Retour à la semaine dernière

Je voudrais revenir sur un article de L’Orient le Jour paru la semaine dernière, concernant l’interview accordé par Paul Salem qui dirige Carnegie MO. En voici le contenu et mes commentaires.


Conférences – Le politologue analyse la situation politique dans laquelle se débat le pays Le Liban est pris dans un engrenage qui le dépasse,estime Paul Salem L’article de Nicole HAMOUCHE

Si les penseurs et chercheurs sans ambitions politiques personnelles, qui réfléchissent à nos problèmes de société aujourd’hui, étaient plus entendus, il aurait été sans doute possible de dépassionner certains débats et d’apporter des réponses structurées à des équations géopolitiques difficiles. Des think tanks sont ainsi nés dans l’objectif de contribuer à la sécurité, la stabilité et la prospérité dans le monde. C’est le cas de Carnegie Endowement for International Peace, créé en 1910 par Andrew Carnegie, le roi du fer aux États-Unis et dont les deux premiers présidents étaient des prix Nobel de la paix. Carnegie, prônant « l’engagement international des États-Unis » et visant « des résultats concrets », avait, par exemple, aidé à la création de la Cour internationale de la Haye et financé des travaux de droit international – publiés entre la Première et la Seconde Guerre mondiale – qui constituent la pierre angulaire dudit droit actuel. Dans le cadre de sa stratégie de globalisation, il a ouvert il y a quelques mois un bureau à Beyrouth pour le Moyen-Orient. Son directeur régional, Paul Salem, a partagé avec les anciens de Sciences-Po Paris, section Liban, son analyse de « la difficile situation libanaise – selon sa propre expression, “the Lebanese predicament” – entre
divisions internes et conflits externes ».

Le tribalisme et le confessionnalisme ne sont pas propres au Liban, constate le politologue. Le XXIe siècle lui-même est tribal et confessionnel alors que le XXe siècle laissait espérer que les institutions politiques et la modernité nous éloigneraient de ces schémas. Une attente qui apparaissait légitime au regard des évolutions dans les années cinquante et soixante. La globalisation a cependant paradoxalement conduit à un repli sur soi et à la résurgence de ces phénomènes communautaires. Le Liban, a fortiori, n’y a pas échappé puisqu’il est à la base ainsi construit. Paul Salem imagine cependant des voies de sortie de ce modèle, même si cela doit prendre une ou deux générations. Selon lui, le changement doit s’opérer dans le fond, dans les mentalités : c’est par « la littérature, l’art, l’éducation, la culture … » qu’il se fera. Il y a vingt ans déjà, Pharès Zoghbi voyait Le salut par la  culture (1) et Bahjat Rizk (2) y voit, également en 2006, le préalable à tout ajustement politique. Car c’est d’un projet de culture dont on a besoin, le pluriculturalisme étant partie intégrante de notre identité. Or le Liban a été nourri à « la culture commerciale, point barre », assène M.

Salem et « la faute n’incombe pas au système ou aux politiciens » ; c’est « la société elle-même qui est ainsi ». Ce n’est pas pour autant qu’une évolution ne peut être envisagée. Il n’y a pas de fatalité.

Je ne suis pas d’accord sur le fait que c est la société elle-même. La faute est au système politique qui dès les années 50 avait été petit à petit changé au profit d’une mécanisme communautaire, avec en particulier la loi électorale de 58.

L’Europe elle-même a été confessionnelle ; catholiques et protestants s’y sont longtemps opposés et ont fini par trouver le moyen de dépasser leurs antagonismes. De même, y a-t-il eu une conviction réelle dans le monde arabe et une dynamique dans cette direction jusque dans les années 70. Et si les horloges ont depuis fonctionné à contresens, la politique reste néanmoins, selon Paul Salem, « l’art du possible ». Ainsi, au Liban, faudrait-il que les différentes communautés qui composent le pays se sentent partie du processus politique censé mener à la déconfessionnalisation. Autrement, la voie à la victimisation reste ouverte ; la crise actuelle en est d’ailleurs le produit, de l’avis de l’analyste. Toutes les communautés ont endossé ce rôle de victimes ; un état d’esprit peu propice à la définition d’un projet commun qui vise à terme la déconfessionnalisation. Certes, le confessionnalisme, en ce qu’il rassure les uns et les autres, est nécessaire, mais il doit être perçu comme un marchepied, une transition, vers l’objectif ultime. C’est le rôle de « l’ingénierie politique », selon le terme de M. Salem que de concevoir les moyens d’y arriver. Celui-ci évoque, à titre d’exemple, la promulgation de lois encourageant les citoyens à s’associer dans des partis politiques, favorisant
la création de partis non confessionnels en accordant des espaces médias gratuits, des subventions, etc. Bien évidemment, ces éléments devront être pensés en relation avec la nouvelle loi électorale. De même, pour être candidat
à la présidentielle, par exemple, il faudrait être membre d’un parti qui réunit certaines conditions de représentativité communautaire (en pourcentages) ou d’un parti qui reçoit au moins 5 % de vote de chaque district du Liban… Sur un
autre plan, M. Salem cite également des lois favorisant la mixité dans les écoles et les universités, au moins dans Beyrouth. Les idées ne manquent pas, mais aucune démarche n’a encore été entreprise dans ce sens, alors que c’était le propos même de Taëf, il y a dix-sept ans. Pour Paul Salem, c’est ce qui explique d’ailleurs, en partie, la crise actuelle. Le général Aoun et le Hezbollah ne faisaient pas partie de cet accord et s’en perçoivent comme les victimes. Pour les aounistes, la diminution des pouvoirs présidentiels est ressentie comme une atteinte à la communauté chrétienne, selon le directeur de Carnegie, d’autant plus que les présidents de l’après-Taëf n’étaient pas des leaders politiques chrétiens.

Petit commentaire ici, la crise politique actuelle est aussi liée à une anesthésie forcée suite à la guerre civile et à l’occupation syrienne et qui a conduit à une non adaptation du système politique et une non assimilation des nouveaux équilibres communautaires, puisque le système est communautaire par le système politique.

On paye aujourd’hui le prix de l’inaction, certains refusant d’abandonner leur avantages alors qu’ils sont devenus minoritaires au profit des gagnants des nouveaux équilibres. Israël est une réalité mais le chiiste est une réalité également et il faut bien trouver un deal pour pouvoir s’accommoder des nouveaux équilibres et principalement par l’émergence de mouvement comme le Hezbollah qui représente une partie importante de la communauté chiite tout de même.

Les griefs que peuvent avoir les différentes communautés à l’intérieur du pays ne sont toutefois pas les seuls facteurs qui expliquent l’enlisement que nous vivons, lequel est entretenu par une Syrie qui joue le facteur temps, comme à l’accoutumée. Celle-ci espère un changement dans l’équilibre des pouvoirs qui lui serait à nouveau favorable, au regard notamment du rapprochement irano-irakien ; elle table sur un Oncle Sam qui finirait par se lasser et sur un nouveau président américain qui abandonnera l’aventure moyen-orientale bushiste. Ceci serait vrai si ce n’était le tribunal international. Car il est un accord général tant des États-Unis, de la Russie, de la Chine que de la Corée du Nord sur la résolution du Conseil de sécurité contre l’Iran. De plus, le fait d’infliger de sanctions à l’Iran au travers des
marchés financiers serait très pénalisant pour le pays. Et la République des mollahs, qui émerge comme une puissance régionale et dont l’influence en Irak est grandissante, a bien conscience de son ascension et de ce qu’elle a
beaucoup à perdre à ne pas prendre ces menaces au sérieux.

Elle a d’ailleurs repris les discussions avec les Saoudiens et se veut rassurante vis-à-vis du monde arabe. Dans ce contexte, elle ne chercherait donc pas forcément à protéger la Syrie du tribunal même si elle n’a pas intérêt non plus au changement de régime en Syrie. Nul ne le souhaite d’ailleurs ; surtout pas Israël. Alors quel intérêt à vouloir faire coûte que coûte le tribunal international ? Il servirait plutôt d’arme de négociation avec la Syrie, l’objectif étant de pousser celle-ci à céder aux conditions américaines en ce qui concerne sa politique en Irak, en Palestine et au Liban, selon Paul Salem. L’on comprend alors que le Liban ait été stable entre 1990 et 2004 lorsqu’il y avait une stabilité internationale et régionale et pourquoi il s’est effondré dernièrement quand l’entente internationale n’était plus au
rendez-vous. On n’est pas encore sorti de l’auberge.

Commentaire ici: Paul Salem ne prend pas en compte l’impact et la formation d’un pôle-gendarme saoudien avec un agenda propre à lui qui en ce moment s’oppose de plus en plus au pôle américain en sous main en menacant d’intervenir en Irak mais également au pôle iranien.

Seymour Hersh pour reprendre le billet précédent avait fait également part de l’utilisation par les 2 pôles américains et saoudiens, les américains s’étant rendus compte de leur défaite en Irak, de l’utilisation d’islamistes. A ce sujet, le plan serait de changer le régime syrien et de le remplacer par un régime « frère musulmans » comme je le prévoyais depuis 2005. Plan que confirme aujourd’hui lui même Joumblatt dans une interview sur France24 en janvier, ou il demandait à ce que les pays occidentaux sponsorisent un coup d’état frère musulman, ce qui va déplaire à Trafic d’ailleurs mais qui est une nouvelle confirmation de l’article de Hersh

Nicole

HAMOUCHE

(1) Titre de son livre publié en 1988 aux Éditions Librairie
Antoine et Dar an-Nahar.

(2) « Le pluralisme libanais dans l’identité et le système
politique » ; ouvrage de Bahjat Rizk publié en 2006.

Génération spontanée d’armes

Dans certains pays, poussent au mois d’octobre novembre, les champignons, aidés en cela par le climat à caractère humide qui enveloppe des zones principalement forestières.

Je me souviens ainsi de week-ends dans les Vosges à récolter des champignons, bolées, trompettes, parfois même en quantité industrielle pour ensuite les déguster avec une bonne omelette. Au Liban, on assiste à une autre récolte, celle des armes qui se trouvent être classées de manière assez évidente en lieu et place des zones forestières, de certaines zones routières.
Ces armes semblent pousser à la manière des champignons, le climat politique actuel semblant assez favorable à cette génération spontanée. Après des années de disette, occupation syrienne oblige, le climat n’ayant pas été très favorable, réapparaissent alors ces champignons plutôt venimeux, empoisonnant à nouveau la population libanaise bien innocente. Elles poussent ainsi à la faveur de discours politiques, engendrant des émeutes en lieu et place, des ondées salutaires pour les champignons usuels. Se développe aussi à l’image de la truffe, un commerce de contrebande d’armes, la demande se faisant haute, les prix augmentant, dit-on aujourd’hui multipliés par cinq ou six.

Cependant ces récoltes paraissent dans les conditions actuelles au Liban assez indigestes pour la population civile, les menaçant de
les empoisonner à nouveau tel que ce fut le cas pendant la guerre civile. À l’image de l’anémite tue mouche, le Liban se trouve faire face à de grands dangers, aidé en cela par des hommes politiques incapables d’avoir su éviter, que dis-je, de ne pas avoir su éviter
d’être les pions de jeux étrangers qu’ils soient perses, américains, saoudiens, martiens.

Cette note vient en écho aux découvertes d’armes qui ont été  effectuées par les forces de l’ordre ces derniers jours à Beyrouth, dans le Kesrouan, à Jezzine et aujourd’hui à proximité de Saïda.

Les principaux responsables ne sont pas ceux qui déposent les armes, ils n’agissent qu’aux ordres de quelques personnes. Mais
les principaux responsables sont ceux au pouvoir ou qui agissent dans le cadre d’un mandat et qui ajoutent encore plus d’huile sur le feu et ne font rien pour empêcher que la situation ne dégénère.

Ces armes n’apparaissent pas par génération spontanée ou par hasard, elles sont un acte volontaire qui vise à détruire le Liban et à
envenimer le caractère confessionnel que comprend un conflit.

Cessons donc de trouver toujours des excuses, avant c’était la faute à Israël et aujourd’hui de la Syrie. La faute est avant tout libanaise, celle d’avoir permis à ces armes de circuler et même d’exister faute de forces de l’ordre et d’un état fort. La faute est une faute mutuelle, commune, concernant aussi bien ceux qui détiennent aujourd’hui des armes, majorité ou opposition que ceux qui cherchent à en acquérir. On agi comme si cela été un problème nouveau. Sauf que ce problème était apparu quand l’état libanais a failli à sa mission d’assurer son autorité dans les camps palestiniens en 69 par les accords du Caire. A partir du moment où l’on accepte des armes étrangères, comment justifier que des libanais ne puissent pas en posséder. Il faut désarmer les camps palestiniens comme préambule à un désarmement total. La faute est avant libanaise parce que nous avons laisser ce problème se produire et se développer.

Nous sommes déjà comme je le dis depuis bien longtemps dans une guerre civile larvée et non pas froide comme le prétendait dernièrement un homme politicien. Larvée tous simplement parce qu’il y a déjà eu des victimes, la guerre froide n’avait fait aucune victime directement mais indirectement, par conflit interposé.

Ma réaction principale est celle du dégoût par rapport à une classe politique qui n’a rien appris de l’histoire du Liban et plus précisément de l’histoire de la guerre civile, une classe politique qui recommence sans cesse à redevenir le pion de l’étranger, à une exception près une exception notable, une personne qu’on accuse aujourd’hui de bien de choses, accusations que je trouve néanmoins injustifiées.

Dans un de mes posts précédents, j’avais exprimé mon regret d’avoir participé à une manifestation le jour 14 mars 2005. J’ai en effet un regret, celui d’avoir participé à cette manifestation le jour du 14 mars 2005 pour m’avoir fait berner et tromper par une classe politicienne qui aujourd’hui conduit le Liban vers une guerre.

J’avais espéré que ce jour-là, la mentalité selon laquelle le Liban était toujours en guerre avait été oubliée. J’ai été berné par des
hommes politiciens qui ont déjà été acteurs de cette guerre civile et qui aujourd’hui conduisent de nouveau le pays vers une nouvelle guerre.

Si j’avais su à l’époque où les personnes au pouvoir ont mené le pays aujourd’hui, étant donné que durant la guerre, je me suis souvent rendu dans les urgences de l’hôpital où travaille mon père pour y voir arriver des blessés et des morts, je n’aurais pas participé à cette manifestation. Je déplore que ce 14 mars 2005 aboutisse aujourd’hui à ce genre de conflit que je pensais être d’un âge résolu et appartenant au passé.

Ptit inventaire de situation

Comme je l’avais été signalé depuis assez longtemps, le Liban est en guerre civile larvée. L’ancien président de la république Amine Gemayel a pour ainsi dire fait le même constat en parlant de guerre civile froide.

Nous avons donc inventé au Liban un nouveau concept, la guerre civile qui n’en est pas une. Sans vouloir venir ont plutôt revenir sur les responsabilités partagées, j’avais évoqué en novembre dernier les raison de l’échec de la table ronde, à l’époque convoquée par le président de la chambre pour résoudre la crise politique qui rongeait déjà à l’époque le Liban. Cette crise s’est de plus bien sûr aggravée et on en a vu toutes les conséquences.

Mes sources avaient indiqué à l’époque qu’il y avait eu accord entre le mouvement du futur et opposition pour la constitution d’un
gouvernement d’union nationale. Mes sources étaient proches du mouvement dit du 14 mars, je tiens quand même à le signaler maintenant.

Il y a eu accord entre dont le mouvement du futur et l’opposition dans son ensemble pour la constitution d’un gouvernement d’union
nationale et l’acceptation par tous du tribunal international. La formule accordait 19 ministres pour la majorité et 11 pour l’opposition, il s’agit à peu près de la même qu’on évoque aujourd’hui dans l’initiative saoudienne.

À l’époque, mes source m’ont indiqué que certains partis chrétiens de la coalition du 14 mars sont allées se plaindre auprès de
l’ambassade américaine qui a fait en retour pression sur le député Saad Hariri afin qu’il retire cette offre, chose qu’il a faite et qui a plongé de Liban dans la crise politique actuelle.

Avant hier, le député Saad a dit une petite phrase qui très intéressante, que le dirigeant des forces libanaises rejette le compromis selon laquelle 19 ministres à la coalition majoritaire aujourd’hui et 11 à l’opposition. Ce compromis est accepté par l’Arabie Saoudite entre autre mais rejeté par des pays européens et des États-Unis, ce qui provoque un blocage alors actuel et notamment dans les mécanismes liés à l’aide que les organismes un de la communauté internationale ont promis au Liban lors de la conférence de
Paris III.

Ces accusations ont été reprises par le numéro deux du mouvement Hezbollah, Cheick Naïm Kassem qui a tendu la main à Hariri tout en accusant le député de druze Waleed Joumblatt et le dirigeant des forces libanaises Samir Geagea de bloquer toute possibilité de compromis.

Pourquoi cet acharnement à tout bloquer, cet acharnement étant désormais confirmé de part et d’autre ?

Ces anciens seigneurs guerriers recherchent-ils à se refaire une nouvelle guerre, comme durant les années 80 où il pouvait contrôler leur fief et les poches ouailles.

Au-delà de cet aspect purement rhétorique, la communauté druze ne représente plus rien sur l’échiquier politique libanais. La communauté druze n’a plus de pouvoir sauf celui de devenir un arbitre, et Waleed Joumblatt a compris qu’en bloquant on contrôle, comme le rappelle un ancien proverbe asiatique. Qui détruit contrôle, qui bloque contrôle.

Idem pour le mouvement des forces libanaises.

En 2005, la vision politique des forces était liée à une alliance avec le futur durant les législatives de 2005 pour libérer leur dirigeant politique. Une fois cette libération obtenue, cette alliance a perduré non pas par convergence de cause mais plutôt par convergence d’intérêts, pour faire face à ce qui à l’époque était une nouveauté sur la scène politique libanaise, l’émergence d’un pôle parlementaire chrétien fort celui du CPL, le vainqueur dans les régions autrefois sous tutelle force libanaises et cela durant la guerre civile. Ce rejet des forces libanaises dans les régions qu’ils occupaient, et l’obtention de député dans des régions mixtes grâce surtout à la porte voix de leurs alliés du mouvement du futur a abouti à une grande dépendance de ce parti envers celui-ci. D’où en fait malgré le fait que leurs intérêts soient divergents, cette divergence ne s’est pas exprimée jusqu’à présent au grand jour.

Quel est leur projet politique certains évoquent un projet de fédéralisme au Liban, dans un tel le cas les tensions politiques sont nécessaires afin de faire accepter un tel système politique.

Cependant cette petite phrase du dirigeant du futur démontre une nouvelle fois qui a une divergence d’intérêts à l’heure actuelle entre les parties de la coalition dit du 14 mars. Cette divergence ira en grandissant.

Du côté de l’opposition, la situation n’est pas meilleure :

il y a en ce moment une alliance entre le courant patriotique libre, le Hezbollah et le mouvement chiite Amal. Cette alliance s’exprime surtout en raison d’une convergence d’intérêts dans l’opposition.

Alors que le général Aoun, il faut quand même voir comme fers de lance contre l’occupation syrienne s’était fait rejeté par la coalition alors actuelle au pouvoir en 2005 et notamment en raison  de divergences au niveau électoral et dans les régions mixtes de Baabda Aley et du Metn, divergence qui s’était ensuite reproduite au nord de Liban et dans la Békaa, a été poussé dans une opposition, la majorité elle semblait tout d’abord composée avec le Hezbollah et Amal.

Cette configuration de l’échiquier politique libanais allait tôt ou tard aboutir à une explosion de la scène politique libanaise.

Dès 2005, on pourrait prévoir qu’un gouvernement coalition entre le mouvement dit du 14 mars, le Hezbollah et Amal ne pouvait exister, les intérêts étant trop divergents, leurs parrains étrangers respectifs ayant des agendas différents.

Ces divergences se sont petites à petit exprimés d’abord doucement plus de manière de plus en plus importante, jusqu’à éclater au grand jour. Le conflit de juillet dernier a été un catalyseur à l’explosion du gouvernement.

Une nouvelle convergence d’intérêts a eu lieu avec le CPL rejoint  part le Hezbollah et Amal dans son opposition gouvernement et aux 14 mars.

Sur cette base de la, une recomposition politique Liban s’est effectuée ce qui a abouti à la crise actuelle, les tensions étant allées
grandissantes.

Il y a eu des tentatives de répondre à cette redistribution des cartes politiques, le mouvement du futur a en effet essayé de faire des
avances d’un côté au courant patriotique libre, de l’autre à ses anciens partenaires sans toutefois comprendre qu’aucun de ces trois partis ne veulent désormais rejouer le jeu séparément, chat échaudé craint l’eau froide.

D’un point de vue interne maintenant la coalition du 14 mars, il y a également eu de nouveaux équilibres qui se sont créés.

D’un point de vue interne au Liban, la coalition du 14 mars se retrouvait être obligée à dépendre plus sur ses partenaires chrétiens et
notamment les forces libanaises et druzes, pour ne pas paraître comme dirigeant le Liban exclusivement dans l’intérêt des sunnites.

Ce qui explique aujourd’hui la dépendance du 14 mars envers les forces libanaises, utilisé comme contrepoids au courant patriotique libre.

D’un autre côté, externes et précis, on assiste à une divergence d’intérêts entre les acteurs pro saoudiens et les acteurs pro Américains. Les Américains ayant perdu l’Irak, qui est un pays en guerre civile entre sunnites et chiites, et dont la présence ne sert qu’à être un punching ball coincé entre deux combattants, les saoudiens ont voulu prendre un rôle plus important au Moyen-Orient. Il menace alors actuel d’intervenir aux côtés des saoudiens en Irak.

Élargissons la carte à tout le Moyen-Orient. Des minorités chiites existent dans le golfe, au Koweït, dans les zones pétrolifères est de
l’Arabie Saoudite. Ce royaume a peur que le retrait probable des Américains d’Irak amène à ce que les minorités chiites du monde arabe puissent être beaucoup plus perméable à l’influence iranienne.

Ils ont donc besoin de contrebalancer cette influence iranienne.

D’un autre côté, l’Iran se sont de plus en plus menacés et isolés et sur l’échiquier international, notamment par la présence américaine en Irak et en Afghanistan.

Ce scénario se répète avec la Syrie avec d’un côté l’Irak et de l’autre Israël et aujourd’hui le Liban. Ces deux pays ont une convergence intérêts et donc se sont rapprochés.

Sur la scène politique libanaise, on a eu trois impacts différents.

Le premier impact a été l’alliance de futur et l’Arabie Saoudite

Le deuxième impact a été le soutien beaucoup plus important de l’Iran et le remplacement du rôle syrien par un rôle iranien plus son
important notamment vis-à-vis des communautés chiites

Le troisième impact plus restreint : les Américains ne peuvent pas perdre et ne veulent plus perdre.

Cet impact a provoqué l’explosion du gouvernement Saniora dans un premier temps et aujourd’hui la divergence d’intérêts dans la coalition gouvernementale entre d’un coté les partisans de l’Arabie Saoudite et des américains.

J’arrêterais la description du mécanisme qui a aboutit à la crise politique qu’on connaît, parce que cela devient assez fastidieux.

La question est de savoir comment cette divergence va s’exprimer, quels sont les impacts à venir et ainsi de suite.

Je terminerais donc par l’excellent article de Fisk qui est paru hier dans The Independant (en anglais), qui sous entend qu’on n’est pas encore sorti de l’auberge.

Robert Fisk:
Lebanon Will be First Victim of Iran Crisis By Robert Fisk The Independent

How easily the sparks from the American-Israeli fire fall across the Middle East. Every threat, every intransigence uttered in Washington and Tehran now burns a little bit more of Lebanon.

It is not by chance that the U.N. forces in the south of the country now face growing suspicion among the Shiites who live there. It is no coincidence that Israel thunders that the Hizbullah are now more powerful than they were before last summer’s July war. It is not an accident that Sayyed Hassan Nasrallah, Hizbullah’s leader, says he has brought more missiles into Lebanon.

Why, the Lebanese ask, did Syrian President Bashar Assad visit Iranian President Ahmadinejad last weekend? To further seal their « brotherly » relations? Or to plan a new war with Israel in Lebanon?

The images of Iran’s new missile launches during three days of military maneuvers – apparently long-range rockets which could be fired at U.S. warships in the Gulf – were splashed across the Beirut papers Tuesday morning, along with Washington’s latest threats of air strikes against Iran’s military. Be certain that the Lebanese will be the first to suffer.

For the West, the crisis in Lebanon – where Hizbullah and its allies are still demanding the resignation of Premier Fouad Saniora’s
government – is getting more serious by the hour. Over 12,000 U.N. troops – including battalions of Spanish, French and Italian forces – are now billeted across the hillsides of southern Lebanon, in the very battleground upon which the Israelis and the Hizbullah are threatening to fight each other again.

If Israel is America’s proxy (which the Lebanese don’t doubt), then Hizbullah is Iran’s proxy. The more the United States and Israel warn Iran of its supposed nuclear ambitions, the more Hizbullah increases the pressure on Lebanon.

Already, there are dangerous signs of what may be to come. Spanish troops were stoned by youths in a Lebanese village last week. French soldiers who arrived at Maroun al-Ras with their weekly medical convoy for local Lebanese civilians were told in no uncertain terms that they were not welcome. The French left immediately. Was this because President Jacques Chirac, busy commemorating his murdered Lebanese friend Rafik Hariri in Paris on Monday, is now talking of placing U.N. forces not just along the Lebanese border with Israel but along the country’s frontier with Syria as well?

Chirac is warning that last summer’s war between the Hizbullah and Israel could « re-plunge Lebanon into a deep crisis ». If the Lebanese don’t pull themselves together, the French President added, they could « slide once more into a fatal chasm ». These are not words which are likely to commend themselves to President Assad or his opposite number in Tehran.

Add to this the statement by Brigadier Yossi Baidatz, Israel’s head of research for military intelligence – disputed by Amir Peretz, the
country’s Defense Minister – that Hizbullah « is building up more firepower than it had before the war… some is still en route from Syria », and it’s not difficult to see why a visiting delegation of Italian senators in Beirut have been expressing their fears for their own country’s U.N. troops in southern Lebanon.

An Italian major general, Claudio Graziano, has just taken command of the multinational force, UNIFIL, and has been described by the Israelis as an expert in « counter-terrorism » – not quite the praise that General Graziano is likely to have wanted from the Israelis as he faces the dangers of the coming weeks and months. In fact, generals seem all the rage in Lebanon these days, the latest of whom – the Lebanese army commander General Michel Suleiman – has made a speech of remarkable common sense, effectively blaming Lebanon’s politicians for not creating the unity which might resolve its problems.

In last month’s street fighting in Beirut and other towns, Lebanese army soldiers achieved the extraordinary feat of repeatedly breaking up riots without killing a single one of their own citizens.

« Lebanon cannot be governed by its military or through a dictatorship, » he said. « It is a country satiated with democracy… but such a great amount of democracy in Lebanon might lead to chaos.

« Soldiers are even more conscientious than many leaders in this country, »Suleiman said.