
On peut qualifier aujourd’hui l’armée libanaise de bouclier
réel face à la dégradation du climat régional interne et externe au Liban.
Il y a 2 semaines, les 23 et 25 janvier plus exactement,
notre institution militaire a fait face à la triple mission de calmer les
sympathisants de la majorité et de l’opposition un jour de grève général, à
assurer la sécurité dans le quartier de Taamir à proximité de la ville de Saïda
et accidentellement à assurer la sécurité de la capitale même, Beyrouth, en
raison d’une simple rixe entre majorité, ici sympathisant du futur et
opposition avec un partisan d’Amal dans une cafétéria d’une université, rixe
qui a dégénéré en bataille confessionnelle entre quartiers entiers sunnites et ou plutot contre chiites.
Les incidents de cette semaine sont d’une autre ampleur, d’un
coté, mercredi soir, l’affrontement entre d’un coté une unité de 70 hommes de l’armée
libanaise appelée désormais par certains dont le ministre de la défense, « armée
de la résistance libanaise » au prise de l’armée la mieux équipée et entrainée au Monde malgré le dernier épisode face à Hezbollah, Tsahal donc, et d’un autre coté la saisie d’arme
appartenant au Hezbollah pourrait être la première expression d’un renouveau d’une
institution qui reste faible par son manque de moyens, mais une institution qui cette
fois ci remplira son devoir et qui fait preuve de volonté pour pallier son manque de moyens.
En 1975, l’institution militaire n’avait pas réussi son
devoir, malgré la tentative de ce général de déposer le gouvernement incapable
et incompétent d’alors pour faire enfin régner l’ordre entre noyaux de milices
chrétiennes et milices, voire armée palestinienne tout de même, la Saika
jouissant d’armements lourds et d’un encadrement militaire syrien.
En 1988 à 1990, l’armée libanaise avait affiché au grand
jour sa division, latente les années auparavant, entre d’un coté l’armée
libanaise de Michel Aoun, premier ministre mais également chef d’état major
nommé par le président d’alors, Amine Gemayel, et les parties détachées de
cette armée et mises aux services de la Syrie et de ses laquais de l’époque.
Par ce bref rappel historique, je voulais ici rappeler que
cette institution a souffert d’une déliquescence durant des années,
déliquescence poursuivit durant l’occupation syrienne de 1990 à 2005, en se
transformant plus en super police d’un état vassal à la Syrie qu’en armée
défendant le pays contre toute menace.
Ce bref rappel historique nous démontre également que par la
faute des hommes politiques de 1975 à aujourd’hui pratiquement, leur
contribution à construire une armée faible est la principale cause de l’existence
des milices, que cela soit les FL, les milices de Joumblatt, les Mourabitoun , d’Amal et du Hezbollah ou
même les milices palestiniennes.
Si les citoyens de l’époque se sentaient protégées par une
institution forte et capable, nul besoin d’avoir eu à participer à un gang de
personnes armées pour se protéger, gangs transformées en milices et en état
dans l’état.
Il y a eu une transformation progressive, une révolution de velours
accomplie par son commandant en chef, le Général Michel Sleimane dernièrement.
Notre génération, celle qui a participé au mouvement de
manifestations qui ont abouti au retrait syrien, n’était pas seule. Nos hommes
politiques, ceux qui appelaient à manifester en 2005, ne sont pas les seuls à
avoir combattu de leur manière à l’indépendance du Liban.
L’armée, la Grande Muette, a également participé à sa
manière à l’époque en ne réprimant pas dans le sang les manifestations du 14
février au 14 mars 2005. Son silence était paradoxalement le plus grand signe
de soutien. Le pouvoir pro-syrien a basculé grâce au silence de l’institution
militaire.
Je me souviens lors de ces fameuses manifestations de
commandos de l’armée libanaise empêchant conformément aux ordres politiques le
passage vers la place des martyrs des manifestants, dirent à ces mêmes
manifestants de les bousculer pour passer, vu qu’ils ont eu l’ordre de ne pas
agir contre la population. Ainsi de frêles jeunes filles en talon haut
bousculaient de manière assez drôle des commandos en rangers. Bousculade
voulue et souhaitée par cette Grance Muette.
L’armée libanaise à l’époque s’était réconciliée avec le
peuple libanais.
La mission de l’armée libanaise a aujourd’hui évoluée et celle-ci
se trouve sur un fil de funambule, d’un coté devant éviter une guerre civile à
caractère confessionnel, qui amènera à sa propre perte, le retour à la
division, et de l’autre la nécessite de prouver à la population libanaise qu’elle
se trouve à ses cotés quels que soient les circonstances.
Elle doit être neutre entre les libanais, empêchant que les évènements les plus facheux se produisent, encaissant les coups venant de chaque coté mais restant debout et protégeant le pays du pire, la guerre civile, et c’est cela qu’elle a accompli les 23 et 25 janvier, et la une parenthèse pour dénoncer l’attitude de certains hommes politiques qui ont critiqué l’institution militaire ces jours de malheurs et en particulier Geagea, et ferme vis-à-vis de l’étranger que cela soit les camps palestiniens, où elle doit imposer la loi libanaise, ferme vis-à-vis de la Syrie et d’Israël pour reconstruire une appartenance libanaise avant tout et clamer haut et fort:
"lebanon is back".
L’armée libanaise n’a pas vocation à défendre les citoyens
libanais les uns des autres hors situation exceptionnelle du genre de la guerre civile de 1975, année ou elle aurait due agir pour restaurer l’ordre libanais sur le territoire libanais. Elle a avant tout
vocation à agir pour défendre le territoire libanais d’agressions extérieures.
L’armée libanaise ne peut donc retourner ses armes contre le peuple au risque de provoquer sa division et la guerre civile et cela est
vrai contre le Hezbollah qui est malgré tout libanais. Mais l’armée libanaise a
le devoir d’entrer en compétition avec le Hezbollah sur le thème de la défense
nationale, elle a le devoir de remplir le rôle qui était le sien avant l’existence
du Hezbollah et que nos politiciens libanais ont tout simplement détruits en la
rendant incapable et inapte à le remplir depuis 1975. L’armée libanaise doit
agir pour d’un coté défendre les citoyens libanais des menaces étrangères
externes, Syrie et Israël mais également
interne, les armes palestiniennes.
Et c’est cela exactement qui se passe à l’heure actuelle.
Un bémol à cette stratégie, l’armée libanaise ne peut réagir
par la force et la violence, elle doit agir par la stratégie et sur le long
terme, elle doit se renforcer, elle doit se moderniser, elle doit redevenir l’institution
dont tous les libanais peuvent être fiers et c’est cela que construit à l’heure
actuelle le Général Michel Sleimane à qui j’aimerais, pour terminer, rendre
hommage.