Hommage …

Il se fait un peu de temps que je n’ai pas posté de billets sur ce blog, la raison en est simple, je ne savais pas quoi dire.

Il se fait cependant que j’avais quelque chose de personnel à dire.

Dimanche, a eu lieu la deuxième commémoration annuelle du décès de mon grand-père.

L’année dernière déjà, je n’en avais pas parlé, estimant devoir se séparer cette vitrine personnelle mais qui ne l’est pas et ma vie
réellement privée.

Peut-être que j’ai changé d’avis, ou plutôt que j’aimerais coucher quelques pensées.

Mon grand-père, nous sommes grand-père que j’ai connu d’ailleurs, n’a pas souffert de sa mort. Il est mort brusquement un mercredi
dans la matinée. Cette matinée la, ce mercredi-là, je devais me rendre à son domicile. Malheureusement, un empêchement de dernière minute a eu lieu. Ma tante française était au Liban. Je me suis rendu dans un de nos domiciles, pour téléphoner à un autre domicile et c’est ainsi que ma tante française m’a dit qu’il se pouvait que mon grand-père soit mort. J’en avais averti ma soeur
alors.

J’éprouve toujours un certain regret de ne pas être allé lui dire un dernier adieu.

Des histoires de mon grand-père, je pouvais en raconter des tonnes. Quelques jours avant sa mort, d’une crise cardiaque fulgurante, il avait rêvé qu’un cavalier blanc très beau dit-il venue le chercher. Il avait répondu alors que ce n’était pas encore le moment. Peut-être, un rêve prémonitoire…

Mais c’est avant tout un hommage mon grand-père que j’aimerais pour une fois écrire.

Mon grand-père aurait pu vivre une enfance est riche et heureuse, mais à l’âge de trois ans la diphtérie a emporté ses deux parents.
C’était durant la première guerre mondiale, vers 1915, 1916. Enfants riches de personnes immigrées au Brésil et revenus au pays, sa soeur et lui fut recueilli par des oncles qui les dépouillèrent petit à petit, sous le prétexte de leur ayer des habits ou de les nourrir.

C’est à l’âge de 13 ans que mon grand-père conclut ce premier à faire. À cet âge-là, il eut une sorte de contrat dans la charpenterie. Il eut alors une livre or.

De sa vie, il eut de cesse que de reconstituer le patrimoine de ses parents. C’est ainsi, sur acheteur petit à petit les terrains familiaux,
et les boutiques familiales.

Par un mariage, il eut également une maison, celle dont le terrain nous appartient aujourd’hui depuis plus de 300 ans.

Conseiller municipal de la ville de Douma, et fut parmi les prédécesseurs. Ainsi, avec l’argent récolté des immigrés de Douma, il fut de ceux tirs amenèrent l’électricité dès les années 50. L ‘action numéro un de l’hôtel nous appartenait également.

Mais cela est bien matériel. Orphelin, il voulait offrir la meilleure éducation à ses enfants. De son patrimoine reconstitué, il n’hésita
pas, une partie s’en séparer pour payer des études à ses enfants. Ainsi, mon père fut envoyé dans les meilleures écoles des années 50 et 60 au Liban, collège patriarcal, études à l’étranger pour devenir médecin et médecin reconnu il le fut et l’est.

Mes oncles eurent cette chance également.

C’est ainsi, que mon père a également eu la chance de faire devenir ce que je suis aujourd’hui.

Mais, je ne devrais pas parler de moi-même.

Beaucoup de personnes connaissaient mon grand-père, pour ses conseils commerciaux ou dans la vie, pourrait devenu le sage du village, pour ces histoires anciennes, mais ne parlant pas tellement arabe, je n’ai pas pu profiter de cette sagesse.

Nous avons eu cependant quelques intérêts communs, notre attrait de l’histoire en est, notre intérêt est pour l’histoire familiale en
est un autre.

Je me souviens que n’avait offert par exemple mes premières pièces de monnaie ancienne, il s’agissait de pièces ottomanes qu’il avait
lui-même déjà collectionné. Je me souviens de la manière avec laquelle, quand j’étais gamin, ont joué. Mon regret aujourd’hui c’est d’avoir cette impression de ne pas bien le connaître ou d’avoir le temps de penser mieux le connaître.
Malheureusement de temps, on n’en a jamais assez.

Et donc, je conclus simplement ce billet en vous demandant de passer plus de temps avec aux aînés, vous apprendre à les connaître et ainsi peut-être aller admirer pour ce qui furent. En tout cas, on ne peut vivre dans l’ignorance de son propre passé.

Pour ma part, je peux juste conclure que je suis fier de mon grand-père qui a su dans sa vie faire face au pire pour donner le meilleur à ses enfants et qui a su en fin de compte devenir quelqu’un par lui-même dont on eut justement être fier

2 articles identiques mais …

2 titres différents

ainsi le Nahar titre:

U.N. Chief:
Michel’s Talks Didn’t Produce ‘Any Positive Development’

alors que le titre de la dépêche initiale de l’AP était le suivant:

AP
Interview: U.N. secretary-general urges Lebanese parliament to approve tribunalbefore its term ends in May

D’un coté, on sous-entend qu’on s’achemine de manière quasi sure vers l’adoption du tribunal via le chapitre 7 de l’ONU, de l’autre, on garde espoir que ce tribunal soit adopté avant fin mai par le parlement libanais.

Ah oui, combien d’entre nous ne lisent que les titres ?
Ca nous influence non ?

Les leçons de l’histoire : 13 avril 1975, 26 avril 2007

Le 13 avril dernier, nous avons pour la première fois commémoré le début de la guerre civile en ostracisant nos vieux démons.
Ainsi, en lieu et place de l’amnésie collective, le bus, « qui provoquant la guerre civile », fut exposé au public, rouillé, souillé, mais cependant toujours, un monument oublié de la mauvaise conscience collective.

Le 26 avril dernier, nous avons pour la deuxième fois commémoré le retrait des troupes syriennes du Liban. Ce que nous n’avons pas réussi par la guerre civile, nous l’avons obtenu de manière pacifique, par la main tendue entre nous-mêmes, nous le peuple. Nul besoin de rappeler le fameux serment du 14 mars 2005 porté par la voix de Gébran Tuéni :

« Au nom du dieu tout-puissant, nous faisons le serment, chrétiens et musulmans, de demeurer unis éternellement, pour défendre notre majestueux Liban. Longue vie à vous et que vive le Liban »

Nous libanais, nous devons apprendre de notre passé cette tentative d’assassiner notre jeunesse ne doit pas nous détourner de nos buts. Nous les jeunes, avons réussi là où nos aînés n’avaient tout d’abord pas appris, puis avaient versé leur sang inutilement.

1975, nos parents n’étaient que dans leur trentaine ou leur vingtaine, et n’ont pas pu ou su empêcher la série d’événements.

Déjà, en 1975, nos hommes politiques furent victimes d’attentats. L’assassinat en mars du député nassérien Marouf Saad à Saïda ne déclencha pas la guerre civile. Elle n’a fait qu’exacerber les tensions déjà latentes pour que se produise une nouvelle étincelle, celle par laquelle le pire arriva.

Ce ne fut que parti remise à un jour d’un 13 avril. Les corps de quatre partisans des Kataëb furent retrouvés atrocement mutilés. Une rixe à Ein Remeneh entre dit-on d’un garde du corps de Pierre Gemayel et un palestinien dégénéra.
Des combattants palestiniens, revenant d’une cérémonie eurent la malchance de passer par ce même quartier un peu plus tard. Leur bus, entouré par la police libanaise, fut pris pour cible par un tireur inconnu.

Rapidement, à l’annonce de ces morts, de cette vendetta peut-être, la situation dégénéra.

Pour éviter le pire, mais surtout pour désigner des coupables-innocents et ainsi éviter la prolongation de la déstabilisation, quatre hommes du parti Kataëb furent remis à la sûreté générale dirigée à l’époque par un certain Antoine Dahdah soumis aux pressions politiques. Cependant, des notes des services sécuritaires ont depuis accusé sous le sceau du secret des personnes liées à un autre parti, le P. S. N. S.

On pensait la guerre civile être courte comme celle de 1958, elle dura cependant 15 ans, 15 ans de souffrances inutiles, 200 000 morts, 17 000 disparus toujours à l’heure actuelle considérés comme mort par notre gouvernement suite à un décret de 1995. Le Liban a subi 3 invasions, l’invasion syrienne de 1976 et les invasions israéliennes de 1978 et 1982.

30 ans après, le Liban jeune de sa nouvelle indépendance pour ne pas dire l’indépendance retrouvée subit à nouveau les tentatives de déstabilisation politique.

Assassinats de Rafic Hariri et de 22 deux autres personnes comme Bassel Fleyhane à l’origine de cette indépendance retrouvée, assassinats ensuite de Samir Kassir, cerveau du mouvement d’indépendance, de Gébran Tuéni, auteur de ce fameux serment déjà cité, George Hawi, Pierre Gemayel, le petit-fils du Pierre Gemayel de 1975, tentatives d’assassinats contre le ministre de la Défense, Elias Murr, contre la journaliste May Chidiac.

À ces assassinats d’hommes politiques, se succèdent aujourd’hui des assassinats de personnes, civils innocents, jeunes et moins jeunes. Du double attentat d’Ein Alak en janvier, des troubles et des émeutes qui ont pris trois vies un jour du 25 janvier 2007, à aujourd’hui, moment où la jeunesse libanaise se trouve être meurtrie dans sa chair par cet odieux acte d’assassinats d’un adolescent de 12 ans et un jeune homme de 25 ans, l’objectif reste le même :
celui de relancer le cycle de la violence, de replonger le Liban dans ses vieux démons sectaires et confessionnels.

Prouvons que nous Libanais, nous ne recommençons pas les erreurs de nos aînés. Ceux qui  déjà accusent fort de leurs incertitudes tel ou tel parti n’ont rien appris de l’histoire de notre  passé, accusant peut-être des coupables innocents tel que ces 4 Kataëb de 1975, voulant ainsi peut-être éviter le pire mais conduisant un peu plus le Liban vers ce pire.

Ne devenons pas complice de cette entreprise criminelle en nous précipitant dans des accusations sectaires, saluons tous ceux qui, aujourd’hui fort des leçons de l’histoire, se refusent à ce que plus de sang ne soit versé, et laissons la justice suivre sereinement son cours, à l’abri de toute pression et ainsi pouvoir trouver les coupables réels de cette série de tentatives de déstabilisation dont ce double assassinat n’est qu’un épisode odieux qui, espérons, sera le dernier.

C’est ainsi, que justice se doit d’être faite, justice qui doit nous exorciser de nos démons, justice qui doit nous unir et justice n’en sera que plus forte, unissant tous les Libanais autour du verdict des coupables.

Après tout, ce n’est pas seulement de jeunes personnes qu’on a assassiné, mais le Liban entier, celui de Gébran Tuéni qu’on a tenté
d’assassiner ; Liban, chrétiens et musulmans, quelle que soit notre religion et notre communauté, unis dans la douleur au-delà de nos différences politiques bien légitimes dans une démocratie, et surtout ce Liban et sa jeunesse héroïne de son indépendance obtenu pacifiquement qui est aujourd’hui meurtrie dans sa propre chair.

Confusions…

Lu ce matin dans libnanews :

« Confusion dans les médias

Certains médias libanais ont en effet suggéré que cette affaire serait liée à l’assassinat d’un partisan de l’opposition, Adnan Chamas lors des émeutes qui ont secoué la capitale libanaise le 25 janvier dernier, suite à une rixe entre sympathisants de la majorité de l’opposition. Celle-ci avait rapidement dégénéré en combat de rue dans les quartiers mixtes sunnites et chiites. Ainsi le journal pro-gouvernemental An Nahar a révélé que des témoins de l’enlèvement ont pu relever le numéro de la plaque minéralogique d’une des voitures ayant servi au kidnapping. Le véhicule possédant le numéro indiqué appartiendrait au frère d’Adnan Chamas.

Le quotidien arabophone As Safir a de son côté indiqué que le véhicule des deux personnes kidnappées a été intercepté à Ein el Remmeneh. Ils auraient alors été extirpés de ce véhicule et conduits dans un lieu qui reste inconnu. La Renault Rapid aurait été de son côté retrouvé à Chiyah, dans la banlieue sud de Beyrouth.

Des sources sécuritaires ont indiqué au quotidien anglophone DailyStar que le lieu de l’enlèvement n’a pas encore été déterminé, certains indiquant que celui-ci aurait lieu à Dbayeh.

La famille Chamas, dans un communiqué lu par ses notables, a démenti hier être à l’origine de tels enlèvements. Cette
famille a par ailleurs déclaré regretter que la justice libanaise n’aie pas poursuivit son cours dans le cadre de l’assassinat d’Adnan Chamas. »

Certains dont le ministre de l’information accuse déjà un parti de l’opposition d’être impliqué d’une manière ou d’une autre dans cet
acte.

Cependant, je doute qu’on puisse déjà avoir des informations sur les motivations de cet enlèvement alors que l’enquête n’est pas bouclée, alors que le mobile n’a pas été déterminé et alors qu’on ne sait pas exactement où ces personnes aient été enlevés.

Ne déstabilisons pas le Liban en lançant des accusations pour le moment non fondées. On parle de Dahieh, très bien mais dans ce cas, les entrées de Dahieh étant actuellement contrôlées par les forces de sécurité depuis le 25 janvier dernier, les ravisseurs auraient-ils pris ce risque. J’en doute fort.

On parle maintenant d’Ain Remeneh, il me semble qu’il s’agisse une composante chrétienne bien précise du 14 mars qui avait instauré à un moment des barrages à Ein Remeneh le 25 janvier dernier, nous ramenant 20 ans arrière.

On parle également d’un enlèvement à Dbayé.

Quoi qu’il en soit, avant de rentrer dans le jeu des falsifications des faits, les supputations et autres suppositions, des accusations, des
invections rhétoriques, je tiens tout d’abord à souligner le rôle néfaste des médias.

Tout d’abord, dans ce genre d’affaire où les premières heures sont importantes, facilitons la tâche des forces de l’ordre en leur permettant de se concentrer sur les recherches des personnes disparues et non sur la stabilisation politique du pays.

Deuxièmement, la multiplicité des informations données par les médias libanais ressemble plutôt à un relais de rumeurs non fondées
aggravant  la situation déjà tendue. La responsabilité première des médias n’est pas de rentrer dans le sensationnalisme mine dans la description des faits. Selon qu’on lise tel ou tel journal ou plutôt un tel ou tel canard à sensation j’irais jusqu’à dire, on se retrouve partisan non éclairé d’un certain scénario aboutissant à l’extrémisation comme d’habitude des masses. Les journaux libanais ont déjà une responsabilité gigantesque dans la vision sectaire du peuple en raison de la manière dont ils analysent et rapportent les faits. Ainsi, on ne peut être étonné de la manière dont directement, le Nahar rapporte les faits alors qu’il s’agit d’un événement récent.

Ici j’appelle les journaux à devenir responsable du message qu’ils véhiculent. Laissons donc la justice trouver la vérité calmement, sans dérive sectaire, sans vision sectaire, et cela dans l’intérêt non seulement les deux disparus mais du Liban en entier.

Une routine mortelle

Ainsi, dans leur déclaration quasi quotidienne, nos chers dirigeants illuminés des montagnes se lancent dans les litanies dont ils nous
ont habitués jusqu’à présent.

À l’exemple d’un disque rayé, répétant le hit d’un succès passé, nous refaisant une diffusion en heure tardive d’un show déjà montré à
maintes reprises, Joujou de la montagne et son compère Gaga à l’image des comiques de Laurel et Hardy, vous aurez compris qui est qui, se lancent dans leurs joutes verbales habituelles contre le Hezbollah.

Une des leçons de stratégie, notamment présente dans l’art de la guerre du roman millénaire Sun Tzu, fait que ceux qui détruisent ou
paralysent sont les maîtres du jeu. La paralysie actuelle des institutions démontre en effet qu’on le veuille ou pas, que l’opposition a gagné.

Au lieu de s’acharner dans des rhétoriques verbales, nos hommes politiques ont démontré leur incapacité à traiter avec la réalité :

La réalité est que le Liban se trouve être actuellement  bloqué, en raison de l’absence d’un consensus non pas par l’absence de
l’opposition au sein d’un gouvernement, ou en ce qui concerne le tribunal international mais en raison d’un manque de consensus au niveau du projet politique concernant l’avenir même du pays.

Les Libanais, dont les communautés ont été transformées en pion de jeu d’échecs n’ont pas conscience de la réalité du jeu justement
politique qui est en cours.

Quel Liban voulons-nous, j’avais déjà dis dans un de mes précédents billets.

Le modèle de coexistence que dit défendre notre seigneur de Moukhtara quand lui-même a remis en cause par des massacres cette coexistence ?
La diversité du Liban quand celui-ci a nettoyé ethniquement parlant son fief ?
Ce ne sont que des paroles lancées en l’air par rapport au fait de sa politique, qui a consisté à exacerber les communautarismes pour soi-disant la sauvegarde de sa communauté justement mais en fait pour la sauvegarde de ses intérêts.

Parlons donc de l’illuminé des cèdres. Le projet de fédération des forces libanaises est tout d’abord une aberration. Cela équivaut
tout d’abord à nier le concept de coexistence dont il se veut l’étendard avec ses alliés. Le Liban est ensuite trop petit et trop peu hétérogène pour qu’un projet fédéraliste puisse marcher. Le Liban mourra dans une implosion dont on se souviendra. Il réclame ensuite un tribunal international pour les crimes commis durant la guerre israélo-libanaise de juillet dernier. Semble-t-il oublier le sang des martyrs qu’il a lui-même assassiné, le sang des enfants de sa patrie qu’il a fait couler.

Un tribunal international, oui, les deux le méritent pour leurs crimes commis durant la guerre civile. 200 000 personnes sont mortes, 17 000 personnes sont toujours disparues, on estime seulement à 3000 le nombre de personnes disparues par une implication syrienne, 6000 disparus lors de l’invasion Israélienne de 1982, mais le solde reste celui des milices dont certaines ont été dirigées par nos deux compères et complices antagonistes de l’assassinat d’un Liban fort.

Mais le tribunal international ne nous fait-il pas oublier la questions la plus fondamentale : quel Liban voudrait-on ?

Le modèle de coexistence libanaise ne peut exister sans pouvoir fort. À l’image de l’ex-Yougoslavie qui s’est effondrée à la mort du
maréchal Tito, donc à la mort d’un pouvoir exécutif fort, à l’image de la guerre civile du Liban, à l’image du Rwanda, à l’image de tout pays qui s’est doté d’institutions exécutives qui ne sont pas fortes, cela ne marche pas.

Ceux qui veulent continuer de promouvoir ce modèle de coexistence mettent en avant pour contrer tout autre modèle les risques de
transformer la soi-disant démocratie libanaise en dictature. Cependant le régime fort ne veut pas dire un régime automatiquement non démocratique. On peut très bien obtenir une stabilité politique et démocratique à l’image de la Ve république française. On avait d’ailleurs déjà entendu les mêmes critiques de la part de certains politiciens français pour lqui a quatrième république française était morte et enterrée.

Une autre raison pour l’émergence d’un pouvoir exécutif fort serait simplement l’environnement géopolitique du Liban. Nous ne pouvons changer et déménager le Liban, le Liban sera toujours coincé entre l’État hébreu dont la constitution ne reconnaît aucune limite géographique, donc par définition impérialiste, et une Syrie qui malgré les rêves de certains ne sera pas démocratique avant longtemps, au bout de 60 ans de dictature, on ne peut instaurer une démocratie mais plutôt un vide politique.

Cependant, un régime fort n’est pas dans l’intérêt bien compris de certains politiciens. Les seigneurs féodaux en particulier, ceux qui
croient détenir la lumière et surtout le leadership de leur communauté verraient ainsi leur pouvoir actuel fondre telle la neige au soleil. La démocratie qu’ils semblent aujourd’hui vouloir défendre est également antagoniste par rapport à leurs intérêts bien compris, la démocratie réelle permettant l’émergence de nouveaux dirigeants, ou devrais-je dire plutôt de concurrents.

Ces personnes jouent donc un numéro de funambule, d’équilibriste, voulant donner l’image de personnes propres tout en étant elles-mêmes sales du sang qu’elles ont fait couler. Équilibristes aussi, leurs intérêts étant sur un fil du rasoir, ne pouvant accepter un pouvoir fort, disant défendre la démocratie, mais quand le système sera démocratique, elles voudront détruire cette démocratie qui pourrait les détruire.

Et les Libanais, simples citoyens, n’ont pas conscience dans ce jeu, dans ce projet de société dont ils font l’objet sans même le savoir, un projet de société non pas pour eux, mais pour quelques nantis d’une oligarchie, c’est la même qui décide de la destinée du Liban, celle-là même qui croit avoir droit de vie ou de mort et qui assassine un pays en entier par son intransigeance.

La Passion des christs : Une pensée aux détenus dans les prisons ennemies

Depuis mon enfance où les manifestations de brutalité que je visionnais lors du journal de vingt heures m’ont fait passer des nuits blanches scandées d’angoisse, de frissons, de hantises, et de pleurs, j’ai cultivé une terreur mêlée d’horreur envers toute démonstration de tortures et de violence gratuite.

Après avoir passé un quart de siècle sur cette planète, sur une terre baignant dans les sévices d’une guerre utérine, ma répulsion de l’abomination qu’engendre toute sorte de violence ne fait que s’accroître, à un tel point que je n’arrive aucunement à supporter la vue d’une gifle dans une production cinématographique et l’expression que cet acte de rage peut susciter sur le visage de la personne qui le reçoit.

Mais la coïncidence, ce sobriquet qu’on donne à la providence pour ne pas la nommer et  éviter tout apparence d’appartenance, a voulu que je sois une enfant du pays des cèdres, ce qui m’a exposé à tous les spectacles de violence qui puissent exister.

Née en pleine invasion israélienne de ma contrée, j’ai grandi avec les histoires de rapts, d’assassinats politiques, de détentions dans les prisons israéliennes et syriennes, de voies de faits des miliciens brutes, et j’en passe … A ne pas oublier les barbaries sur les terres palestiniennes, l’injustice infligée à cette population, le massacre de Cana tombé la veille de mon anniversaire, les atrocités incessantes en Irak, l’injustice assourdissante sur le continent africain, la dernière guerre contre le Liban, qui ont ponctué ces vingt cinq dernières années. Et par dessus le marché, comme si la brusquerie de la réalité ne suffisait pas, les cinéastes s’évertuent à produire des films où foisonnent des scènes cruellement crues.

Je ne sais pas si c’est une psychose dont je souffre, mais ce que je sais, c’est qu’il m’est très dur de voir, d’entendre, ou même de lire une histoire relatant des faits féroces. Et un jour, un tsunami du septième art a fait son apparition relatant dans ses moindres détails, le supplice d’un personnage historique mondialement connu, Jésus.

Ce film, j’ai tout fait pour le rater, le fuir, ne pouvant voir la cruauté des séquences qui le rythment. Ce soir, en zappant mécaniquement de chaîne en chaîne, je tombe nez à nez avec cette œuvre tant redoutée. Moi qui avait eu ma dose en juillet-août dernier à la vue des victimes des conflits des sauvageries israéliennes, j’ai été ce soir figée, médusée, statufiée à la vue des premiers passage du film. Je n’ai pu le poursuivre, malgré mon effort de vouloir réaliser ce que le Christ a dû endurer à cause de nous, pour notre salut.

Pour une durée que je ne saurais déterminer, j’ai fait un flash-back de toutes les images qui ont affectées ma mémoire et déchiré mes sentiments tout au long de mon parcours existentiel, et je me suis posée une seule question : comment un humain peut-il faire cela à son semblable ?

Je ne comprends jamais cet excès de zèle en matière de violence. Je ne le comprendrai jamais. Pourquoi nous détester ? Pourquoi vouloir du mal ? Pourquoi la haine ? S’il existe une seule chose qui peut être haïe, c’est justement la haine qui engendre la violence. Ces bourreaux qui ont insensiblement fustigé le corps du nazaréen, n’ont-il pas l’espace d’un moment pensé qu’on pourrait leur faire la même chose ? Quelqu’un pourrait me dire qu’ont fait toutes les personnes impliquées dans la crucifixion du Christ ? Réalisaient-ils que sa mère assistait à sa passion ? Ont-ils oublié qu’ils ont également chacun une mère ?

Cette histoire peut être légendaire pour certains, véridique pour d’autres, ou même une dérision pour quelques uns. Je ne suis pas là en train de parler religion. Je parle d’humanité. Qu’on le veuille ou pas, cette histoire a bel et bien existée, et chacun est libre de lui conférer la signification qu’il désire. Elle est là, en dépit de tout, pour prouver qu’il y a eu quelqu’un qui a subi tout ce qu’il y a de plus odieux qui puisse exister, pour nous dire : aimez-vous les uns les autres – en d’autres termes, regardez la turpitude de la violence et bannissez-la, et ne faites que du bien aux autres.

Et malgré tout, la violence continue. La vue de Marie dans cet état, ne pouvant rien faire pour mettre fin aux douleurs inimaginable de son fils, me fait penser aux mères des détenus dans les prisons des régimes ennemis, qui savent que leurs enfants sont dans de très mauvais draps, sans savoir même si ces draps sont des linceuls, et qui sont inaptes de sauver la vie de leurs enfants des mains de leurs tortionnaires.

A ces femmes en peine, je pense ce soir. A l’intention des fruits de leurs entrailles qui souffrent injustement, j’adresse une prière, avec la ferme conviction qu’un cri du cœur peut soulever des montagnes. A ces âmes qui souffrent à cause d’individus qui n’ont pas voulu ou pu comprendre qu’un homme est venu ici-bas souffrir pour abolir la souffrance, et continuent à agir avec animosité, je formule une instance au Dieu unique auquel si peu de gens ont ouvert leur cœur, pour lui dire de donner la grâce aux incorrigibles humains qui n’ont jamais tiré une leçon de l’Histoire qu’ils continuent d’écrire avec le sang, de réaliser que la violence et la haine sont vaines, et que seul l’Amour vaille la peine d’être observé, pour que la vie vaille la peine d’être vécue.