Retour vers le passé

La rencontre entre le roi d'Arabie Saoudite et les présidents Libanais, Michel Sleiman et Syrien Bachar Assad - Crédit Photo: Dalati & Nohra
Le sommet tripartite libano-saudo-syrien rappelle à de nombres libanais les années noires de la tutelle et de l’occupation, à quelques différences près, comme le fait que ces réunions sont en territoire libanais et non à Damas ou à Ryad. On se croirait ainsi dans une 4ème dimension dans laquelle, le Pays des Cèdres possède une certaine importance d’ordre vital pour l’ordre régional.
Il faut bien se rappeler que l’occupation du Liban était double, avec d’un coté la présence de troupes syriennes sur le territoire même mais également la bénédiction des pays arabes comme en premier lieu l’Arabie Saoudite qui avait en 1989, légalisé cette présence au travers des Accords de Taëf et qui s’était achevée le 26 avril 2005, date que malheureusement beaucoup de gens ont déjà oublié, préférant fêter les nouvelles tutelles que se commémorer et s’amender pour les anciennes.
Ce sommet intervient alors que se profilent plusieurs menaces à l’encontre du Liban, certaines sources évoquant une possible inculpation de membres du Hezbollah, ( à noter qu’une chaine de télévision israélienne annonce la mise en inculpation d’un frère d’Imad Moughnieh, assassiné par le Mossad à Damas ) suivi d’une nouvelle guerre contre le Pays, civile ou régionale avec l’entrée des troupes israéliennes dans le jeu de nouvelles équations politiques à mettre en place. Bizarre donc, les morts ont toujours torts.
Ces mêmes personnes prennent alors en compte la fin du Ramadan et la publication des actes d’accusation pour « prédire » ainsi un conflit à venir. Après les guerres préventives, voila la divination préventive. Que voulez-vous, on innove tout le temps.
L’idée du sommet est là surtout pour éviter le conflit intérieur avec la présence des 2 grands parrains de la communauté chiite avec la Syrie et sunnite avec l’Arabie Saoudite. Cette présence confirme peut-être indirectement les résultats des premières mises en accusations du Tribunal International, mais encore, toute personne est et doit être préjugée innocente tant qu’elle n’est pas jugée. Toujours est-il que le fossé entre les 2 communautés ne fait que s’étendre au fur et à mesure que les dates fatidiques s’approchent … Ces visites peuvent également augurer d’une remise sous tutelle syro-saoudienne d’un Liban, pays en fin de compte raté parce que sa population reste divisée …
Pour faire une guerre, il faut être au moins deux, hors au Liban même, personne n’en a les moyens à part le Hezbollah et encore, on peut en douter, une guérilla ne peut « avancer » dans un terrain qu’elle ne contrôle pas comme toute guérilla, elle ne contrôle que le terrain qu’elle connait. Ce raisonnement, béaba de tout conclusion sur l’utilisation d’une guérilla démontre que l’hypothèse d’une guerre civile se doit donc d’être exclue et limitée à quelques débordements ici ou là. Si cette situation devait se produire, le seul risque de conflit réelle se trouve donc au niveau de la frontière Sud, mais encore, on peut douter que le mouvement chiite ouvre le bal des hostilités – ils en ont moins l’intérêt que Tel Aviv, alors que se profilent des pressions américaines pour la relance du processus de dialogue israélo-palestinien.
En effet, la même présence du triumvirat arabe pourrait intervenir pour empêcher toute agression israélienne contre le Liban, comme à chaque fois qu’une relance du Processus de Paix est en cours, les pays membres de la Ligue Arabe s’étant déclaré favorables à l’ouverture de pourparlers directs.
Cette relance d’un coté, des actes d’accusations du Tribunal International d’un autre coté, de la question du nucléaire iranien d’un autre coté, laissent penser à toutes ces crises qui s’accumulent comme un cumulonimbus dans le ciel libanais, alors que la population, elle, semble assez inconsciente des risques actuels, préférant s’éclater sur les Roofs et autres Skybar de la capitale Beyrouth, et rappelant ainsi étrangement l’ambiance festive qui régnait juste avant le conflit de Juillet 2006.
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