3 milliards mais quoi?

La France est déjà présente au Liban, notamment par son contingent déployé au sein de la FINUL au Sud Liban

La France est déjà présente au Liban, notamment par son contingent déployé au sein de la FINUL au Sud Liban

Le président de la république libanaise Michel Sleiman a annoncé hier soir, à l’issue des cérémonies de funérailles des victimes de l’attentat qui a endeuillé le Liban la semaine dernière, le don de 3 milliards de dollars de l’Arabie Saoudite pour équiper l’armée libanaise. La France met fort de mettre en avant sa coopération historique avec le Pays des Cèdres. Selon le contrat ainsi négocié et cela pour peut-être éviter les traditionnels bakchichs aux politiciens libanais, l’Arabie Saoudite versa directement cette somme à la France qui livrera en retour le matériel commandé.

A cette somme, il est judicieux de rappeler que le gouvernement Mikati aujourd’hui démissionnaire avait fait part de son intention de commander pour 5 milliards de dollars d’équipements militaires au cours des prochaines années et qu’au début de l’année prochaine, une conférence internationale sera organisée pour décider également d’accorder une aide supplémentaire de 1,6 milliards de dollars à cette même institution militaire. Ces 2 derniers facteurs sont pour le moment théoriques alors que l’aide saoudienne serait concrète et quasi immédiate.

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Hélicoptère d’attaque Gazelle de l’Armée Libanaise. Cet hélicoptère d’attaque est dépourvu des missiles antichars Hot. Crédit Photo: François el Bacha. Tous droits réservés.

Ce nouveau développement était prévisible et explique notamment le nouvel alignement de l’institution présidentielle qui était notamment venue au secours du royaume saoudien alors que le mouvement chiite Hezbollah l’avait accusé d’être à l’origine des attentats qui ont visé la banlieue Sud de la capitale libanaise. La Présidence de la République avait alors dénoncé ces attaques verbales dans un communiqué de presse.

Ce don induit également de nombreuses interrogations quant au fond et à la forme qu’il prendra, les précédentes offres d’aides à l’institution militaire ont été ou vite oubliée comme les missiles antichars Hot devant équiper les Gazelles et jamais livrées ou encore les Mig 29 offerts par la Russie rapidement refusés sous la contrainte de l’état hébreu. Cette aide militaire russe s’était alors transformée en proposition d’équipement en hélicoptère d’attaque d’origines russe et finalement elle ne se sera également jamais concrétisée.

Une aide en raison de la lutte d’influence entre Iran et Arabie Saoudite?

Dans un contexte de lutte d’influence entre l’Arabie Saoudite et l’Iran et leurs proxys libanais respectifs, à savoir entre le Courant du Futur décrit désormais comme parti sunnite modéré et désormais également les différents groupes plus extrémistes qui agissent notamment dans le conflit syrien et le mouvement chiite Hezbollah également impliqué dans ce conflit, la présidence libanaise prend le risque de se voir accuser de parti pris. La concrétisation de cette aide semble donc être sujette à des difficultés internes, le calcul saoudien étant qu’un renforcement de l’armée libanaise pourrait faciliter un désarmement du Hezbollah et donc permettre au Royaume de regagner une certaine influence régionale. Cependant, c’est un pari risqué, qui ne peut se faire sans une première étape d’une offre de garantie sécuritaire de la part de l’état vis-à-vis des menaces actuelles et notamment les menaces israéliennes contre la population chiite du Sud Liban constituant le principal soutien du parti chiite. Et ce calcul ne manquera pas une nouvelle fois de faire l’objet d’un véto israélien comme nous le verrons.

Autre point concernant l’aide elle même et les difficultés à laquelle elle ne manquera pas de faire face, pourront-elles êtres surmontées alors que le mandant de la présidence s’achèvera en mai prochain? Rien n’est moins certain, d’autant plus que cette aide militaire ne pourrait pas être sans contrepartie d’ordre politique en faveur des alliés libanais de l’Arabie Saoudite et donc aggravant plus encore le conflit communautaire entre chiites soutenus par l’Iran et sunnites soutenus par le royaume Saoudien et donc réduisant l’impact d’une armée garante forte et équidistante vis à vis de tous à un rôle de partis pris.

La deuxième interrogation concerne le matériel militaire qui pourrait être offert et  les besoins de l’armée libanaise sont très diversifiés.

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Verra-t-on le retour du Char Leclerc au Liban, la France ayant déjà fait part de vouloir vendre certains de ses exemplaires en occasion à la Colombie et au Qatar.
Crédit Photo: François el Bacha. Tous droits réservés.

L’armée libanaise est techniquement faible comme le souligne bien la presse internationale aujourd’hui. Le rôle qui lui a été dévolu depuis la fin de la guerre civile s’apparente plus à celui d’une super police locale qu’à une force pouvant faire face aux menaces extérieures principalement incarnées par un contexte régional difficile, conflit israélo-palestinien ou conflit israélo-arabe avec la présence des fameux camps palestiniens qui échappent à la souveraineté de l’état libanais ou aujourd’hui désormais la guerre civile syrienne. Nahr Bared en 2007 et les derniers évènements à Tripoli encore une fois au Nord Liban ont démontré les grandes difficultés de l’armée libanaise à intervenir dans un environnement urbain dense. Des équipement de guerre urbaine sont donc d’abord nécessaire afin que l’institution militaire puisse poursuivre cette mission de sécurité locale

Le contrôle des frontières libanaises que cela soit avec la Syrie ou Israël induit également des besoins différents, l’armée de l’air est totalement dépourvue aujourd’hui de capacité  défensive,  l’espace aérien libanais étant sujet aux nombreuses violations israéliennes quasi quotidiennes.Le Liban, dans le domaine devrait donc aussi bien considérés les systèmes de défense au Sol, missiles anti-aériens en premier puis élargir ses demandes pour des avions de combats nécessaires pour reconquérir son espace aérien.

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Le BPC Dixmude à l’occasion de manoeuvres franco-libanaises au large des côtes de Jounieh. Crédit Photo: François el Bacha. Tous droits réservés.

Enfin l’exploitation à venir de ressources pétrolières et gazières dans l’espace économique maritime induit le développement d’une force maritime aujourd’hui quasi à l’état embryonnaire. Ce volet sera bien entendu sujet au véto israélien qui avait déjà effectué un forcing diplomatique envers Moscou lors de l’affaire des Mig 29. Tel Aviv estime en effet que tout armement moderne accordé au Liban pourrait tomber entre de mauvaises mains, agitant notamment assez souvent les menaces d’attaquer l’armée libanaise en cas de conflit en raison de ses liens avec le mouvement chiite et cela en dépit des inventaires pourtant bien tenus de l’armée libanaise.

L’offre d’aide à l’armée libanaise est peut-être salutaire sur la forme parce que le Liban n’a tout simplement pas les moyens financier de faire face aux différents défis qui s’annoncent à lui dans un environnement marqué par les différents conflits régionaux, conflit israélo-arabe avec la présence palestinienne jamais résolu depuis 1948, aujourd’hui conflit irano-saoudien qui est communautaire entre chiites et sunnites et qui s’est concrétisé en Syrie et qui risque de déborder au Liban, etc… mais sur le fond, cette aide pose problème à plusieurs titres. Encouragerait-elle une sédition supplémentaire au sein des différentes communautés? Fera-t-elle l’objet d’un véto sur un certain nombre d’équipements pourtant nécessaires de la part de la communauté internationale, et enfin quels seront les équipements disponibles à l’Armée Libanaise?

Mais toujours est-il qu’il faudra donc attendre à en connaître les dessous, tant politiques que militaires  pour savoir si réellement cette aide sera bénéficiaire ou pas au pays des cèdres.

Copyright François el Bacha. Tous droits réservés.

Interrogations légitimes

12314_10150183604435705_807175704_12015367_3733016_nBeaucoup d’interrogations sur cet attentat qu’a connu le Liban aujourd’hui qui a vécu l’une des pages noires de son Histoire, ce n’est ni la première et malheureusement on peut craindre que cela ne sera pas la dernière. Une bombe de 30 kilogrammes a en effet explosée à Minet el Hosn, en pleine capitale du Liban, tuant 5 personnes selon le premier bilan officiel dont l’ancien ministre des finances Mohammed Chatah.

Certaines vérités sont aussi difficiles à entendre ou à constater. Ainsi, la première interrogation qui survient concerne le mode opératoire. On a pu entendre à la télévision libanaise que la voiture, de marque Nissan, était garée sur les lieux de l’attentat depuis 2 jours. De là découlent des questions légitimes.

Comment se fait-il qu’une voiture puisse rester garée 2 jours sans éveiller un quelconque soupçon des services de sécurités officiels et privés (puisqu’on est dans l’espace Solidere et à proximité quasi-immédiate de certains ministères basés au Starco dont celui de la réforme administrative) et qu’il s’agisse par conséquence d’une zone surveillée, sécurisée.
Le timing des 2 jours amène également à s’interroger sur la cible réelle visée, les auteurs de l’attentat ont-il réellement visé l’ancien ministre des Finances Mohammed Chatah ou s’agit-il d’une cible « opportuniste » et dans un tel cas, les auteurs devaient rester à proximité pour actionner la bombe à distance respectable. N’auraient-ils pas ainsi dû une nouvelle fois éveiller les soupçons des personnes en charge de la surveillance des lieux ou a-t-on une responsabilité involontaire voir volontaire de ces personnes en charge de la sécurité.  Mais encore s’il s’agit d’un attentat « opportuniste », quelle est la visée réelle de ce dernier?

Enfin, cet attentat n’entre pas dans le cadre de ceux qui ont été commis au Liban dernièrement, visant des zones civiles, visant à instaurer la terreur au sein de la population. Il s’agit d’un attentat qui a eu lieu dans une zone plutôt constituée de bureaux. Le motus operandi est plutôt à rapprocher des attentats qui ont visé d’autres personnalités politiques libanaises. Mais encore, cela indique que plusieurs équipes terroristes œuvrent au Liban.

Il est également judicieux d’éviter les accusations et les conclusions hâtives qui se font au détriment de la recherche de la vérité par la Justice. N’oublions pas que par exemple, les derniers attentats visant la banlieue Sud de Beyrouth et la représentation diplomatique iranienne ont été commis par des groupuscules sunnites radicaux liés à Al Qaida, alors que rapidement et les autorités sécuritaires et le Hezbollah lui même désignaient l’Etat Hébreu comme auteur de ces attentats. La Justice mérite mieux que d’être tournée en dérision et doit être capable de trouver par elle-même les coupables au lieu d’être téléguidée, manipulée pour des raisons politiques. Elle doit être sereine.

Ce qui est toutefois certain aujourd’hui est que l’attentat commis dans un espace aussi sécurisé, au sein même du centre-ville est un déni cinglant et sanglant des affirmations des différents responsables sécuritaires libanais qui affirmaient encore à la veille des fêtes qu’en dépit des mesures strictes mises en œuvre à cet occasion, le risque d’attentat n’était pas plus important que d’habitude. Il faut alors croire que comme d’habitude, les risques sont plus élevés qu’on nous le dit toujours de manière officielle. Il s’agit là d’une réelle faillite sécuritaire dont les responsables politiques, quelque soit le camps auxquels ils appartiennent devraient à juste titre être comptables devant l’entière population mais serait-ce-t-il un jour le cas?

Update: Des sources sécuritaires réfutent l’information concernant le fait que la voiture était présente sur les lieux depuis 2 jours, indiquant à la télévision Al Jadeed qu’une voiture de type Honda rouge a réservé l’emplacement de la bombe à 8h du matin avant d’être replacée par une Honda CVR qui contenait l’engin explosif

30 kilos et 21 grammes

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L’explosion de la bombe de 30 kilos ayant couté la vie de l’ancien ministre des finances du gouvernement Saad Hariri, Mohammed Chatah, visible depuis Jounieh à 40 kilomètres des lieux de l’attentat.

30 kilos, ce serait la charge d’explosifs estimés pour la bombe qui a explosé aujourd’hui au centre-ville de Beyrouth, faisant une quinzaine de morts dont l’ancien ministre des finances et proche de Saad Hariri et de Fouad Saniora, Mohammed Chatah.

Cette bombe, qui a explosée en plein coeur de la capitale, à Minet el Hosn, juste à coté du Starco, hébergeant des services publics critiques comme le ministère de la réforme administrative et donc pourtant zone supposée très surveillée, a fait plus de dégâts qu’il n’en parait. Cette zone hyper sécurisée représente le socle de l’Etat Libanais lui même, qui est désormais ébranlé au plus profond de lui, une faillite non  pas financière, on en est déjà loin mais une faillite sécuritaire désormais concrète après l’impuissance de l’État à contrôler les incidents du Nord Liban, à Tripoli, jusqu’à Arsal à l’Est ou jusqu’au Sud à Saida. L’Etat est devenue victime consentante d’un viol collectif perpétré par ceux qui refusent l’existence même d’un Liban.

Le Liban est en deuil, une nouvelle fois, emtourbillonné dans la démence de conflits qui ne le concernent pas, après les différents attentats qu’on a connu, à commencer par l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri qui a sonné, non pas seulement la fin de l’occupation syrienne du Liban mais également la boite à Pandore sécuritaire avec les derniers attentats du fait d’éléments extrémistes visant l’ambassade iranienne de Beyrouth.

L’Histoire est un éternel recommencement au Liban. En 1975, la guerre civile aurait commencée par l’assassinat du député Oussama Saad selon certains et non par l’autobus palestinien traversant la banlieue d’Ein Remmenah. De même l’attentat visant la représentation diplomatique iranienne, un double attentat du fait de militants islamistes sunnites, n’est pas sans rappeler celui ayant visé l’ambassade américaine de Beyrouth dans les années 80, attentat impliquant un noyau qui deviendrait plus tard le Hezbollah, chiite lui.

Aujourd’hui, l’histoire est un cycle, les victimes d’hier sont les bourreaux de demain, les bourreaux d’hier, les victimes de demain. Les Libanais n’ont jamais appris à sortir du cercle infernal qui a entaché de sang leur Histoire et à ce propos, les 30 kilogrammes d’explosifs ont suffit à faire perdre à chaque personne les 21 grammes, qui, dit-on, représentent du poids de l’âme.

Li Beirut

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Crédit Photo: http://fairuzonline.com/

Une polémique est né dernièrement des déclarations du fils de Fairuz, célèbre chanteuse libanaise, dont les chansons ont traversé et ont fait pleurer de nombreuses personnes, on se souviendra notamment de celles – mélancoliques inspirées par les différents conflits que traverse le Moyen Orient, comme celles intitulées Jérusalem ou encore Li Beyrouth, nostalgique de la période précédant la guerre civile, dite âge d’or du Pays des Cèdres. Fairuz a toujours été une nationaliste arabe puis libanaise, sa prise de position – via les déclarations de son fils – ne fait que le rappeler d’une certaine manière.

Que Fairuz admire Nasrallah ou pas, puisqu’il s’agit des déclarations de son fils Ziad Rahbani, n’est pas la bonne question. Il faudrait rappeler à ce qui critiquent aujourd’hui Fairuz, que les plus grands ennemis ou les plus grands amis s’admirent toujours et se respectent ainsi.

La bipolarité de la classe politique libanaise et les insultes qui – souvent – ne volent pas très haut, démontrent en tout cas qu’elle manque justement de classe. Le fait de respecter, voir d’admirer quelqu’un, ne veut pas obligatoirement dire d’être totalement ou partiellement d’accord sur ses idées. Respecter une personne qu’on soit contre ou pour, signifier d’abord l’estimer et non décrédibiliser ses actes et amoindrir son importance, il s’agit d’une reconnaissance. Que serait- Alexandre le Grand, sans Darius III? Est ce qu’on se souviendrait aujourd’hui de Saladin le chevaleresque qui envoya des médecins soigner Richard Coeur de Lion?

Peut-être que la classe politique libanaise doit grandir un peu, quelque soit le désaccord, elle doit se respecter et peut-être à ce moment là, les tensions politiques, au lieu des pugilats habituels s’amoindriront au profit d’un dialogue sincère, ainsi Li Beyrouth pourra redevenir réalité et le Liban pourra enfin connaitre un nouvel âge d’or de prospérité, une fois le calme et la sécurité revenue.

La véritable victoire de Nelson Mandela

Nelson-Mandela’s-Top-Five-Contributions-to-HumanityBeaucoup font de Nelson Mandela un saint de la lutte non violente. Il faut cependant rappeler qu’il était passé par la case lutte armée contre la minorité blanche en Afrique du Sud. Il a même dirigé la branche militaire de l’ANC, appelée Umkhonto we Sizwe, en 1961. Mais c’est une fois arrêté et emprisonné qu’il a choisi l’option pacifique, ne voyant pas de solution militaire ou armée au conflit en place mais aussi parce qu`à la violence, seule la violence avait écho. En faire directement un saint est une erreur mais en faire un Homme qui a pris le temps de la réflexion et qui a changé d’avis, qui a choisi la Paix à la place de la Guerre a fait de lui un grand Homme et espérons que beaucoup des faiseurs de guerre au Liban prendront exemple sur lui, deviendront non plus des seigneurs de la guerre mais des faiseurs de Paix, non plus des polémistes comme malheureusement beaucoup de nos hommes politiciens le sont avec des larmes de crocodiles, s’absoudrant de leur pêchés, simplement malhonnêtement mais choisiront réellement la voix du dialogue. Certains rejettent aujourd’hui ce dialogue offert par leurs adversaires, parce qu’il ne sert à rien, soit-disant. Ce n’est jamais l’option véritable des hommes de paix.