un autre qana
déc 31, 1969 in Uncategorized


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"La reconstruction du Liban exige de ne pas répéter les erreurs du passé" Par La Tribune Spécialiste du Proche-Orient, ancien ministre des finances du Liban (1998-2000), Georges Corm (auteur du Liban contemporain. Histoire et société, La Découverte, 2005) vient de rédiger une charte de reconstruction durable au Liban.
latribune.fr - Quel bilan financier et économique peut-on faire de la guerre au Liban ? Georges Corm - Le Conseil du développement et de la reconstruction évalue les dégâts à environ 3,5 milliards de dollars. La destruction des infrastructures s’élève à environ 1,5 milliard de dollars, tandis que les bombardements sur la banlieue de Beyrouth et les villages du Sud du pays ont entraîné probablement environ 2 milliards de dollars de dommages du patrimoine immobilier. Ces chiffres s’entendent évidemment sans l’impact de la corruption qui pourrait démultiplier les frais de reconstruction, comme cela avait été le cas depuis 1992. Alors qu’elle devait être de 4% à 4,5% la croissance sera négative cette année. Elle avait atteint 5,5% en 2004, avant la mort de Rafiq Hariri et a dû se situer entre 1% à 2% en 2005. Quels sont les secteurs les plus touchés ? Outre le tourisme, qui représente environ 10% des revenus du pays, le secteur agricole, qui compte pour 10-12% du PIB, a été très affecté; de même, les bombardements israéliens ont visé de nombreuses usines. Seul le secteur bancaire va tirer son épingle du jeu, grâce à l’augmentation probable des taux d’intérêt liée au refinancement de la dette libanaise dans ces circonstances tragiques. De plus, le flot continu de 3 à 4 milliards de dollars par an provenant des communautés libanaises à l’étranger s’amplifie beaucoup en période de crise. Enfin, seuls 2 milliards de dollars ont "fui" durant les hostilités, sur un total de dépôts de 60 milliards de dollars. Après l’assassinat de Rafiq Hariri l’an dernier, la même somme s’était envolée, avant de revenir quelques mois plus tard. Il faut savoir que les banques n’ont jamais fermé, pas plus que pendant les quinze années de conflit entre 1975-1990. Le terme de résilience qualifie parfaitement cette capacité de résistance de l’économie libanaise due à la qualité des ressources humaines, la force de son système bancaire, les envois de fonds des émigrés, mais surtout la force morale de la population dans les grandes crises, comme celle que nous venons de traverser. Qui vont être les acteurs de la reconstruction ? Les bonnes volontés ne manquent pas, entre le Fonds arabe pour le développement économique et social, la Banque islamique de développement et les multiples fonds nationaux. L’Arabie Saoudite a ainsi effectué un dépôt d’un milliard de dollars à la banque centrale libanaise et versé 500 millions de dons. De son côté, le Koweït a fait un don de 300 millions de dollars. Pour le Liban, le tout est d’obtenir le maximum de dons par rapport aux prêts, même à long terme, pour ne pas aggraver son déséquilibre financier. De son côté, l’ONU pourrait apporter sa contribution, mais elle sera versée avec la lenteur des bureaucraties internationales, et comme un moyen de pression politique. Enfin, à la stupéfaction du gouvernement, le Hezbollah s’est montré extrêmement actif dans cette reconstruction en aidant les réfugiés, en mobilisant ses propres ingénieurs, le tout avec la rapidité d’une ONG. Le mouvement a annoncé qu’il verserait 10.000 dollars pour chacune des 15.000 habitations détruites. Quels sont les enjeux de la reconstruction ? C’est avant tout de ne pas reproduire les erreurs passées. Outre la corruption et la volatilisation des fonds dédiés à la reconstruction, les choix stratégiques ont été désastreux, avec par exemple la démolition de l’ancien aéroport, un bijou architectural, pour y mettre le plus grand et le plus laid de tout le Moyen-Orient, ou la reconstruction de la cité sportive de Beyrouth comme l’une des principales priorités de la reconstruction. Enfin, les efforts se sont concentrés uniquement sur Beyrouth. Pour l’heure, l’armée libanaise a été extrêmement efficace dans le remplacement des ponts et des infrastructures. Mais le pays reste aux mains de ceux qui avaient si mal géré la précédente reconstruction. Il faut donc se garder de tout optimisme. Où en était l’économie libanaise avant le conflit ? Le pays souffre de la politique de reconstruction menée depuis 1992 par le Premier ministre Rafiq Hariri. Non seulement le montant de la dette déclarée s’élève actuellement à 40 milliards de dollars, pour des travaux de reconstruction n’ayant pas excédé 7 milliards et une dette publique ne dépassant pas 2 milliards en 1992, soit 33 milliards d’intérêts versés par le Trésor public sur un capital n’ayant pas dépassé 9 milliards, du fait d’une politique monétaire et financière aberrante. De plus, la corruption n’a jamais cessé. L’orientation structurelle de l’économie a également été désastreuse, avec des profits concentrés sur les secteurs foncier et financier ainsi que le tourisme de luxe, au détriment de l’agriculture et de l’industrie ou des services à forte valeur ajoutée et d’une économie plus équilibrée entre toutes les régions du pays. Le vieux rêve de faire du Liban le Monte-Carlo ou la Suisse du Moyen-Orient a été catastrophique. D’autant qu’aujourd’hui, les économies arabes avoisinantes rivalisent largement avec le système financier et l’ouverture internationale du Liban. Sans la corruption et la mauvaise gestion économique, où en serait le Liban aujourd’hui ? Le pays pourrait être aussi dynamique que Malte, Chypre ou l’Irlande, si son potentiel était mis en oeuvre et correctement exploité par une bonne politique économique. Longtemps lanterne rouge de l’économie européenne, dominée par la Grande-Bretagne et victime d’une émigration de cerveaux, l’Irlande a su utiliser son niveau d’éducation élevé pour sortir de l’ornière. Et cela malgré l’IRA et les problèmes en Irlande du Nord. Le Liban devrait employer les fonds de reconstruction de la même façon que l’Irlande ceux accordés par l’Union européenne. Le pays du cèdre devrait exploiter l’immense richesse de ses ressources humaines, hydrauliques, agricoles, touristiques et s’orienter vers des secteurs de pointe, comme les technologies ou la recherche médicale. Enfin, le Liban devrait réformer son système monétaire, où coexistent actuellement livre libanaise et dollar, liés par une parité fixe. |


déc 31, 1969 in Uncategorized
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Les dernières flèches du chef du Courant patriotique libre (CPL), le général Michel Aoun, à l’encontre du gouvernement et du président du Conseil, Fouad Siniora, ne sont pas passées inaperçues, c’est le moins qu’on puisse dire. L’ancien Premier ministre s’est attiré jeudi les foudres de la majorité, quelques heures à peine après la publication de ses propos dans la presse. Certains ont même été jusqu’à percevoir dans le discours du général une volonté nette d’opérer rien moins qu’un « coup d’État », allant jusqu’à lui faire assumer la responsabilité morale de ce qui pourrait potentiellement arriver à M. Siniora. Et, pour ceux-là, la détermination avec laquelle Michel Aoun réclame le départ du gouvernement est suspecte, dans la mesure où elle s’inscrit dans la lignée des efforts déployés par les forces (proches de la Syrie) qui complotent contre le projet de l’État pour recréer ce que Damas adule : le vide constitutionnel déstabilisateur au Liban. C’est ainsi que, dans l’optique de la majorité, Michel Aoun et le CPL font désormais partie objectivement du camp syrien, voire syro-iranien.
Pour Ibrahim Kanaan, le plus en verve des députés du CPL, toute cette campagne, dont le parti orange est la cible depuis les dernières législatives, vise évidemment à détourner les regards de l’essentiel, c’est-à-dire de la lutte âpre que se livrent actuellement deux projets. Le premier de ces projets est, affirme M. Kanaan, complètement axé sur le pouvoir et les moyens de le conserver pour permettre à une partie d’asseoir sa domination totale sur le pays, sous le slogan de l’État. Il s’agit là du projet défendu, selon lui, par les forces dites « du 14 Mars ». Le second projet est celui qui vise à sceller une véritable entente nationale, par le dialogue, loin des rapports de domination, et qui est vraiment soucieux de l’État et de sa construction. C’est dans ce cadre, souligne-t-il, que le CPL œuvre actuellement, quelles que soient les médisances.
Ibrahim Kanaan rappelle, au sujet des derniers propos du général Aoun, que la provocation est venue du côté du Premier ministre Fouad Siniora, qui a usé d’un ton bien peu respectueux à l’égard du chef du CPL, ce qui est irrecevable. Le député indique ensuite que ceux qui ont été jusqu’à imaginer des coups d’État et des insurrections populaires sont encore victimes de leurs fantasmes et de leurs propres pratiques – « les intifadas et les contre-intifadas » – héritées du passé, et que c’est un coup frappé en dessous de la ceinture que de taxer le général Aoun de telles intentions. Au contraire, « Michel Aoun a payé le prix, en 1990, de son attachement au projet de l’État, à la souveraineté et à l’unité, loin des logiques insurrectionnelles et des intérêts privés », souligne-t-il.
Le paradoxe
gouvernemental
Ibrahim Kanaan souligne que les appels en faveur de la démission du gouvernement ne sont pas dirigés personnellement contre Fouad Siniora. Ce qui est dans la ligne de mire du CPL, c’est « le tissu de contradictions à partir duquel ce gouvernement a été formé, la paralysie que cette équipe, Hezbollah inclus, a consacrée au plan national ». « Notre but n’est pas de nous en prendre à des personnes, ni même à des partis, mais de dénoncer tout un projet », indique-t-il, rappelant qu’il avait autrefois demandé à Fouad Siniora, dans un discours à la Chambre, sur quelles bases le 14 Mars et le 8 Mars avaient bien pu se retrouver. « Je laisse à l’opinion publique le soin de juger aujourd’hui sur quelles bases. Lorsque nous affirmons que le gouvernement a échoué, c’est de ce point de vue, celui du projet, de la vision, de l’idée même du partenariat. Nous voulons un gouvernement qui ne marginalise personne, surtout pas les chrétiens. Les chrétiens, même ceux qui sont au gouvernement, ne participent pas aujourd’hui au processus de prise de décision. Il est temps que cela prenne fin », dit-il.
Selon Ibrahim Kanaan, la majorité est en train de reproduire aujourd’hui la même erreur qu’après le 14 mars, lors de sa fameuse alliance avec Amal et le Hezbollah pour acquérir le pouvoir. « Le problème réside dans la présence ou non d’une vision globale pour l’ensemble du système politique libanais. La majorité a spolié la décision des Libanais en nous embarquant dans un similisystème sans vision. Une fois de plus, comme lors du 14 mars, la formule libanaise a résisté face à la crise. C’est grâce à cette résistance que Fouad Siniora a pu gérer sa crise. Par ailleurs, il faut reconnaître aux combattants du Hezbollah leur courage face à l’agression, même si le parti assume une responsabilité dans le déclenchement du conflit. Et le CPL a collaboré à cette résistance libanaise à travers les positions du général Aoun, qui a totalement soutenu le gouvernement dès le début de la guerre. Pourquoi voler les sacrifices des Libanais pour créditer une fois de plus un projet de pouvoir ? » affirme-t-il.
En d’autres termes, la stratégie (8 Mars + 14 Mars – CPL = gouvernement) s’est avérée défectueuse, et c’est elle, avec l’ensemble des parties concernées, qui assume la responsabilité du désastre qui s’est abattu sur le pays. D’où la nécessité à présent de songer à une autre formule, « une vision globale cette fois qui soit véritablement à même de générer le projet de l’État » pour éviter la reproduction de cette faillite.
Le projet de l’État
Ibrahim Kanaan rejette d’une seule traite toutes les accusations selon lesquelles le CPL cherche à obtenir un élargissement du gouvernement pour refaire entrer Damas au gouvernement. La théorie doit être renvoyée à ceux qui la colportent, dit-il, dans la mesure où ce sont eux qui ont formé, avec les alliés de la Syrie, le gouvernement actuel.
Quant aux accusations selon lesquelles le CPL souhaite entrer au gouvernement pour renforcer, au côté du Hezbollah, une minorité de blocage qui viendrait faire obstruction aux actes de la majorité, le député refuse tout autant de les créditer. « Nous n’avons cure d’un siège de plus ou de moins au gouvernement. Le cabinet est enkysté dans le paradoxe. Ce que nous voulons, c’est rectifier le tir au niveau du projet mensonger qui nous a conduits droit vers la guerre et qui a incité la communauté internationale à intervenir. Avant de conclure cette alliance législative avec le Hezbollah, (la majorité) devait dialoguer avec lui, œuvrer sur un document préfigurant l’action de la Résistance », dit-il.
Aussi met-il en exergue la disposition du CPL à aller plus loin encore que le gouvernement actuel concernant le soutien au tribunal international – « Nous sommes même en faveur d’un tribunal dont les compétences couvriraient également la période de la guerre civile », dit-il. Tout comme il affiche la volonté du CPL d’inciter le Hezbollah à entrer de plain-pied dans la logique de l’État. Il appuie enfin sans réserves le déploiement de l’armée à la frontière, en affirmant toutefois que l’armée a besoin d’être protégée par une décision politique émanant d’un gouvernement cohérent et homogène. Tout cela prouve, insiste Ibrahim Kanaan, que le CPL ne cherche pas à se buter contre la majorité gratuitement, comme on ferait de l’art pour l’art.
Par ailleurs, explique M. Kanaan, le principe de la minorité de blocage n’existe pas au Liban. Il s’agit « d’une invention du Courant du futur ». Cependant, en temps de crise, il est nécessaire qu’il y ait une coordination minimale en vertu du principe du partenariat et de la participation au système politique, note-t-il, en mettant en exergue les vertus du dialogue.
Or, d’après lui, le jeu de la majorité consiste actuellement « à dire aux Libanais, et tout particulièrement aux chrétiens, qu’il ne faut pas réclamer à l’heure actuelle le partena
riat et la reconquête de la présidence de la République parce que cela conduirait immanquablement à l’érosion de la souveraineté ».
« Notre projet, sans aucune équivoque, est celui de l’État. Mais pour nous, ce n’est pas qu’un discours, c’est une intention réelle, pour construire un État cohérent, respectueux de la Constitution et du peuple, transparent », martèle Ibrahim Kanaan. « Or, en un an et demi, nous n’avons même pas vu l’embryon d’une telle volonté », note-t-il.
Le rejet du partenariat réel
Le député rejette aussi l’idée selon laquelle la « déclaration de principes » entre le CPL et le Hezbollah a obstrué la marche vers l’édification de l’État. « Au contraire, nous avons été les seuls à dialoguer avec le Hezbollah au sujet du concept de l’État. Il suffit de revoir la déclaration commune pour s’en apercevoir. Nous parlons d’édification de l’État sur base d’un partenariat et d’équilibre, de société civile, de démocratie, de souveraineté dans les relations avec Damas. Cela n’a pas été fait pour l’Iran, pour le CPL ou encore le Hezbollah, mais pour l’État libanais. Nous n’avons rien à faire en Iran… Mais trêve de plaisanteries. C’est la première fois que quelqu’un s’entend avec le Hezbollah sur des constantes nationales. Toutefois, la majorité s’est déchaînée contre nous. La raison ? La nécessité de continuer à privilégier l’accaparement du pouvoir au détriment de la logique de l’État, en nous écartant du chemin. Pourquoi ? Parce que Michel Aoun et le CPL dénoncent une mainmise sur le pouvoir et proposent un partenariat réel. Mais ils n’en veulent pas », insiste-t-il.
« Le 8 Mars et le 14 Mars ont tous les deux commis des erreurs, ils sont tous les deux responsables. Ce qui serait formidable, toutefois, c’est que tous les deux échappent à leurs responsabilités et que ce soit nous qui payons les pots cassés ! » ajoute Ibrahim Kanaan. D’autant, note-t-il, que ceux qui s’en prennent au Hezbollah sont ceux qui l’ont ultralégitimé et lui ont ouvert la voie pour entrer au gouvernement.
Un Liban neutre
Ibrahim Kanaan souligne qu’il est pour que l’arsenal du Hezbollah soit aux mains de l’État, conformément à certaines conditions en rapport avec l’édification de l’État, et le respect du partenariat national et de l’accord de Taëf. « Le Hezbollah peut avoir certaines angoisses. Comment les dissiper ? En augmentant ses craintes ? En le coinçant au mur ? Non, par le dialogue. Notre stratégie est fondée sur la neutralisation du Liban et de toutes les communautés pour empêcher les parties internationales qui pourraient vouloir nous utiliser à leurs fins de le faire », dit-il en mettant l’accent sur le fait qu’il ne faut pas du tout négliger les paramètres régionaux, et plus précisément le conflit sunnito-chiite latent au Moyen-Orient. Il précise également que le CPL est d’accord avec le Hezbollah seulement sur les points spécifiés dans la déclaration commune de principes.
Ibrahim Kanaan ne craint pas un retour de la Syrie sur la scène libanaise par le biais de ses alliés au Liban. Mais il craint que Damas puisse se faufiler à l’intérieur en raison de l’avidité de pouvoir manifesté par certaines parties. « Et qu’adviendra-t-il s’il y a un changement de régime en Syrie ? Garderons-nous la même distance dans les rapports, ou ce sera de nouveau la fraternité et la coopération ? » dit-il.
Et de conclure : « La seule manière de se protéger, c’est pour les Libanais de s’entendre ensemble sur un projet global. Ce sont les mêmes qui ont gouverné par le biais de la Syrie durant quinze ans qui gouvernent aujourd’hui grâce à d’autres appuis. Nous voulons gouverner par le biais d’un projet libanais, grâce au seul Liban et avec tous les Libanais. C’est là le projet du CPL. Nous sommes les seuls à ne suivre ni le Courant du futur, ni le Hezbollah, ni personne. Nous sommes les seuls à ne pas avoir adhéré à un axe. Nous tentons d’élargir la plate-forme libanaise pour qu’il y ait de la place pour tous. »
Michel HAJJI GEORGIOU

