
Ma définition du Liban m’a demandé une commentatrice ?
Elle est simple, mon Liban est multiple, mon Liban est
cosmopolite, mon Liban est complexe, mon Liban est sous tension, mon Liban est
solidarité, mon Liban est une nouvelle découverte chaque jour, mon Liban est
hospitalité, mon Liban est plaisir, mon Liban est folie, mon Liban est riche,
mon Liban est pauvre, mon Liban est paradoxe, mon Liban est liberté, mon Liban
à moi est tout cela.
Mon Liban est multiple, mon Liban est cosmopolite à l’image
des 19 communautés qui s’y trouvent réunis et qui s’entredéchirent parfois pour
se réconcilier ensuite, à l’image également de la diaspora libanaise qui se
réunit dans les rues de Monnot, de Gemmayzé, des petits villages coincés dans
la montagne, qui viennent de près ou de loin, du Golfe, d’Australie ou du
Brésil et qui se retrouvent comme si ce n’était qu’un jour qu’ils ne s’étaient
vue.
Mon Liban est
complexe, mon Liban est sous tension, à chaque jours sa dose de diplomatie, on
navigue en eau trouble, on doit parfois garder certaines distances pour se
rapprocher plus subtilement, à l’aide de roses, de fleurs, le Liban est un jeu
de rôle ou chacun s’y prend, ou les frères se déchirent un jour pour se
réconcilier le lendemain, leur intérêt ayant évolué. Complexe quand il s’agit
de comprendre les mécanismes de cette évolution, pas si simple d’ailleurs pour
beaucoup qui n’en nous qu’une vision simplifié selon des critères occidentaux
mais qui ne connaissent de l’Orient que certaines voluptés et encore qu’ils
pensent connaître sans y avoir réellement gouté.
Mon Liban est solidarité, je soutiens mon père face à mon
frère, mon frère face à mes cousins, mes cousins face à la communauté, ma
communauté face aux autres, et mon pays face à tout le monde, mon Liban est
unis dans l’adversité, et aux diables les voix dissonantes qui rompent
l’harmonie de ces voix qui parlent toutes d’une seule voix pour Le Liban.
Mon Liban est découverte, mon Liban est hospitalité. Combien
de civilisations s’y sont arrêtées, que ca soit les sumériens avec les
Egyptiens et les Hittites, Babylone, les Assyriens, les grecs, les romains qui
a chacun leur tour ont essayé d’occuper le pays des phéniciens dont les
libanais se réclament être les héritiers. Les ruines de ces civilisations nous rendent aujourd’hui
bien humbles, que dire devant les premières stèles d’écritures
phéniciennes ? Que dire devant les temples de Baalbeck ? Que dire
devant les plus petits temples d’Echmoun ?
Aujourd’hui encore, le Liban est avant tout le lieu
d’échange de cultures avec le choc de nos civilisations arabes et occidentales,
et peut-être c’est au Liban que s’élabore la nouvelle formule de coexistence et
de paix, espérons-le.
Mon Liban est hospitalité. Se promener dans un village qu’on
ne connaît guère et se faire offrir un manouché simplement parce qu’attiré par
cette odeur si caractéristique du thym. Se faire offrir des becklewa à la
naissance de l’enfant d’un inconnu dans la rue et ainsi partager son bonheur,
dormir simplement parce que loin de chez soi et cela chez des inconnus,
partager leur nourriture sans devoir pour autant le leur devoir mais en retour
offrir cette même hospitalité libanaise à d’autres visiteurs …
Mon Liban est plaisir, que dire à ce sujet, les plaisirs ici
sont multiples, non pas seulement ceux de la chair et les femmes libanaises,
nous le savons tous méritent amplement leur réputation de belles filles dans le
reste du monde, mais aussi d’autres plaisirs plus simples comme celles de la
nourriture, la pâtisserie si sucrée. Le plaisir de s’amuser, oh il est vrai que
parfois certains exagèrent et au nom du show off quasi sacré, n’hésitent pas à
payer 8000 dollars une bouteille de champagne pour simplement montrer qu’ils
font semblant de s’amuser.
Mon Liban est riche, mon Liban est pauvre, je ne veux pas
ici parler de la réalité ou les quartiers les plus riches se construisent au
coté des banlieues les plus pauvres, ou les Ferrari et autre Lamborghini
roulent à coté de vieilles guimbardes devenues de collection depuis l’âge
immémorial de leur premières sorties. Ce n’est pas cet aspect purement pécunier
qui existe pourtant que je n’approuve pas, je voulais parler de cette richesse
archéologique, le Liban est terre de culture, riche de culture, le Liban est un
vieux pays, mais pauvre parce que les libanais ne s’en rendent pas compte et
construisent au détriment de leur héritages, voulant suivre par là la mode du
golfe mais négligeant ce qui à fait d’eux d’être différents, d’être libanais.
Le Liban est paradoxe, vieux pays plus de 300 fois cité dans
la bible et pourtant jeune pays, jeune démocratie qui apprend de la manière la
plus dure la liberté. Pays de paradoxe où non seulement les Ferrari côtoient
des guimbardes mais ou mini jupes presque indécentes, ras la touffe comme
dirait un ami, côtoient les tchadors et autres foulards, liberté et
conservatisme.
Mon Liban est liberté justement, la liberté personnelle doit
rester toutefois limitée par la liberté des autres, liberté d’opinion, liberté
de parole, havre de liberté dans un désert de régimes plus ou moins
autoritaires.
Mais avant tout, mon Liban est mon Liban, mon Liban est
différent des Liban des 4 autres millions de libanais et qui acceptent plus ou
moins le Liban des autres, mon Liban est multiple, mais mon Liban je l’accepte
comme tel, comme j’accepte le Liban des autres sans le tourner au ridicule à la
première occasion, mon Liban est dans mon cœur, mon Liban est dans mon âme, mon
Liban m’est personnel, mon Liban à moi c’est tout cela.