait ainsi que des électeurs chrétiens élisent des députés chrétiens.

La communauté chiite partagée entre appuyer ou désapprouver la candidature du Général Aoun

Le Président de la Chambre Nabih Berry a déjà fait part de ses inquiétudes et le risque de voir son rôle à la tête du parlement être remis en cause. Il estime que cet accord entre chrétiens et sunnites pour le partage du pouvoir comme évoqués par le rappel du Pacte National de 1943  pourrait marginaliser la communauté chiite. Il aurait cependant tempéré ses propos dans un communiqué publié suite à la visite du dirigeant du CPL ce 21 octobre, estimant que les désaccords concernant la nomination à la Présidence de la République ne remettent pas en cause l’amitié entre les 2 hommes.

De son côté, le Hezbollah largement engagé dans le conflit syrien a réitéré son refus de voir la communauté chiite être divisée tout en rappelant son soutien à la candidature du Général Michel Aoun, en raison « de l’intérêt général de la Nation ».

La communauté sunnite également plus divisée que jamais

Parrain du Courant du Futur, l’Arabie Saoudite a, à de nombreuses reprises, marqué son opposition à l’élection du Général Michel Aoun à la Présidence de la République en raison de son alliance avec le Hezbollah chiite et de ses bonnes relations avec l’Iran et le régime syrien de Bachar el Assad dans un contexte de guerre civile en Syrie et au Yémen entre les 2 axes.

Certaines sources ont déjà indiqué la désapprobation de Riyad quant à l’appui à la candidature du Général Aoun de la part de l’ancien premier ministre Saad Hariri déjà en difficulté pour ses affaires sur place. Certains opposants à Saad Hariri pourraient ainsi envisager de profiter de l’affaiblissement de son influence en Arabie Saoudite pour tenter de prendre sa place.

Le Ministre démissionnaire de la Justice Achraf Rifi aurait ainsi déclaré à l’issue de la conférence de presse annonçant le soutien de Saad Hariri à la candidature du Général Michel Aoun, son refus à ce que le Liban soit soumis « au projet iranien ». Le fossé entre les 2 hommes s’élargi ainsi.
L’Ancien Premier Ministre Nagib Mikati a également mis en garde contre « la nouvelle aventure de Saad Hariri », espérant que celle-ci ne dégrade pas encore les tensions entre les différentes communautés religieuses.
L’ancien Premier Ministre Fouad Saniora aurait également marqué son refus de voter en faveur du Général Michel Aoun lors du 46 scrutin qui a eu lieu ce 31 octobre.

Les défis économiques

La présence de plus en plus pesante des réfugiés syriens

En raison déjà de la présence de plus de 1,1 millions de réfugiés syriens au Liban suite à la guerre civile dans leur pays, les infrastructures libanaises croulent sous une tension jamais vue auparavant. Il s’agira donc de trouver une solution à cette présence et d’améliorer les structures tant financières qu’infrastructurelles comme la distribution de l’eau et de l’électricité toujours rationnées depuis la fin du conflit civil de 1975 à 1990.

Ralentissement de la croissance et risque de dévaluation de la Livre Libanaise

Le ralentissement de la croissance, voir la baisse de la demande pour l’immobilier et le recul des entrées générées par le secteur touristique sont d’autant de risques économiques à l’avenir.

L’augmentation des salaires décidées par les gouvernements précédents impactent également négativement les finances de l’état déjà accaparées par une importante dette publique alors que nombreux spécialistes évoquent une possible dévaluation de la Livre Libanaise en 2017 ou 2018.

Les risques de bras de fer

La remise en cause du secret bancaire tout juste adoptée en catimini par le Parlement Libanais le 19 octobre 2016, au cours d’une session parlementaire exceptionnelle pourrait également provoquer quelques remous. Cette décision était pourtant attendue alors que les banques libanaises étaient soumises à un certain nombre de menaces de sanctions économiques via l’adoption par l’administration américaine à l’encontre des établissements bancaires coopérant avec le Hezbollah. Sans nul doute, de nouveaux bras de fer pourraient avoir lieu tant en local qu’avec la nouvelle administration américaine à venir.

Une politique économique qui reste à formuler

L’adoption d’un budget tout d’abord, chose qui n’a pas été effectuée depuis 2005 devrait être une des principales priorités du prochain gouvernement.

La mise en place d’une politique économique à venir avec la diminution des budgets des pays arabes en raison de la diminution des ressources pétrolières locales est également à prévoir avec un rééquilibrage des principaux partenaires économiques pour le Liban. La Banque du Liban semble déjà avoir pris les devants en invitant les entreprises libanaises à participer à l’ouverture du marché iranien, lors de la levée des sanctions contre Téhéran.

Enfin la mise sur pied de l’exploitation des ressources pétrolières probables dans les zones économiques maritimes appartenant au Liban pourrait être l’occasion de nouveaux désaccords concernant le partage des revenus qui seraient ainsi générés.

 Les défis sécuritaires

Les autorités libanaises ont démantelé ces dernières années de nombreuses cellules terroristes qui espéraient provoquer une dissension communautaire entre les différentes composantes religieuses libanaises et ainsi provoquer, non pas une guerre civile mais des troubles à l’ordre civil. Ainsi, le groupe terroriste Daesh et Al Nosra ont d’abord visé la banlieue Sud de Beyrouth, fief du Hezbollah puis le groupe Daesh s’en est également pris au village chrétien de Qaa dans la Békaa.

Nul doute que le recul et les défaites de Daesh en Irak et en Syrie pourrait provoquer un reflux de ses combattants originaires du Liban et des régions limitrophes. On assiste déjà d’ailleurs à l’arrestation en coopération avec les autorités palestiniennes locales dans les camps d’un certain nombre de cadres de ce groupe terroriste. Ces derniers seront probablement tentés de poursuivre leurs basses oeuvres au Pays des Cèdres en essayant de déstabiliser l’équilibre politique déjà précaire établi ces dernières années.

Autre défi et non des moindres, le renforcement des capacités de l’Armée Libanaise alors que l’Arabie Saoudite a déjà annulé sa fameuse donation de 3 milliards de dollars. Le Liban devra donc trouver les fonds nécessaires par lui-même alors que les difficultés économiques s’annoncent déjà insurmontables.

Un trésor encore à découvrir: Les statuettes cultuelles de Mithra originaires de Sidon

Parmi les autres trésors du Louvre originaires du Liban, les statuettes cultuelles de Mithra qui se se trouvent dans un petit recoin.

Le Mithraeum de Sidon aurait été découvert par Edmond Durighello, antiquaire de son état en 1887 sans toutefois en révéler son emplacement exact et qui demeure jusqu’à aujourd’hui inconnu. Ce sanctuaire aurait été sauvé par les adorateurs de Mithra qui auraient scellé la grotte dans lequel il se trouvait. Certaines sources indiquent que cette cavité se trouverait dans les fondations de l’Archevêché Grec-Catholique de la localité.

Edmond Durighello aurait cependant emporté un groupe de statues en marbre datées de 389 après Jésus-Christ. Amenées à Paris en 1892, ces sculptures désormais appelées « collection Péretié » feront d’abord partie des collections du Comte Louis de Boisgelin avant d’être transmises par donation au Musée du Louvre en 1967.

On trouvera ainsi un Génie mithriaque porteur de torche , Hécateion, déesse d’Asie mineure associée à Mithra en raison de son omnipotence sur le monde souterrain, ainsi que Mithra lui même sacrifiant un taureau, dont le sacrifice serait à l’origine de la vie, le sang de l’animal fertilisant la terre.

Mithra, dieu iranien est à l’origine d’un culte monothéiste antérieur au Christianisme qui se serait propagé dans l’Empire Romain en ayant la faveur des soldats romains. Son culte connaitra son apogée au IIIème siècle avant de faire l’objet de persécutions vers le IVème siècle après Jésus-Christ, ce qui correspond quelque peu aux dates du groupe statuaire se trouvant à Saïda, en raison de la concurrence que cette religion causait au Christianisme, plus populaire. L’Empereur Théodose publiera en 391 un décret ordonnant la destruction systématique des sanctuaires.

Culte à mystère, les fidèles devaient subir une initiation pour être acceptés et portaient des grades précis. Les femmes étaient, elles, exclues des Mystères de Mithra. De nombreux points communs avec le Christianisme sont à noter, dont un banquet rituel composé d’eau et de pain, similaire donc à l’Eucharistie.

Les sanctuaires étaient généralement installés à l’intérieur de grottes naturelles ou dans des temples construits sous forme de grotte. Cela faisait allusion à la naissance de Mithra lui-même, né d’une roche selon les légendes.

Un trésor des sous-sols du Musée National: la tombe de Tyr

Avec l’inauguration des sous-sols du Musée National, outre la fameuse collection Ford des sarcophages anthropoïdes sur laquelle nous reviendrons prochainement, un autre trésor national est à découvrir, celui de la fameuse tombe de Borj el Chémali, localité située à 3 km environ de Tyr au Sud Liban.

La région était déjà connue pour abriter de nombreuses nécropoles. Cette tombe exceptionnelle sera découverte par hasard en 1937 avant de faire l’objet de véritables fouilles par l’archéologue Maurice Dunand. Rapidement, la décision de déposer les fresques avec leur support d’enduit s’imposera d’elle-même pour être reconstituée: le projet de la Tombe de Tyr au Musée National de Beyrouth venait alors de naître. Un projet à l’époque tout aussi unique que la découverte elle-même.

La tombe de Tyr, crédit photo: François el Bacha, tous droits réservés.

La tombe de Tyr, crédit photo: François el Bacha, tous droits réservés.

Utilisée au cours du IIème siècle après Jésus-Christ, cette tombe est composée de fresques dont le thème est tiré de la Mythologie Grecque dont l’enlèvement de Proserpine par Pluton avec son attelage de quatre chevaux. On remarquera dans ce dessin aussi Hermès. Ces scènes préfigurent l’élévation de l’âme dans l’au-delà et son accompagnement par des divinités dont des sirènes musiciennes. Une autre scène concerne Alceste ramené du monde des morts au monde des vivants par Héraclès, préfigurant la croyance d’une vie après la mort. Une autre peinture murale rappelle l’humilité que toute personne doit adopter au cours de son existence, avec le supplice de Tantale, condamné par les dieux à vivre dans un monde riche et prospère mais dont il ne peut en profiter, pour avoir sacrifié son enfant à ces divinités.

Cet ensemble intéressant à découvrir a été endommagé durant la guerre civile par la remontée des eaux. Il sera restauré en coopération avec les autorités italiennes. Il est de nouveau accessible au public.

Il y a dix ans : Le désarmement du Hezbollah, un défi pour le Liban

Au lendemain du conflit de juillet à septembre 2006, beaucoup voyaient le Hezbollah comme affaibli. Les 10 années qui se sont depuis écoulées, ont démontrée que le mouvement chiite s’en est plutôt sorti renforcé.

Retour sur une analyse en date de septembre 2006 publiée sur Libnanews.com. 


Après que le conflit actuel se soit terminé, il est nécessaire de faire un nouvel inventaire de la situation, de voir quels sont les nouveaux défis que va traverser le Liban et comment répondre justement à ces défis.

Le 1er constat est que le Hezbollah est comme on pouvait s’y attendre le grand gagnant de la situation post conflit.

Il était prévisible depuis le début du conflit que le Hezbollah ne pouvait être défait militairement. On ne peut défaire une milice qui jouit du soutien populaire d’une large partie de sa population. Pour rappel, le Hezbollah a représenté l’année dernière 15.8 % des suffrages lors des élections législatives de 2005, et il est le 1er parti politique de la 1ère minorité libanaise, la population chiite (soit un peu plus de 30% de la population libanaise)

Politiquement tout d’abord, le Hezbollah devient le parti de référence sur lequel les autres partis politiques libanais sont quasiment obligés de s’aligner. On a déjà bien vu le 1er ministre Saniora, durant le conflit, faire l’apologie du parti chiite, lui qui pourtant est pro-américain et dont la famille politique est proche de la France.

La proposition de reconstruction des domiciles détruits par le conflit actuel de la part du Hezbollah va encore une fois renforcer le soutien populaire de cette population à cette organisation.

Militairement, l’armée israélienne, au bout de 31 jours de conflit, a du aligner plus de 30 000 soldats pour faire face officiellement aux 2 000 hommes mobilisés par le Hezbollah. Au dernier jour du conflit encore plus de 250 roquettes de type Katioucha ont été tirées sur le nord d’Israël, rappelant à l’Etat hébreu que ses structures militaires sont quasiment intactes.

Le début du retrait israélien, commencé bien avant le déploiement de l’armée libanaise et de la force multinationale, laisse à penser que Tsahal a failli dans sa mission de prises de positions stratégiques au Sud Liban. Pire encore, les fortes pertes militaires israéliennes face à une milice démontrent l’incapacité d’une armée de type traditionnel à traiter le problème que pose une guérilla soutenue par la population locale à l’image de ce qui se passe en Irak.

Il faut ici rappeler que, d’après des estimations faites par des services de renseignement occidentaux, le Hezbollah compterait 600 miliciens à temps plein, 2000 miliciens mobilisables à tout moment et de 60 000 à 90 000 personnes mobilisables qui ont plus ou moins subi dans le passé un entrainement militaire.

Cependant, la nouvelle résolution 1701 demande le retrait du Hezbollah au-delà du fleuve Litani dans un 1er temps et rappelle la mise en application de la résolution 1559 qui précise que les milices encore existantes au Liban doivent être désarmées.

Sur un plan interne encore, malgré que la stratégie militaire israélienne visait toutes les régions qu’elles soient chrétiennes, musulmanes, une union nationale dans le malheur s’est créée, la solidarité inter-communautaire a prouvé que la notion même de peuple libanais existe.

Cette vision de la situation volontairement simplifiée démontre aujourd’hui toutes les difficultés que va traverser le Liban et l’on voit bien justement le défi futur pour désarmer le Hezbollah, le principal défi étant de ne pas tomber dans le piège qui consisterait à nous pousser vers une nouvelle guerre civile.

A court terme, le désarmement du Hezbollah ne peut se faire qu’avec l’accord politique de celui-ci. Il semble que le principe de celui-ci ne peut être acquis, spécialement depuis les déclarations de la ministre des affaires étrangères israélienne, Livni pour ne pas la nommer, posant une nouvelle condition bien après le vote de la résolution 1701, acceptant non plus le désarmement du Hezbollah mais demandant tout simplement son démantèlement.

Il s’agissait me semble-t-il de retrancher le Hezbollah dans le déni de cette résolution qui était auparavant acceptée par celui-ci et ainsi augmenter les difficultés auxquelles fait face le gouvernement libanais.

Si le désarmement se fait par la force, tout d’abord les résultats ne sont pas surs, Tsahal a bien compris qu’une offensive terrestre sur le Liban lui coûterait cher en terme de vies humaines. Les projections des pertes israéliennes, d’après certains analystes militaires, auraient été de 400 hommes rien que pour occuper le sud Liban. Aucune armée qu’elle soit libanaise ou internationale n’a la puissance de l’armée israélienne dans la région. Elles n’auront donc pas la capacité à agir pour désarmer le Hezbollah, peut-être du moins à pouvoir contrôler leur théâtre d’opération.

De même, il n’est pas souhaitable que l’armée libanaise use de la force contre une partie de la population libanaise. Les risques de plonger le pays dans une guerre civile serait trop grand. L’armée Libanaise ne peut agir que pour prévenir une guerre civile et non pas comme élément déclencheur d’une guerre civile.

La solution pour désarmer le Hezbollah ne peut-être que dans un moyen ou long terme.

On peut, je pense obtenir le retrait des hommes du Hezbollah au-delà du Litani comme spécifié par la résolution 1701, on se doit de remettre en branle le processus politique de dialogue pour diminuer les tensions communautaires qui pourraient resurgir.

L’Etat libanais dont les finances sont déjà mal en point se doit de prouver aux populations touchées par le conflit qu’il existe une alternative au Hezbollah.

Les services sociaux de l’état doivent entrer en concurrence avec ceux du Hezbollah.

L’armée libanaise doit pouvoir défendre la mère patrie aux yeux de la population chiite.

On aura donc bien compris, que cela prendra du temps, mais il faut pour désarmer le Hezbollah prouver que l’Etat peut exister. Il faut vendre aux populations du Sud Liban, la notion d’Etat de droit, d’Etat-justice, d’Etat-protecteur.

Aux yeux de ces populations, l’Etat les a abandonnés depuis la fin des années 60, depuis les accords du Caire, depuis la création du Fatah land, puis ensuite l’occupation israélienne du sud Liban. Le Hezbollah s’est en fait substitué à l’Etat libanais parce que l’Etat libanais a cessé d’exister. L’existence du Hezbollah est avant tout, on l’aura compris le symptôme de la démission de l’Etat des années durant. On ne peut pas demander au Hezbollah de se désarmer sans répondre aux attentes des populations abandonnées par l’Etat depuis temps d’années.

Il faut obliger le Hezbollah de se retrancher comme un parti purement politique et non plus militaire et seul le fait de rogner l’appui populaire dont il jouit peut y arriver.

Cela a déjà certes mal commencé, comme je l’ai déjà dis plus haut, le Hezbollah se propose de reconstruire les domiciles détruits, d’offrir les meubles de ces maisons et en attendant de donner 1 an de loyer.

A défaut d’accord politique pour parvenir au désarmement du Hezbollah, il faut donc désormais adopter une politique, dans un 1er temps, qui diminue les risques de partition civile et la guerre qui en découlerait et dans un deuxième temps construire une politique dont l’objectif serait au moyen voir au long terme pour renforcer l’Etat libanais et obtenir la remise des armes d’une manière pacifique.

On aura donc compris qu’il faut construire l’Etat pour désarmer le Hezbollah.

Malheureusement, cette crise nous a largement prouvé que les hommes politiques libanais manquent d’une vision au long terme. Accepter le Hezbollah l’année dernière au sein du gouvernement a permis aux israéliens d’avoir une excuse pour tous nous attaquer. Cela était prévisible. Il semble que déjà l’union nationale de la crise s’effrite aujourd’hui et malheureusement leur vision généralement à court terme et orientée vers leur intérêt privé ne leur permet pas justement de promouvoir une politique au long terme.