Une leçon de courage, c’est celle de mon grand-père maternel décédé en 1971 et que je n’ai donc malheureusement pas connu.
Il s’agit d’un homme ayant eu le courage de ses convictions, quitte à en payer le prix.
Etant né en Allemagne dans les années 20, mon grand-père s’est vu proposé par un officier de la Gestapo la nationalité allemande. Il est vrai qu’à l’époque, la chair à canon gratuite se faisait rare. Il a simplement répondu qu’on ne pouvait faire chanter un moineau comme un canari et donc refusa. il fut envoyé dans les camps pour cette raison, séparé de sa femme tout juste enceinte de ma mère, mais étant un talent, celui d’ouvrier spécialisé dans la construction de mines, il fut envoyé dans une usine de fabrication souterraine de missiles, invention tout juste trouvée au lieu des camps de concentrations dans lesquels l’innommable avait déjà court.
A ma mère depuis née, il arrivait à lui faire parvenir des jouets en bois fabriqués par des prisonniers russes, trop contents qu’il se prive d’un peu de nourriture, eux n’en n’avaient presque pas et voulant lui faire un geste. Ces jouets parvenaient via les fameux colis de la Croix Rouge.
De son séjour “souterrain”, il n’en parlait peu, seul des moment par exemple où avec ses camarades d’infortunes, ils devaient nettoyer les ruines des immeubles tout juste bombardés avec du Phosphore Blanc, voulant peut-être oublié la séparation, alors que dans la famille, des cousins eux entraient dans la résistance, d’autres rejoignaient les allemands.
Il racontait plutôt son retour, comment avec 3 camarades, ils ont traversé à pied l’Allemagne ravagée avec une brouette, se faisant passer pour des travailleurs du coin à chaque recoin, sans nourriture.
Ainsi, une fois, ils se rendirent dans une ferme pour demander de la nourriture, ce que les fermiers refusèrent. Mon grand-père remarquant une ombre eut le culot de les menacer d’aller à la police pour dénoncer la présence de ce qu’il supposait comme étant un déserteur, le fils de ces fermiers. Ils ont pu ainsi se restaurer et continuer sans faim pour quelque temps les centaines de kilomètres qui les séparaient encore de la France.
Ils rencontrèrent bien entendu ces américains venus “en libérateur”, jetant dans la boue, les miches de pains rendus ainsi impropre à la consommation. Mon grand-père ne portait pas dans son coeur les allemands mais ayant vu cela encore moins les américains. Des morceaux de pain dans la boue, face à une population civile allemande qui crevait de faim.
Il fut ainsi envoyé dans un camp sous contrôle américain et où s’entassaient les prisonniers tout juste libérés des allemands. 3 jours sans manger mais cigarette à gogo.
Crevant de faim, il dû une nouvelle fois s’enfuir avec ses compagnons, il était question pour les américains simplement de les donner aux russes, parce que d’origine polonaise. Pour sa chance, mon grand-père rencontra les forces françaises, leur expliquant sa situation avec sa famille en France pour enfin être rapatrié aux cotés des siens.
C’est ainsi que ma mère fut présentée à Blaye les Mines dans le sud de la France à un grand bonhomme, de haillon vêtu, et on lui expliqua simplement que c’était son père.
De cette histoire, j’aime à croire que j’ai de qui tenir, j’ai le courage de dire NON, le courage de mes propres opinions, de dire ce que je pense au mépris des menaces.
Ne pas être d’accord sur tout, c’est la démocratie, ceux qui prétendent qu’il faut être uni sont les chantres de la dictature. Ceux qui accusent sous couvert de mots parfois qui les dépassent sont des suppôts de ce qui reste le plus détestable.
J’ai l’impression que je devrais en dire plus de ce grand bonhomme qui pouvait porter une personne assise sur une chaise d’une seule main, qui traversa l’Allemagne à pied, sans pratiquement pouvoir manger. Cependant, je n’ai pas eu la chance de le connaitre, je ne le connais que par les récits familiaux mais discrets. J’aimerais cependant dire que je suis fier de lui pour son courage.