Retour à la semaine dernière
Je voudrais revenir sur un article de L’Orient le Jour paru la semaine dernière, concernant l’interview accordé par Paul Salem qui dirige Carnegie MO. En voici le contenu et mes commentaires.
Conférences - Le politologue analyse la situation politique
dans laquelle se débat le pays Le Liban est pris dans un engrenage qui le dépasse,
estime Paul Salem L’article de Nicole HAMOUCHE
Si les penseurs et chercheurs sans ambitions politiques
personnelles, qui réfléchissent à nos problèmes de société aujourd’hui, étaient
plus entendus, il aurait été sans doute possible de dépassionner certains
débats et d’apporter des réponses structurées à des équations géopolitiques
difficiles. Des think tanks sont ainsi nés dans l’objectif de contribuer à la
sécurité, la stabilité et la prospérité dans le monde. C’est le cas de Carnegie
Endowement for International Peace, créé en 1910 par Andrew Carnegie, le roi du
fer aux États-Unis et dont les deux premiers présidents étaient des prix Nobel
de la paix. Carnegie, prônant « l’engagement international des États-Unis » et
visant « des résultats concrets », avait, par exemple, aidé à la création de la
Cour internationale de la Haye et financé des travaux de droit international –
publiés entre la Première et la Seconde Guerre mondiale – qui constituent la
pierre angulaire dudit droit actuel. Dans le cadre de sa stratégie de
globalisation, il a ouvert il y a quelques mois un bureau à Beyrouth pour le
Moyen-Orient. Son directeur régional, Paul Salem, a partagé avec les anciens de
Sciences-Po Paris, section Liban, son analyse de « la difficile situation
libanaise – selon sa propre expression, “the Lebanese predicament” – entre
divisions internes et conflits externes ».
Le tribalisme et le confessionnalisme ne sont pas propres au
Liban, constate le politologue. Le XXIe siècle lui-même est tribal et
confessionnel alors que le XXe siècle laissait espérer que les institutions
politiques et la modernité nous éloigneraient de ces schémas. Une attente qui
apparaissait légitime au regard des évolutions dans les années cinquante et
soixante. La globalisation a cependant paradoxalement conduit à un repli sur
soi et à la résurgence de ces phénomènes communautaires. Le Liban, a fortiori, n’y
a pas échappé puisqu’il est à la base ainsi construit. Paul Salem imagine
cependant des voies de sortie de ce modèle, même si cela doit prendre une ou
deux générations. Selon lui, le changement doit s’opérer dans le fond, dans les
mentalités : c’est par « la littérature, l’art, l’éducation, la culture … »
qu’il se fera. Il y a vingt ans déjà, Pharès Zoghbi voyait Le salut par la
culture (1) et Bahjat Rizk (2) y voit, également en 2006, le préalable à tout
ajustement politique. Car c’est d’un projet de culture dont on a besoin, le
pluriculturalisme étant partie intégrante de notre identité. Or le Liban a été
nourri à « la culture commerciale, point barre », assène M.
Salem et « la faute n’incombe pas au système ou aux
politiciens » ; c’est « la société elle-même qui est ainsi ». Ce n’est pas pour
autant qu’une évolution ne peut être envisagée. Il n’y a pas de fatalité.
Je ne suis pas d’accord sur le fait que c est la société elle-même. La faute est au système politique qui dès les années 50 avait été petit à petit changé au profit d’une mécanisme communautaire, avec en particulier la loi électorale de 58.
L’Europe elle-même a été confessionnelle ; catholiques et
protestants s’y sont longtemps opposés et ont fini par trouver le moyen de
dépasser leurs antagonismes. De même, y a-t-il eu une conviction réelle dans le
monde arabe et une dynamique dans cette direction jusque dans les années 70. Et
si les horloges ont depuis fonctionné à contresens, la politique reste
néanmoins, selon Paul Salem, « l’art du possible ». Ainsi, au Liban, faudrait-il
que les différentes communautés qui composent le pays se sentent partie du
processus politique censé mener à la déconfessionnalisation. Autrement, la voie
à la victimisation reste ouverte ; la crise actuelle en est d’ailleurs le
produit, de l’avis de l’analyste. Toutes les communautés ont endossé ce rôle de
victimes ; un état d’esprit peu propice à la définition d’un projet commun qui
vise à terme la déconfessionnalisation. Certes, le confessionnalisme, en ce
qu’il rassure les uns et les autres, est nécessaire, mais il doit être perçu
comme un marchepied, une transition, vers l’objectif ultime. C’est le rôle de «
l’ingénierie politique », selon le terme de M. Salem que de concevoir les
moyens d’y arriver. Celui-ci évoque, à titre d’exemple, la promulgation de lois
encourageant les citoyens à s’associer dans des partis politiques, favorisant
la création de partis non confessionnels en accordant des espaces médias
gratuits, des subventions, etc. Bien évidemment, ces éléments devront être
pensés en relation avec la nouvelle loi électorale. De même, pour être candidat
à la présidentielle, par exemple, il faudrait être membre d’un parti qui réunit
certaines conditions de représentativité communautaire (en pourcentages) ou
d’un parti qui reçoit au moins 5 % de vote de chaque district du Liban… Sur un
autre plan, M. Salem cite également des lois favorisant la mixité dans les
écoles et les universités, au moins dans Beyrouth. Les idées ne manquent pas, mais
aucune démarche n’a encore été entreprise dans ce sens, alors que c’était le
propos même de Taëf, il y a dix-sept ans. Pour Paul Salem, c’est ce qui
explique d’ailleurs, en partie, la crise actuelle. Le général Aoun et le
Hezbollah ne faisaient pas partie de cet accord et s’en perçoivent comme les
victimes. Pour les aounistes, la diminution des pouvoirs présidentiels est
ressentie comme une atteinte à la communauté chrétienne, selon le directeur de
Carnegie, d’autant plus que les présidents de l’après-Taëf n’étaient pas des
leaders politiques chrétiens.
Petit commentaire ici, la crise politique actuelle est aussi liée à une anesthésie forcée suite à la guerre civile et à l’occupation syrienne et qui a conduit à une non adaptation du système politique et une non assimilation des nouveaux équilibres communautaires, puisque le système est communautaire par le système politique.
On paye aujourd’hui le prix de l’inaction, certains refusant d’abandonner leur avantages alors qu’ils sont devenus minoritaires au profit des gagnants des nouveaux équilibres. Israël est une réalité mais le chiiste est une réalité également et il faut bien trouver un deal pour pouvoir s’accommoder des nouveaux équilibres et principalement par l’émergence de mouvement comme le Hezbollah qui représente une partie importante de la communauté chiite tout de même.
Les griefs que peuvent avoir les différentes communautés à
l’intérieur du pays ne sont toutefois pas les seuls facteurs qui expliquent
l’enlisement que nous vivons, lequel est entretenu par une Syrie qui joue le
facteur temps, comme à l’accoutumée. Celle-ci espère un changement dans
l’équilibre des pouvoirs qui lui serait à nouveau favorable, au regard
notamment du rapprochement irano-irakien ; elle table sur un Oncle Sam qui
finirait par se lasser et sur un nouveau président américain qui abandonnera
l’aventure moyen-orientale bushiste. Ceci serait vrai si ce n’était le tribunal
international. Car il est un accord général tant des États-Unis, de la Russie, de
la Chine que de la Corée du Nord sur la résolution du Conseil de sécurité
contre l’Iran. De plus, le fait d’infliger de sanctions à l’Iran au travers des
marchés financiers serait très pénalisant pour le pays. Et la République des
mollahs, qui émerge comme une puissance régionale et dont l’influence en Irak
est grandissante, a bien conscience de son ascension et de ce qu’elle a
beaucoup à perdre à ne pas prendre ces menaces au sérieux.
Elle a d’ailleurs repris les discussions avec les Saoudiens
et se veut rassurante vis-à-vis du monde arabe. Dans ce contexte, elle ne
chercherait donc pas forcément à protéger la Syrie du tribunal même si elle n’a
pas intérêt non plus au changement de régime en Syrie. Nul ne le souhaite
d’ailleurs ; surtout pas Israël. Alors quel intérêt à vouloir faire coûte que
coûte le tribunal international ? Il servirait plutôt d’arme de négociation
avec la Syrie, l’objectif étant de pousser celle-ci à céder aux conditions
américaines en ce qui concerne sa politique en Irak, en Palestine et au Liban, selon
Paul Salem. L’on comprend alors que le Liban ait été stable entre 1990 et 2004
lorsqu’il y avait une stabilité internationale et régionale et pourquoi il
s’est effondré dernièrement quand l’entente internationale n’était plus au
rendez-vous. On n’est pas encore sorti de l’auberge.
Commentaire ici: Paul Salem ne prend pas en compte l’impact et la formation d’un pôle-gendarme saoudien avec un agenda propre à lui qui en ce moment s’oppose de plus en plus au pôle américain en sous main en menacant d’intervenir en Irak mais également au pôle iranien.
Seymour Hersh pour reprendre le billet précédent avait fait également part de l’utilisation par les 2 pôles américains et saoudiens, les américains s’étant rendus compte de leur défaite en Irak, de l’utilisation d’islamistes. A ce sujet, le plan serait de changer le régime syrien et de le remplacer par un régime "frère musulmans" comme je le prévoyais depuis 2005. Plan que confirme aujourd’hui lui même Joumblatt dans une interview sur France24 en janvier, ou il demandait à ce que les pays occidentaux sponsorisent un coup d’état frère musulman, ce qui va déplaire à Trafic d’ailleurs mais qui est une nouvelle confirmation de l’article de Hersh
Nicole
HAMOUCHE
(1) Titre de son livre publié en 1988 aux Éditions Librairie
Antoine et Dar an-Nahar.(2) « Le pluralisme libanais dans l’identité et le système
politique » ; ouvrage de Bahjat Rizk publié en 2006.
Recently

février 28th, 2007 at 16:42
Salem is wrong about Europe. It was an entirely different situation;
I agree with you concerning the responsibility of the political class in the 50s and 60s. They used sectarianism to defeat Shehabism and it backfired and became uncontrollable.
I browsed through Bahjat Rizk previous book. A small grey book. It is full of cliches but interesting and utopian in a good sense
février 28th, 2007 at 17:24
I ll reply in english
What i think is that we have a convergence of interest btw saudi arabia and the US in a short term timing and especialy against the iranian axis
and also a divergence interest btw saudi arabia and the US on a medium to long scale.
If we go back from 2001 to nowadays. Why the US attacked Iraq.
If we go back to the neo con litterature, we notice 2 theories
One theory states that they wanted to build up a arab and shia state and the aim of that state was to counterbalance Iran on one side and the Saudi Arabia on the other side as at that time most of the strategic think tank were believing that the saudi monarchy could be overthrown by an islamic revolution.
The other theory which is for me less important was also to build a platform in order to replace their alliance with saudi arabia and its monarchy by an iraqi alliance.
Other possibility was to induce a sort of civil war all over the middle east in order to reshape this region (see that map http://www.libnanews.com/2006/07/le_nouveau_moye.html ) according to ethnical and religious parameters, and this map was even supported by some claims and sentences of condoleezza rice stating that the borders should be redesigned according to theses criterias.
Saudi Arabia on a short term faces the shia threat and here we have a convergency of interest with the USA but on a medium to long term timing, they are aware of the US threat to reshape the region as the US tried to replace their alliance and the Saudi are reacting by trying to strengh their influence on the arab world.
However what is interesting now about seymour’s hersh article is that the USA finally accepted that they lost their iraqi battle, and i m wondering now how their attitude will be affected by this parameter and how their relation with saudi arabia will be as well affected.
If i have to bet on something, i would think that the Saudi are less dependant on the US and rely more on themselves.
The interesting point is well would be impacting lebanon itself, and especially how theses convergencies and divergencies will impact the 14 of march movement.
Sorry for my english, i m starting to loose it.
I m feeling that theses explanations are however not suffisant as they are still superficial, we can write a whole book to try to complete it
I m agreeing that the european situation is not equal, we didnt have in europe different cultures but different religions, the basement of the society was the same.