« Plaignez la nation divisée en fragments, et dont chaque fragment se considère comme une nation. »

« Plaignez la nation divisée en fragments, et dont chaque fragment se considère comme une nation. », écrivait Gébran Khalil Gébran comme un funeste visionnaire de ce que le Liban est aujourd’hui, un Liban avec des communautés, des fragments aux projets différents, un Liban au bord de l’abîme, un Liban plus proche que jamais de ses vieux démons, ceux de l’instrumentalisation étrangère et du conflit interne.

Est-ce la destinée du Liban que de connaître le malheur entre ses frères ? Ne pouvons-nous pas changer le destin ?

Le problème libanais est qu’il n’y a pas de vision unitaire, le problème du Liban est que chacune de ses composantes ne peut dialoguer en toute confiance avec l’autre. Un autre symptôme du conflit qu’on a déjà connu, le Liban passa juste par une anesthésie temporaire, celle causée par l’union de ses composantes en rapport avec les occupations du Pays mais ces symptômes ressurgissent aujourd’hui tel un démon justement.

Le Liban en a connu des conflits au long de son histoire, à chaque fois qu’une communauté dominante mais sur le déclin fut défiée par une communauté moins dominante mais bénéficiant d’une dynamique démographique positive.

Ainsi, les Chrétiens devinrent la communauté dirigeante face aux Druzes durant le 19ème siècle, de la sorte la présidence chrétienne perdu ses prérogatives au bénéfice du gouvernement par les accords de Taëf en 1989 et enfin aujourd’hui le Liban connaît de nouvelles tensions. La communautarisation de la scène politique, dont les accords de Taëf devaient venir à bout officiellement, ne furent qu’encore plus exacerbés et on en paye les conséquences aujourd’hui.

Non pas qu’il faille accuser les uns ou les autres, le Liban se doit d’être démocratique et donc on doit accepter cette dynamique mais les tensions existent parce que le système politique libanais n’est pas réformable à cause des résistances des uns et des demandes des autres. Chacun considère comme sacré des textes et dénoncent l’inconstitutionnalité de la réforme. Il serait tellement plus pacifique de ne considérer aucun texte sacré, que cela soit celui de la Constitution ou des accords de Taëf mais qu’ils puissent être réformable, adaptable aux nouveaux défis des situations, notamment face à des parrains aux intentions plus ou moins belliqueuses s’ingérant dans nos propres affaires domestiques et profitant de nos propres divisions. Oui il faut éloigner la religion de la politique, considérer non pas la préférence à telle ou telle personne suivant sa religion mais plutôt suivant ses idées et son programme, pour que le Liban devienne démocratique, pour que ses fils puissent tous se sentir Libanais avant d’être fragmentés par tel ou tel dirigeant.

Le Liban aujourd’hui, fait face à de nouveaux défis, certains sont externes, le bruit des bottes résonne au Moyen Orient alors que s’annonce un conflit notamment avec l’Iran et le plan américain du Nouveau Moyen Orient ou encore interne, les tensions intra communautaires ressurgissent parce qu’il n’y a plus de zones vraiment mixtes donc intra sectaires au Liban et par conséquent de dialogue à l’échelle de la société. La dernière guerre a contribué à nettoyer ethniquement le Liban et ses criminels courent toujours, et pire encore se chamaillent pour le peu de pouvoir.

La présidence est vide, le pire peut advenir à chaque étincelle. Notre seule chance est qu’aucune partie ne veut prendre la responsabilité de cette première étincelle, celle du pire qui nous ramène 32 ans en arrière.

Et en attendant un nouveau …

… Président.

Et je dois dire que je suis inquiet…

En 1998, j’étais l’un des premiers à dénoncer l’élection de Lahoud à la présidence de la république alors qu’à l’époque les libanais voyaient en lui un homme honnête capable de mettre fin à la corruption et à l’espèce de bureaucratie affairiste au pouvoir. On sait ce qu’il en est advenu. 99% des députés avaient voté pour lui et on n’entendait dans la rue que des louanges vis à vis de ce bien triste reflet d’un autre général bien plus populaire.

Je critiquais Lahoud ayant conscience déjà en 1998 que c’était un militaire qui n’avait pas la prestance pour donner des ordres mais pour suivre des ordres et certainement l’ordre syrien:

On fut déçu, la mainmise syrienne ne fut que plus accentuée alors que le Liban avait été vendu depuis le Palais de Koreytem un 13 octobre 1990 par les présidents Elias Hraoui y résidant et son commandant en chef Emile Lahoud, les 2 attendant l’heure fatidique, 6h de l’assaut syrien du Palais de Baabda. Ils ne furent que décontenancé par l’entrée dans le bal des chasseurs bombardiers sukkoi syriens pilonnant les positions de l’armée libanaise à 7h… La Syrie agissait au Liban suivant son fuseau horaire et le Liban bascula totalement sous influence damascène.

J’étais l’un des premiers à inaugurer la rubrique courrier de L’orient le Jour avec un pamphlet anti Lahoud lors de la prolongation de son mandat en 2004, y voila un bras de fer avant même l’adoption de la résolution 1559 entre la Syrie et la communauté internationale. Je prévoyais dès lors le retrait syrien, innéluctable et qui fut accéléré par les réactions que je décris comme un catalyseur ayant suivi l’attentat contre Rafic Hariri qui avait pourtant voté ce prolongement, lui et son bloc.

Avec la fin du mandat Lahoud, vu la situation au Liban, je suis pourtant inquiété par les risques de guerre civile aujourd’hui et j’estime même que la moindre étincelle à cette situation pourrait provoquer l’éclatement du Liban et cela surtout si la situation actuelle perdure. Les partis sont armés et l’armée reflétant la diversité du Liban peut se morceler à l’image du scénario déjà connu de 1975.

Je me demande donc si on ne va pas finir par regretter l’époque du mandat Lahoud paradoxalement et malgré tout ce qui s’est passé durant ce mandat en cas du pire de la guerre civile, si celle-ci éclate. C’est triste de le dire mais c’est ainsi. Soyons vigilant face aux défis et dangers auxquels fait face le Liban et ne tombons pas dans le piège de la désunion

Indépendance?

Volé du site libnanews… et maintenant on fait quoi après tout ca?

Libnanews – 22 novembre 2007 – Après la première guerre mondiale durant laquelle 200 000 personnes, essentiellement dans les régions chrétiennes trouvèrent la mort en raison de la famine suite au blocus imposé par les forces ottomanes ralliées à l’Allemagne et à l’Empire Austro-Hongrois, le Mont-Liban et la Syrie sont placés sous mandat français conformément aux accords Sykes-Picot négociés en 1916.

Par le traité de Versailles et conformément au souhait du patriarche maronite Hoyek (1899- 1931), les villes de Tripoli et la vallée de la Békaa, territoires amputés sous la Moutasarrifiya, furent rattachées.

Le patriarche avait en effet déclaré à son arrivée à Paris que son « voyage a trois objectifs: réclamer l’indépendance du Liban qui y a droit; puis, ramener le Liban à ses frontières naturelles historiques, comme elles ont été tracées par le commandement français sur la base de la carte de 1862; et enfin, affirmer le désir de perpétuer des relations intimes avec la France. »

Le gouverneur Gouraud proclama le Grand Liban le 1er septembre 1920 depuis le perron du Palais des Pins, suscitant déjà l’opposition de nationalistes arabes militants enclins à la création d’une Grande Syrie incluant la Syrie actuelle, le Liban, la Palestine, la Jordanie et une partie de l’Irak.

L’Etat du Grand Liban fut divisé, par arrêté du 1er septembre 1920, en quatre sandjaks : Liban-Nord ; Mont- Liban ; Liban-Sud et Bekaa et en deux municipalités autonomes : Beyrouth et Tripoli.

Fut alors décidé par la puissance mandataire la création d’un haut commissariat français en charge de l’autorité du Liban, une commission administrative héritière de l’ancien conseil du petit Liban de la Montagne, et d’une administration locale supervisée par des conseillers français.

Le haut-commissaire, représentant direct du gouvernement français dans les territoires sous mandat, disposait d’un cabinet politique qu’il dirigeait lui-même et d’un cabinet civil qui avait autorité sur le Service de renseignements.

Le secrétaire général du Haut-Commissariat, assisté d’un secrétaire général-adjoint, avait en charge la direction des services administratifs. Il assurait un rôle de coordination entre le haut-commissaire, les conseillers, chargés d’étudier les projets d’arrêtés nécessaires à l’organisation des services, et les délégués, représentants du haut-commissaire dans les différents Etats.

La France institue aux côtés du gouvernement un Conseil consultatif où elle fait en sorte que soient représentées les 17 communautés religieuses identifiées dans le pays, des chrétiens maronites aux juifs en passant par les chiites, les chrétiens jacobites (ou monophysites) etc.

Le 26 mai 1926, une Constitution est donnée au pays par le politologue Henry de Jouvenel. Inspirée de la Constitution française, elle s’en distingue par une différence de taille : le partage du pouvoir entre les communautés religieuses.

En juin 1941, les troupes anglaises pénétraient en Syrie et au Liban et, après la conclusion d’un armistice le 14 juillet avec les forces françaises auparavant acquises au régime de Vichy, les deux territoires passaient sous le contrôle de la France libre – le Haut- Commissariat devenant par la même opération la Délégation générale de la France libre au Levant.

Dès le 25 décembre 1941, le général Catroux, commandant des Forces françaises libres; du Levant, proclame la complète indépendance de la Syrie et du Liban :

“Le Liban jouit maintenant de droits et de prérogatives attachés à la qualité d’Etat souverain et indépendant. “

Le 21 septembre 1943, les nationalistes triomphent au élections à Beyrouth et préconisent une modification de la Constitution dont les termes sont « incompatibles avec l’indépendance ».

A la fin du mandat du président Emile Khoury, Béchara Khoury (1890- 1964) est élu président de la république du Liban du 11 novembre 1943. Connu pour son positionnement pro-anglo saxon, il avait été premier ministre du Liban du 5 mai 1927 au 10 août 1928 et du 9 mai au 11 octobre 1929.

La nouvelle chambre libanaise décida également de modifier la constitution et d’abroger toutes les dispositions faisant référence au mandat, l’adoption du drapeau libanais actuel, poursuivant ainsi sur la lancée du 8 novembre 1943 qui vit l’adoption de la langue arabe comme langue officielle.

Aussitôt, l’ambassadeur Helleu le fait arrêter l par les forces françaises et envoyé au château de Rashaïa avec Camille Chamoun (1900-1987), Riyad es-Solh (1894- assassiné en 1951) et d’autres pères de l’indépendance dont Adel Oussayran, Camille Chamoun, Abd Elhamid Karamé, Salim Takla. Helleu remplace le président de la République par Émile Eddé.

Dès le 12 novembre, une manifestation féminine contre le mandat français commence.

Le 13 novembre, l’armée française ouvre le feu sur des élèves qui manifestaient et cause beaucoup de blessés.

Le 17 novembre, le général anglais « Spears » demande au général Catroux à voir les prisonniers de Rachaya. Le dimanche 21 novembre, la Syrie annonce la nécessité de la libération des prisonniers et le retour de Béchara El-khoury.

Sa libération avec celle des autres prisonniers, suite aux pressions anglaises et populaires, intervient le 22 novembre 1943 qui devient le jour de l’indépendance du Liban.

Les troupes françaises et les forces anglaises évacuèrent le pays en 1946; le Liban devint un état souverain qui participa à la Ligue Arabe et devint membre des Nations Unies.

De la responsabilité des médias dans la crise…

La crise que connaît le Liban ne devrait pas faire oublier la part de responsabilité de chacun des acteurs.
On peut s’interroger non seulement sur la responsabilité d’une classe politicienne qui interagi en fonction d’influence extérieure mais également des médias.

Ainsi, il serait judicieux de ce demander si les médias libanais n’ont-ils pas participé à l’aggravation de cette crise qui aurait du se cantonner au domaine politique mais qui s’exprime aujourd’hui à travers de tensions entre partis au mieux communautaires, sectaires au pire.

En 2005 déjà, une ONG américaine mettait en garde contre la diffusion d’éditos partisans par les télévisions et les journaux libanais, appelant à une information rigoureuse et non partisane.

Nous pouvons aujourd’hui remarquer que plus que jamais en général, nos chers médias nous informait des faits et des gestes de chacun manipulent d’une certaine manière leur information et ainsi manipulent les libanais.
Aujourd’hui, les médias audiovisuels, radiophoniques et la presse écrite en générale obéit aux mêmes césures, celles d’une ligne politique partisane au dépend même de l’éthique journalistique propre qui est enseignée aux apprentis journalistes. Cette césure s’exprime également au niveau de l’audience de chacun, justement faite sur ces mêmes bases partisanes au mieux, sectaires et communautaires au pire. Sans chercher loin, citons notamment le cas d’Al Manar, principalement vue par la communauté chiite, de la Future TV avec une audience plus sunnite et les cas particuliers de la LBC ou de l’OTV, organes exprimant plus ou moins de leurs actionnaires-partis. Idem dans le domaine de la presse écrite ou des éditorialistes s’affrontent, ou des actionnaires-politiciens des uns portent plainte contre les autres et ainsi de suite.

Idem pour terminer au niveau des journalistes eux-mêmes qui laissent transpirer leur propre interprétation des évènements au lieu d’apporter à leur lecteur l’information la plus rigoureuse et cela dans leur émission devenue plus show médiatiques ou leur manière de formuler leur d’interviewer leur invités selon qu’il convienne à leur vision étriquée ou non.

L’escalade de la scène politique se faisait donc de paire avec celle des médias.

Les médias libanais semblent donc vouloir mâcher le boulot à leurs lecteurs, exprimer leurs propres visions de la situation politique conforme à ce qu’ils pensent être politiquement correct sans jamais expliquer ce que pense l’autre, aboutissant en cela à la marginalisation de la modération et des dialogues interlibanais possibles et à l’extrémisation de leur audience réciproque, alors que la dynamique journalistique actuelle dans le monde est plus du coté d’une information brute et rigoureuse amenant à la réflexion et au dialogue et non à l’affrontement.

En cela, nos cher médias et journaux sont à l’image de notre classe politique dans l’impossibilité de conduire notre société dans le dialogue et la compréhension mutuelle et ne jetons pas la pierre seulement sur notre classe politique mais avant tout sur ce vecteur de l’audience. Tout comme nous ne méritons pas nos politiciens, nous ne méritons pas non plus nos canards et le plus ironique dans cette histoire est d’entendre les mêmes accusations jaillir de chaque coté par édito interposé, chacun oubliant d’abord au demeurant de se jeter une première pierre.