Précipice
Publié par frenchy | Classé dans Arabie Saoudite, Armée, Israël, Liban, Moyen-Orient, USA, guerre civile, justice, politique, religion, élection | Publié le 15-09-2009
Mots clefs :14 Mars, Courant du Futur, CPL, élection, Forces Libanaises, guerre civile, Harb, Hezbollah, Kataëb, Liban, Syrie, Walid Joumblatt
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Une route encore longue et semée d'embuches avant qu'un gouvernement ne puisse être formé, avec malheureusement une grande probabilité d'un conflit.
Les dernières difficultés et l’échec de Saad Hariri à constituer un gouvernement d’union nationale démontrent aujourd’hui qu’à l’issue des élections les équations politiques ont changé. Ce dernier a en effet tenté de rééditer la situation des élections de 2005 avec la mise à l’écart du CPL.
Il est vrai que de nombreuses choses ont changé depuis 2006 au niveau local et au niveau régional avec la crainte de nouveaux conflits entre sunnites et chiites mais également par les menaces israéliennes tant contre le Hezbollah ou l’Iran.
L’un des principaux freins aujourd’hui à la mise en place d’un gouvernement de la majorité actuelle a été exprimée par le député Walid Joumblatt qui exige la présence du Hezbollah au sein du nouveau gouvernement. Pour Walid Joumblatt, il s’agit aussi bien d’une reconnaissance de la réalité démographique, face à différents périls, aussi bien la réalité chiite libanaise mais également les menaces islamistes sunnites comme exprimés le 29 juillet dernier:
« La campagne électorale durant les élections de 2009 était basée sur le sectarisme. Les forces régionales, telles que Riyad, Damas, Téhéran, l’Egypte … sont intervenus dans l’affaire électorale et ont réveillé les sentiments sectaires, notamment entre les sunnites et les chiites au lieu d’aider à construire un pays où tous les Libanais vivent ensembles »
Propos qui reflètent en fait la différence entre d’un coté une majorité parlementaire qui était la coalition du 14 Mars, certes majoritaire au Parlement, mais aussi d’une réalité d’une majorité populaire (54% des votes se sont exprimés en faveur de l’opposition), en contradiction avec les résultats des élections législatives, mettant en cause, non seulement la loi électorale mais la triche effectuée via le déplacement d’électeurs sunnites du Akkar dans des régions comme Zahlé ou encore le quartier chrétien d’Ashrafieh.
Cependant Walid Joumblatt espérait séparer le Hezbollah du CPL du général Michel Aoun et ainsi de reconstituer un soit-disant gouvernement d’union nationale avec une alliance entre pseudo-indépendantistes et opportunistes réelles et la coalition Hezbollah-Amal, à l’image par exemple des communistes reconvertis capitalistes à l’issue du coup d’état contre Ceoucescou en Roumanie. Il a été mis en échec par la solidité d’un coté de cette alliance scellée par le Mémorandum d’Entente Commun signé le 6 février 2006 et la fragilité de sa propre coalition illustrée par la suspension de la participation de Parti Progressiste Socialiste d’un coté et les réserves exprimées par les Forces Libanaises et le Parti Kataëb de l’autre coté.
Walid Joumblatt, toujours lui, a également s’est également exprimé auprès de dignitaires druzes, estimant, pour le citer toujours “avec les chiites, on peut toujours s’entendre, avec les sunnites, c’est impossible”, confirmant indirectement les menaces qui pèsent sur les sunnites, une radicalisation de cette communauté, illustrés par les propos du Mufti du Mont Liban, Jouzou à l’encontre de la communauté maronite et au delà chrétienne:
“la communauté sunnite accepte d’accorder la Présidence à une personne appartenant à la communauté maronite mais refuse tout mandat maronite sur elle”
Ces propos indignes rappelleront que ceux que ce même religieux tenait durant la guerre civile, quand il appelait à égorger les chrétiens libanais.
Par ailleurs, le Mouvement du 14 Mars -dont la notice nécrologique a été annoncée par le Député Boutros Harb sur les ondes de la LBCI- a également éclaté avec la suspension de la participation du Parti Phalangiste, comme précédemment cité. Amine Gemayel a en effet retiré ses représentants de instances de ce mouvement.
On a donc désormais au Liban, 2 blocs parlementaires minoritaires, avec une légère avance à l’opposition via son nombre de députés, et des députés indépendants servant de balance dans un rapport de force et dont dépendra le prochain gouvernement. Ces indépendantistes annoncent, à l’image du CPL, également leur condition. On a pu voir ainsi Walid Joumblatt conditionner sa participation à celle du Hezbollah et à l’arrêt des privatisations.
Il est également intéressant de noter que l’ancien premier ministre désigné a présenté à la Présidence de la République, sa proposition aujourd’hui défunte de Gouvernement d’Union Nationale après la visite de l’ancien Ambassadeur US à l’ONU, Zalmay Khalilzad, réputé être proche des milieux néoconservateurs américains. Il est aussi intéressant de noter qu’à la suite de son annonce de son retrait, le premier ministre par intérim Fouad Saniora s’est rendu au Palais Présidentiel d’Eté après la visite de l’ambassadrice américaine au Liban Michèle Sisson, également nommée par George Bush, afin d’annoncer officiellement que la majorité renommera Saad Hariri au poste de premier ministre désigné lors des consultations à venir, faisant écho aux propos de Samir Geagea, dirigeant des Forces Libanaises le même jour, et faisant donc craindre un blocage définitif de la situation et la poursuite du bras de fer entre majorité et opposition.
Dans le genre “théorie du complot” dont les libanais sont très friands, certains prétendent en fait que l’échec de Saad Hariri à constituer un nouveau gouvernement n’est pas seulement du fait d’une opposition revendicatrice des postes des télécoms mais également d’un jeu israélo-américaine avec la complicité de l’Égypte, illustré par l’intérêt des Néoconservateurs poursuivant leur tâche auprès d’un Saad Hariri à l’air candide, cela malgré l’arrivée d’Obama à la Maison Blanche. Ces mêmes néoconservateurs lui préfèrent un Fouad Saniora ayant promis l’implantation palestinienne, illustrée notamment par le processus de reconstruction du camp de Nahr Bared, siège de combats entre Armée Libanaise et terroristes du Fatah al Islam. Une telle théorie pourrait être expliquée par l’attitude défensive de l’opposition dans ses revendications sur le nœud du ministère des télécoms, notamment après la tentative de démantèlement du réseau de communication militaire du Hezbollah par Marwan Hamadé, réseau nécessaire au mouvement chiite dans sa stratégie contre l’Armée Israélienne.
D’autres évoquent aussi des tensions, provoquées par le fameux rapport du journal allemand “Der Spiegel”, accusant le Hezbollah de l’assassinat de l’ancien premier ministre Rafic Hariri, rapport publié suite à un autre rapport du New York Times cette fois-ci mettant au cause l’ancien vice-président américain Dick Cheney dans la même histoire.
Par ailleurs, j’ai pu rencontré un proche conseiller d’un ancien ministre hier qui avouait qu’on peut désormais s’attendre à un conflit israélo-iranien qui aurait des répercussions sur le Liban. La proximité d’un tel conflit devrait pousser encore plus les libanais vers l’unité nationale et malheureusement ce n’est guère le cas et pour cause. Ces propos sont également relayé par des petites mains pouvant s’apparentées à celles de combattants, annonçant même qu’à partir du 5 octobre, rien n’ira plus tel un jeu de roulettes, avec comme ligne de mire ou le gros lot … ou le pire d’une guerre.
Il suffit de peu aujourd’hui, comme nous l’aurons tous compris, pour qu’un conflit ait lieu au Liban avec des provocations comme le tir de roquettes depuis le Sud Liban sur le Nord d’Israël, avec la concomitance aussi bien de calendriers locaux, comme l’implantation palestinienne que régionaux, conflit avec le Hezbollah et l’Iran, à placer non pas seulement dans un cadre du conflit israélo-arabe mais aussi entre sunnites et chiites, conflits ayant des dimensions régionales jamais vues depuis les guerres israélo-arabes, et dont la probabilité est malheureusement assez importante.
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