Archive for January, 2008

 

Un rapport décevant

Jan 31, 2008 in Citoyen

La dernière version du rapport Winograd publié par l’état hébreu est quelque peu décevant et cela à plus d’un titre, il s’agit d’un rapport sur les échecs de l’armée israélienne durant sa dernière offensive contre le Liban et la je reprendrais les propres paroles du ministre de l’économie Sami Haddad au cours d’une conférence ayant eu lieu en novembre 2006 au Grand Sérail, conférence à laquelle j’ai assisté, “il ne s’agissait pas d’un conflit ni d’une offensive, mais d’une véritable guerre contre le Liban” et contre le Liban dans son ensemble.

Aucun blog francophone libanais n’a pour le moment fort malheureusement abordé, juste peu de blogs anglophones comme BeirutSpring à ma connaissance mais ce rapport ne contient pas d’éléments nouveaux que l’on sache déjà, il y a eu une série d’erreurs stratégiques aux échelons politiques et militaires et il n’aborde pas comment les résoudre sauf par une nouvelle violence.

Cependant, comme je l’avais déjà souligné à l’époque du conflit, on ne désarme pas une guérilla armée par la force, la force ne sert à rien si ce n’est qu’à renforcer la popularité de cette guérilla et la suite des évènements m’a donné fort malheureusement raison avec le renforcement du rôle du Hezbollah au sein de la communauté chiite et l’effacement d’Amal par exemple qui ne sert plus que de boite à négociation. Que dire des autres partis, le Courant Chiite Libre ou l’Option Libanaise qui sont des mouvements élitistes sans aucun impact populaire.

Le rapport est unilatéral, on ne dénonce pas le fait que la majorité des bombardements ou même la violence était unilatérale, on ne dénonce pas les véritables crimes de guerre commis par Tsahal, 1200 morts dont 30% d’enfants, on ne fait pas donc d’examen de conscience par rapport à ces erreurs de stratégie d’un peuple qui pourtant aurait du apprendre de son passé un devoir de mémoire. On ne dénonce pas les erreurs de stratégie politique qui ont conduit au renforcement du Hezbollah au sein de la politique libanaise, on parle simplement du fait que le premier ministre Olmert et son comparse de l’époque ont agi de bonne fois.

On ne dénonce que les morts coté israéliens dont ces fameux 33 décès dont celui du fils de l’écrivain David Grossman le vendredi ou avait été adopté la résolution 1701.

On ne place pas ces erreurs dans le véritable contexte, celui d’une violence extrémiste qui exporte cette violence chez les autres, ainsi le Liban est sévèrement en crise depuis l’arrivée des réfugiés palestiniens en 1948, ainsi on ne voit pas que cette violence a amené à la création d’un Fatahland dans les années 70 et qui ont amené à l’occupation israélienne de 78 à 2000, on ne met pas en évidence que cette occupation a amené à la création du Hezbollah dans les années 80 et à son renforcement dans les années 90 et 2000.

En cela, c’est rapport décevant à plus d’un titre et comme le dénonce aussi bien Amnesty International, les israéliens ont raté une nouvelle occasion d’aborder les politiques et les décisions à l’origine des graves violations du droit international humanitaire - y compris des crimes de guerre - commises par les forces israéliennes avant de rappeler:

“La tuerie aveugle d’un grand nombre de civils libanais ne participant pas directement aux hostilités et la destruction aveugle et délibéré de propriétés et d’infrastructures civiles sur une grande échelle ont eu pas plus été examinées par la commission”

J’oubliais, ce genre de rapport est la pour se donner bonne conscience par rapport à l’innacceptable.

Al Qaida et les Hariri

Jan 30, 2008 in Citoyen

Un article du Monde Diplomatique revient sur les liens entre Al Qaida et la famille Hariri

L’article n’est pour l’heure pas complet sur le site du Monde Diplomatique mais je cite quelques extraits assez interessant notamment parce que la journaliste, Fidaa Itani a interviewé un responsable des SR de l’armée libanaise, un certain Georges Khoury:

Plusieurs rencontres ont préparé le terrain de cette migration (au Liban) non seulement avec des salafistes locaux mais aussi avec des députés du courant du futur de Saad Hariri qui s’inquiétait de l’influence du Hezbollah. (…) Ce dernier a exprimé sa crainte de voir le Hezbollah chiite s’en prendre aux sunnites.

(…) Le courant du futur s’emploie à enrôler des combattants sous couvert de sociétés de protections. (…) il aurait pu embrigader 2400 miliciens et envisage d’enrôler 14 000 pour le seul Nord Liban.

Les combats de Nahr Bared ont conduit une partie de l’élite sunnite libanaise à estimer que le prix à payer pour une alliance avec Al Qaida est trop élevé”

(…)

Les membres locaux d’Al Qaida profitent de la nécessité urgente pour le courant du futur de former une milice, lui permettant de contrebalancer le Hezbollah. Conscient des risques que comporte le fait de traiter avec des groupes fondamentalistes, le courant du futur opte néanmoins pour cette stratégie dans sa lutte contre le Hezbollah, la Syrie et l’Iran. Al Qaida de son coté faisant preuve de pragmatisme exploite l’occasion pour obtenir l’agent qui lui permet de recruter des dizaines de combattants supplémentaires, d’organiser des sessions d’entrainements dans le camps d’Ein Helwé et d’élaborer des plans d’attaques contre les forces de la Finul ainsi que les missions d’espionnages des ambassades des pays occidentaux et du Golfe, à Beyrouth et dans ses environs.

La Syrie préfère fermer les yeux sur ces activités laissant ses adversaires du Courant du Futur aux djihadistes se fourvoyer dans leur choix. En, revanche, elle resserrera l’étau chez elle et se débarassera de bon nombre de ces militants qui choisiront de se réfugier au Liban.

Durant le premier semestre 2007, une 20ène de groupes plus ou moins liés à Al Qaida s’activent: visites de cadres, entrées de combattants, départs de groupes vers l’Europe (…) Al Qaida tisse ainsi en collaboration avec le Fatah al Islam un vaste réseau qui ne sera démentelé lors des affrontements de Nahr Bared.

(…)

Un mois et demi après le début des combats, M. Saad Ben Laden m’avait déclaré:

“Crois tu que nous ne soyons que 500 combattants encerclés à Nahr al Bared?”

D’ailleurs les assassinats de personnalités politiques, les attentats à Beyrouth et contre les Forces de la FINUL imputés par l’armée au Fatah al Islam dans sa conférence de presse du 4 septembre, ainsi que des informations recueillis par les services de renseignements après l’arrestation de plus de 200 membres de la mouvance salafiste et djihadistes confirment l’importance de ce groupe lié à Al Qaida.

Dans ce même article, on apprend que le fameux Chahine, le saoudien arrêté à Ashrafieh et entré par l’aéroport de Beyrouth serait en fait un fils de Ben Laden (le fameux Saad Ben Laden à ne pas confondre avec Saad Hariri) et à l’époque on avait mis en doute l’intégrité des services de sécurité de l’aéroport justement et leur lien avec des personnalités du gouvernement.

On en apprend des belles mais surtout des pas mures dans cet article à se procurer.

La connerie inhumaine

Jan 28, 2008 in Citoyen

La connerie inhumaine de certains a recommencé hier, avec d’un coté les dérapages de manifestants pas si pacifiques, et de l’autre coté la réapparition d’une milice de quartier, comme au bon vieux que certains regrettent, 1975, le retour non pas avec le nom d’un quelconque bar de mauvais gout, mais le retour des vieux démons. Coincé au milieu, un armée qui tente de faire le mieux pour le mieux et éviter le maximum de dégâts et surtout le conflit civil.

On savait déjà que d’un coté des armes existaient, mais pour faire une guerre, faut être deux. Le fait nouveau, désormais, effectivement y en a deux maintenant avec la mise en place de cette milice de quartier de l’autre coté. Les échanges de snipers voir de RPG sont la pour démontrer qu’après la guerre de 1975 à 1990, les schémas d’un conflit à venir sont à nouveaux en place. La connerie humaine, c’est de ne pas avoir su apprendre de nos erreurs, d’avoir laissé certains à se constituer comme une milice de quartier d’un coté et de l’autre coté, à ne pas avoir su mettre en place une atmosphère adéquate menant au désarmement. Il y en a 2 maintenant, un mélange explosif au sens propre, la moindre étincelle et le pire arrive.

La guerre civile ? Mais a-t-elle réellement cessé? Peut-être que l’occupation syrienne du Liban n’était qu’une anesthésie locale et sa fin a libéré les vieux démons au sens propre des geôles et au sens figuré avec les déclarations de plus en plus belliqueuse d’une classe politique qui n’a rien de bien politiquement correct.

Ce qui exacerbe cette vision des choses, c’est que les lieux des émeutes sont les mêmes que celle de la ligne de démarcation de du conflit civil, rappelez vous, la fameuse ligne verte de Beyrouth? On revient simplement en arrière d’une quinzaine d’année, les blessures s’ouvrent à nouveau, le sang a coulé, le pire peut arriver.

Pourquoi encore plus s’étendre sur le sujet? Mieux vaut à la fin tourner la page de ce Liban qu’on a rêvé pour tous s’exiler.

Putain d’attentat

Jan 25, 2008 in Citoyen

10 h, Boum, un attentat et comme d’habitude, on se demande qui est la victime et pourquoi.

Qui, un convoi des Services de Renseignements des FSI, et une victime dont on parle, le capitaine Wissam Eid, déjà blessé à Nahr Bared au Nord Liban lors des combats entre armée libanaise et Fatah al Islam. Un homme du Sérail des renseignements, impliqué notamment dans certaines parties à ce qu’il parait de l’enquête Hariri et dans l’écoute électronique du Fatah al Islam.

Le lieu? On commence à s’y habituer, Furn el Chebbak, “banlieue chrétienne de Beyrouth”, As usual, avec un triangle de la mort pour responsables, entre Antoine Ghanem à Sin el Fil, François Hajj à Baabda et aujourd’hui Wissam Eid, un endroit propice semble-t-il à la fuite rapide et on remarquera qu’à un certain moment, des hommes en uniforme de secouristes auraient été arrêtés sans plus de nouvelles.

Un nota béné ici, quand François Hajj a été tué, une information tue par la presse, 2 FSI ont été retrouvés tués d’une balle dans la tête à Baabda 2 semaines après. L’enquête s’était alors tourné vers les milieux islamistes du Quartier de Taamir à Saida ou se trouve des organisations comme Osbat el Aansar, Jund el Cham qui s’est ressuscité qui ont été à un moment financé par la soeur de l’ancien premier ministre décédé.

Maintenant, pourquoi je reste perplexe l’argumentation d’un lien entre cet attentat et l’assassinat de Rafic Hariri:

Selon le blog Beirut Spring, le capitaine Wissam était en charge du renseignement électronique et quand Rafic Hariri a été tué, ce sont les compagnies elle-mêmes qui ont remis des enregistrements de conversations et les services de renseignements étrangers, notamment via un centre d’écoute situé à Chypre. La commission d’enquête internationale constituée par Detlev Mehlis avait à l’époque mis en place une base de donnée de regroupement des conversations et c’est comme ca qu’on a eu la fameuse conversation entre Monsieur X qui était informé de l’attentat avant qu’il n’ait lieu. Cette base de donnée aujourd’hui encore reste dans les mains de la commission internationale.

A noter ici que les vendeurs des numéros et des cellulaires impliqués dans l’attentat Hariri sont originaires de Tripoli.

Cependant, ce n’est que depuis un an à peu près que les autorités libanaises ont mis en place un système de surveillance propre notamment avec l’achat par le ministère des Telecoms de matériels étrangers confiés à l’armée libanaise. Ce n’est donc que depuis un an à peut près que ce matériel peut être utilisé par les autorités libanaises, il y a déjà un problème de Timing dans cette théorie.

La deuxième chose c’est que durant les opérations de l’armée libanaise contre le groupuscule du Fatah al Islam à Nahr Bared au Nord Liban, des renseignements d’importance sur l’organisation ont été confisqués sur un support informatique. Ces renseignements avaient à l’époque permis à l’armée libanaise de mettre en garde le premier ministre Fouad Saniora de tentatives d’assassinats et mis au jour un lien, toujours selon les renseignements de l’armée libanaise entre le groupuscule Fatah al Islam et Al Qaida réfutant indirectement à l’époque les déclarations du ministre de l’intérieur accusant les SR syriens d’agir sous couvert de cette organisation. Est ce que ce capitaine était impliqué dans l’examen de ces documents peut être, est ce qu’il a découvert quelques chose dans ce cas surement, on n’élimine pas quelqu’un gratuitement comme François Hajj qui dirigeant les unités de l’armée à Nahr Bared devait être également tenu au courant.

Quelques constants doivent se faire. Des éléments reviennent assez souvent, islamistes, Tripoli, Saida, donc des milieux islamiques fondamentalistes et même si la Syrie a peut être passé un gentlemen aggreement avec ceux ci pour éliminer Rafic Hariri, aujourd’hui, le jeu est différent. Aujourd’hui, le jeu est à la déstabilisation du Liban, les évènements actuels ne servent à aucun des protagonistes en place dans les équations actuelles sauf à ceux qui agissent dans l’ombre et ma petite idée me fait penser à la filiale locale d’Al Qaida international, dont l’objectif est de provoquer plus de tensions interconfessionnelles internes, plus de tensions extérieures pour ouvrir de nouveaux fronts, élargir le front irakien avec la Méditerranée.

Ceci reste bien sur des suppositions et faute de résultats et d’arrestation (et la l’équipe actuelle est vraiment incompétente pour ne pas avoir pu arrêter ce qu’il se passe) on ne peut rien dire.

Avant donc de désigner un tel ou un tel, attendons les résultats … ah oui, justement des résultats, y en a jamais.

La mémoire de l’eau

Jan 24, 2008 in Citoyen

En 1954, un émissaire américain avait négocié un accord sur le partage de l’eau entre la Jordanie, la Syrie, le Liban et Israël allouant des quotas d’exploitation notamment des fleuves qui parcourent respectivement ces états. L’eau des fleuves intra-étatiques elle restait exclusivement du ressort de l’état en question.

Cela concernait pour le Liban notamment l’Oronte et le Wazzani mais excluait de facto le Litani. Les états arabes n’ont jamais signé cet accord y voyant la reconnaissance d’Israël mais de facto toujours respectaient ces quotas.

Dans les années 60, l’office du Litani, dirigé à l’époque par Maurice Gemayel, le frère du fondateur du mouvement Kataeb, Pierre Gemayel, avait mis en place une série de projets sur le fleuve du même nom et le fameux barrage de Qaraoun au Liban n’était que la première phase d’un projet plus ambitieux. Les autorités israéliennes ont alors menacé de bombardement les autres ouvrages dont certains, ironie de l’histoire, devaient être construits sous la supervision de sociétés américaines.

J’invoque ici ce sujet pour démontrer que bien avant l’existance de l’OLP du Liban dans les années 70 ou du Hezbollah dans les années 80, Israël avait certaines prétentions sur des ressources libanaises. De facto, pendant la période d’occupation israélienne du Liban, des pompes ont exploité les ressources hydrauliques libanaises.

Quand a été lancé la phase de négociation libano-israélien du processus de Madrid, je me souviens de discussions en 1996 auxquelles j’avais assisté lors d’une réception en présence notamment du négociateur libanais de l’époque qui était à notre table. Il nous faisait ainsi part de sa pensée selon laquelle le principal refus des autorités israéliennes à aborder à l’époque la phase du processus de paix était principalement motivé par la question de l’eau, futur or de cette région.

Aujourd’hui pourquoi revenir sur cette question? La présence armée ou non de certains n’est pas la question première qu’il faut aborder dans les relations israélo-libanaises ou libano-étrangères, mais l’unes des questions. Je me souviens du ministre des AF israéliens Shimon Perez à l’époque déclarer également que les eaux de ruissellement appartenaient à tous, considérant peut être que les fleuves libanais sont des eaux de ruissellement.

Est ce que le désarmement des palestiniens au Liban ou du Hezbollah d’ailleurs règleront la question des prétentions territoriales israéliennes notamment dans le domaine des ressources… je crains donc que non contrairement à ce qu’affirment certains.