J’étais au Liban, je me préparais à passer un été, à continuer à faire avancer les différents projets auxquels j’avais participé et notamment la mise en place d’une chaîne de boutique hotels à travers le Moyen-Orient. Nous recevions également des amis français et notamment un ami médecin et sa mère d’origine libanaise. Il n’était plus venu au Liban depuis les années 70.
Le 12 juillet 2006, je me trouvais le soir au Pacifico, rue Monnot en sa compagnie d’ailleurs à fumer le cigare et à boire une coupe de champagne, puis une autre offerte par la maison, j’étais un habitué, je ne sais pas si je le suis encore.
Dès l’annonce de l’embargo israélien suite à l’opération de kidnapping de 2 soldats israéliens menée par le Hezbollah, j’avais compris…
Tout le Liban était menacé, nous étions unis dans la douleur, dans la souffrance, nul ne serait épargné. J’avais déjà connu la guerre civile, je connaissais ses souffrances, son prix.
Très tôt, du nord au sud, les infrastructures routières et électriques, avec la centrale de Jieh ont été touchée, m’amenant à penser qu’ils voulaient sectoriser les zones libanaises pour peut-être les prendre les unes après les autres, pousser les uns contre les autres.
Mais très tôt j’avais également compris de la futilité d’une telle opération, les libanais, s’unissant malgré tout dans le malheur si l’auteur de ce malheur est étranger.
Le 17 juillet, étant donné que mon neveu de 5 ans en compagnie de sa sœur de 3 ans était venu au Liban sans leurs parents, j’ai dû aider ma mère à les raccompagner en France. Nous leur préparions une fête au Liban et nous avions dû leur mentir. Rdv devant l’ambassade de France avec valises mais surtout affaires de petits. Au loin, les détonations des bombes tombant sur la banlieue sud de Beyrouth, dévastant la vie. Nous leur expliquions que ce n’était que des feux d’artifices, alors qu’ils avaient déjà vu les hélicoptères israéliens lancer leurs missiles contre le port de Jounieh. Je m’étais de mon coté investi auprès de jeunes gens à l’aide des civils fuyant le pays. Nous avions également été investi de la mission d’accompagner deux jeunes gens de moins de 10 ans en France, jeunes dans le même cas que ma nièce et mon neveu. Le personnel de l’évacuation était avant tout à l’époque bénévole. Je me souviens d’un français par exemple fraîchement venu du Sud Liban où il exerçait la profession d’instituteur, et qui n’avait plus que ces habits sur lui comme bien, sa maison ayant été détruite lors des premiers jours. Pourtant, il aidait à l’évacuation.
Nous étions le premier bateau qui soit parti et à l’époque, nous ne savions même pas quand et comment nous allions partir. Les israéliens nous ont même menacé de bombarder le bateau… de le couler avec femmes et enfants à bord. En parlant de bateau, nous avions d’ailleurs été accosté par la marine israélienne durant la nuit et les bagages semblaient avoir été fouillés le lendemain.
Arrivé en France, après que les enfants étaient été rendus à leurs parents, nous nous sommes rendu à Strasbourg avec toujours en tête de mon coté, la promesse faîte à un chargé des affaires militaires de témoigner par rapport aux évènements en cours au Liban. Mes amis et moi avions mis en place dans cette optique dès les premiers jours le blog Libnanews, pour témoigner, pour relayer l’information qui à l’époque était mal relayée, et ce succès est à mettre au compte d’une équipe d’horizons divers avec notamment la présence d’un journaliste israélien vivant à Londres que je salue ici par ce clin d’oeil pour son interview du 2ème objecteur de conscience qui a refusé de participer au massacre du Liban. Cette ouverture d’esprit à tous les points de vue est l’explication de notre succès, succès que je trouve cependant toujours entaché par l’horreur de la guerre, ce n’est donc pas pour cela que je commémorerais par exemple le lancement de Libnanews qui se destinait à l’origine d’être autre chose.
Ce qui était cependant sur pour moi, c’est que les objectifs affichés par les israéliens étaient irréalisables et qu’il y avait anguille sous roche. Une armée moderne ne peut gagner contre une guérilla, elle ne peut qu’avoir des pertes. La stratégie israélienne consistait à faire plier le Liban, mais paradoxalement parlant elle n’a fait que renforcer le Hezbollah, notamment au sein de sa base électorale, l’état ayant été impuissant à sécuriser le Liban, ayant été impuissant à empêcher que des raids puissent viser indistinctement chrétiens et musulmans, la question déjà de l’après conflit se posait avant que s’achève cette véritable guerre contre le Liban.
L’opération terrestre israélienne n’a été que trop tardive pour avoir un impact réel, les bombardements israéliens continues devenaient de plus en plus illogiques, ils bombardaient par haine, non plus seulement des régions chiites, mais également des régions chrétiennes, sunnites, druzes, non seulement des infrastructures de transport mais également des usines de lait, des infrastructures de communication, de production d’électricité. C’était une haine envers le Liban qui se déversait du ciel.
Des rumeurs, il y en a eu beaucoup durant ce conflit, mais rétrospectivement parlant aujourd’hui, non pas avec les articles de Hersch ou autre, je pense que ce conflit était prémédité du coté israélien, le Hezbollah ayant mis en garde contre un possible acte pour obtenir la libération des prisonniers libanais toujours détenus par l’état hébreu alors que la négociation pour cela était dans l’impasse, quelques mois déjà avant le 12 juillet. Le Hezbollah a commis une erreur en fournissant un prétexte et tout le Liban l’a payé.
J’étais sur que le Hezbollah offrirait de reconstruire une partie des domiciles détruits, ce qui fut confirmé. J’étais sur que le renforcement politique du Hezbollah arriverait à mettre en cause le status quo politique précédent, ce qui fut le cas également… J’étais sur que les difficultés ne faisaient que commencer. Nombreux sont ceux qui par méconnaissance avaient et aujourd’hui encore sous-estiment le Hezbollah, ne comprenant pas que cette organisation n’est pas seulement une milice, mais un état dans l’état avec un système social, sanitaire qui fortifie sa base la communauté chiite. Il ne sert à rien de vouloir provoquer un conflit frontal avec le Hezbollah sauf si on veut provoquer une guerre civile, chose à mon avis qu’il faut éviter. Le Hezbollah ne peut être vaincu que par l’édification d’un état libanais réel et fort et non par l’étranger comme les israéliens l’ont tenté, et non par des hommes politiques qui ne peuvent répondre aux attentes de cette base électorale. Le Hezbollah ne peut être vaincu que dans le long terme et pacifiquement.
Les hommes politiques libanais ont la première responsabilité dans l’émergence d’une grave crise politique, on pouvait déjà ressentir les prémisses de cette crise dans les discours de Geagea à Harissa à l’époque. Il fallait mieux se taire que de provoquer gratuitement.
Ceux qui aujourd’hui comme hier défendaient l’offensive israélienne soit disant pour résoudre le problème que pose le Hezbollah, n’ont décidemment rien compris. Ils deviennent les complices d’un assassinat de masse, celui de 1200 civils dont 30 pourcents d’enfants libanais.
Pourtant, je suis revenu le 19 septembre 2006 au Liban, je ne voulais quitter un pays détruit mais je voulais quitter un pays qui se construisait, comme à l’époque, je pensais que mon temps ici s’achevait.
Au lieu de cela, l’amour m’a rattrapé en la personne de Marie-Josée qui collaborait a Libnanews également, ce n’était pas quelque chose de préparé, cela arrivait juste ainsi, nous nous découvrîmes des sentiments réciproques par l’intermédiaire d’une carotte dans un bar-restaurant de Jounieh. Et aujourd’hui, le 12 juillet 2007 est avant tout l’anniversaire du 9ème mois qu’on est ensemble.
Et après la guerre, l’Amour ne peut que rendre, renforcer la fureur de vivre.