
En ce moment, mon livre de chevet est un bouquin au sujet de
l’impact économique de la guerre de juillet dernier et le plan gouvernemental
pour remettre à flot cette économie. Ce bouquin m’a été offert lors de la
conférence de la semaine dernière au Bristol et au Grand Sérail organisée par
Lebanon opportunities.
L’impact de cette guerre est comme on peut bien l’imaginer multiple, déjà en
court terme, en vrac:
- une augmentation du chômage
estimé de 6 à 8% avant le conflit par les organismes économiques (je sais
j’aurais également dis que ce taux était supérieur) à entre 15 à 20%
aujourd’hui et avec l’exacerbation de l’inéquation entre l’offre et la
demande.
- la dégradation des finances
publiques alors que le Liban était déjà en coma économique profond voir en
mort cérébrale, on bat de nouveau record d’apnée économique, avec une
augmentation de 1.5 milliards de dollars (soit l’équivalent à 7% du PNB
rien que pour cette période) de la dette libanaise qui est estimée
désormais à 41 milliards de dollars (soit plus de 190% du PNB).
- Cependant, note positive,
la bonne maintien du secteur bancaire, bunkérisé par les mesures de sauvegarde
économique à force de coup d’injection de stéroïdes sous forme de dépôts
de devises étrangères auprès de la Banque Centrale, Arabie Saoudite, 1
milliards de dollars, Koweït 500 millions… mais comme les stéroïdes, un
jour ou l’autre, le système finit par craquer, les dépôts étrangers étant
de nature beaucoup plus psychologique pour éviter les attaques contre la
livre libanaise qu’efficace si celles-ci se produisaient effectivement.
Sur le long terme, en vrac, on risque une crise économique
en 2007, on a des dégâts écologiques durables avec la marée noire dont
l’affaire s’est en quelque sorte noyée au sens propre comme au figuré mais
également bien sur le problème de la reconstruction, et des infrastructures et
des domiciles détruits ou endommagés. L’état face à cela a choisi de
privilégier les infrastructures et les domiciles par rapport aux entreprises
libanaises dont les finances étaient déjà mal en point. Ce même état demande
des efforts des banques privées pour prendre en charge la reconstruction et la
réformes de ces PME-PMI mais comme on peut également le deviner les banques
privées ne sont des organismes de charité publique donc il y aura des pertes
collatérales dans ce processus.
Dans ce même rapport, les estimations des dégâts: 3.6 milliards de dollars dont
1 144 milliards rien que pour les domiciles détruits au cours de cette
offensive.
Note à coté, à la question d’une journaliste de la Future, le ministre de
l’économie a bien mis au clair qu’il ne s’agissait pas d’une offensive mais
d’une vrai guerre contre le Liban.
Plus de 500 camions ont également été détruits, le secteur des transports
libanais a subit 404 millions de dollars de dégâts. Suivent ensuite des
estimations sur des secteurs divers comme les telecom avec 85 millions, l’électricité
180 millions etc… Cela pour les pertes quantifiables.
Quelques statistiques encore:
62% des entreprises libanaises ont été partiellement ou totalement fermées, la
consommation des ménages a baissé de 30 à 35%, 2 milliards de dollars de revenu
ont été perdu pour le secteur touristique rien que durant ces 2 mois.
Et les estimations des pertes intangibles … ne sont pas encore publiées.
Bref au lieu de se chamailler sur des questions politiciennes par ce dialogue
qui ressemble plutôt de part et d’autre à un monologue (et malheureusement ce
n’est pas celui de la pièce de théâtre, "le monologue du vagin") nous
n’avons plus les moyens d’éviter une catastrophe économique l’année prochaine
en 2007, catastrophe que j’avais déjà prévu en 2004 par rapport au
remboursement de 5 milliards de dollars que le Pays du Cèdre aurait du
rembourser l’année prochaine mais dont le remboursement, j’imagine sera rééchelonné.
Nous devons désormais limiter les dégâts, sauver ce qui encore sauvable, nous
ne pourrons peut-être pas sauver la parité dollars-livre libanaise qui nous
coute très chère mais sauver l’épargne des libanais et libanaises pour réussir
peut-être un nouveau départ après la crise. La chose très différente par
rapport à la période d’hyperinflation des années 80, c’est que cette fois-ci,
le socle du système financier libanais et donc la majorité des banques
libanaises pourraient être mises en faillite en cas de défaut des payements du
gouvernement libanais.
Je reviendrais sur ces problèmes au fur et à mesure que je lirais les plans d’intervention des autorités libanaises pour faire face à cette situation désespérée.
En attendant … le Liban brule toujours … et nos pompiers sont des pyromanes …